Maisen rĂ©sumĂ© la ville sera complĂštement Ă  faire renaĂźtre de ses cendres. (Journal La Presse du 3 octobre 1918) Estaires - Ruines hĂŽtel de ville 1918 — Ruines Grand'place et Grand'rue 1918 Formations musicales actives Ă  Estaires en 1909 : Musique municipale (harmonie), prĂ©sident Fenart Bossu, direction A. Quesnay, 77 exĂ©cutants ; Union des
GocĂ©nĂ©, habitant kanak d’une Ăźle de Nouvelle-CalĂ©donie, tente de rejoindre sa famille Ă  Tendo, une ville du Japon, accompagnĂ© d’un blanc, Caroz. ArrĂȘtĂ©s par des rebelles japonais, GocĂ©nĂ© va leur raconter son histoire et sa rencontre avec Caroz. C’était en 1931. Avec certains de ses amis et habitants de son village, ils avaient Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s pour partir en France, Ă  Paris, pour l’ exposition coloniale ». AprĂšs un voyage Ă©pouvantable pendant lequel certains sont morts de la malaria, il est arrivĂ© au zoo de Vincennes avec MinoĂ©, sa promise et Badimoin, son ami. LĂ , ils sont parquĂ©s comme des animaux et doivent montrer aux Français comment ils sont censĂ©s vivre chez eux, dans son village presque nus, ils sont montrĂ©s comme des anthropophages cannibales, et doivent avoir l’air de sauvages. Le lendemain, les crocodiles du zoo sont morts et Grimaut et Pontevigne doivent trouver une solution. Certains indigĂšnes, dont MinoĂ©, sont alors emmenĂ©s sous le prĂ©texte de visiter Paris, pour ĂȘtre Ă©changĂ©s contre des crocodiles avec un zoo d’Allemagne. Pendant la nuit, GocĂ©nĂ© et Badimoin s’échappent du zoo et partent dans Paris Ă  la recherche de MinoĂ© que GocĂ©nĂ© avait promis de protĂ©ger. Mais rapidement, ils se retrouvent perdus et recherchĂ©s par la police. Ils sont poursuivis et obligĂ©s de fuir dans la jungle de pierre » dans un cafĂ©, puis dans le mĂ©tro. Ils rencontrent alors Fofana qui va leur apprendre qu’un train partira le lendemain pour Frankfurt avec des indigĂšnes Ă  bord. Ils travailleront dans un cirque. ArrivĂ©s trop tard Ă  la gare de l’Est, ils ont trois jours Ă  patienter avant le prochain train. Ils sont toujours pourchassĂ©s par la police et vont ĂȘtre cachĂ©s un temps par Fofana. Puis finalement, ils dĂ©cident de retourner au zoo de Vincennes pour obtenir plus d’informations. Profitant d’une Ă©meute anticolonialiste, ils pĂ©nĂštrent dans le bureau du directeur et apprennent la vĂ©ritĂ© leurs amis ont Ă©tĂ© Ă©changĂ©s contre des crocodiles. Ils sont partis pour le cirque Höffner Ă  Frankfurt, en Allemagne. Exigeant le retour de leurs amis, l’alerte est donnĂ©e au zoo et alors que GocĂ©nĂ© et Badimoin tentent de fuir, un policier français tire sur eux Badimoin est tuĂ©. Un second policier tente de tuer aussi GocĂ©nĂ©, mais un visiteur français s’interpose c’est Caroz. GocĂ©nĂ© est condamnĂ© Ă  15 ans de prison et Caroz Ă  3 mois. L’histoire de GocĂ©nĂ© s’arrĂȘte ici, et il explique alors que Caroz, c’est l’homme blanc qui l’accompagne. AprĂšs la mort de sa femme, en France, il a souhaitĂ© retrouver GocĂ©nĂ© il est restĂ© vivre en Nouvelle-CalĂ©donie ensuite. Quant Ă  MinoĂ©, c’est elle qu’il doit aller rejoindre Ă  Tendo.
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Ce blog est personnel, la rĂ©daction n’est pas Ă  l’origine de ses contenus. Il Ă©tait le grand favori des prix littĂ©raires ; la critique avait encensĂ© son roman dĂšs sa parution en aoĂ»t 2018. David Diop vient enfin de recevoir un prix le Goncourt des lycĂ©ens » créé en 1988. Ce qui a sĂ©duit les jeunes jurĂ©s? c’est la vision terrible de la Grande Guerre » entre sagesse » de l’Afrique et folie » de l’Europe. Et prĂ©cisĂ©ment dans le dĂ©roulĂ© des souvenirs du narrateur, Alfa Ndiaye, ex tirailleur sĂ©nĂ©galais qui a combattu au front sous le drapeau français, vont s’affronter deux mondes celui de l’enfer du champ de bataille oĂč toutes les valeurs sont abolies et celui d’une terre aimante gĂ©nĂ©reuse. Tout comme le lecteur sera invitĂ© Ă  entendre deux voix dans ce thrĂšne des temps modernes dĂ©diĂ© Ă  l’Ami, ce frĂšre d’ñme suis deux voix simultanĂ©es. L’une s’éloigne et l’autre croĂźt. Cheikh Hamidou Kane L’aventure ambiguĂ«, citĂ© en exergue DĂšs l’incipit, l’aveu je sais j’ai compris je n’aurais pas dĂ» »-qui d’ailleurs sera souvent repris en Ă©cho - Ă©nonce dans sa gradation mĂȘme une prise de conscience et un regret. Un aveu qui semble Ă©merger d’une longue pĂ©riode de silence -ce dont tĂ©moigneraient les points de suspension qui le narrateur se rappelle d’abord les circonstances qui ont prĂ©sidĂ© Ă  son choix devenir sauvage. Son frĂšre d’armes, son plus que frĂšre » son frĂšre d’ñme prĂ©cisĂ©ment et le titre du roman joue sur la paronomase implicite se meurt agonise. Pour n’avoir pas rĂ©pondu aux trois supplications de l’achever, empĂȘtrĂ© par des pensĂ©es commandĂ©es par le devoir et recommandĂ©es par le respect des lois humaines », Alfa taraudĂ© par la culpabilitĂ© dĂ©cide alors de venger son plus que frĂšre Mademba Diop. Ce que je n’ai pas fait pour Mademba je le fais pour l’ennemi aux yeux bleus. La France a besoin de notre sauvagerie alors on obĂ©it. Mais moi je suis devenu sauvage par rĂ©flexion. Le rĂ©cit d’une folie meurtriĂšre assumĂ©e n’omet aucun dĂ©tail dans la restitution quasi clinique du corps Ă  corps avec l’ennemi d’en face et vante la fiertĂ© du travail accompli aprĂšs tout, la nuit tous les sangs sont noirs ; rĂ©alisme cru certes mais en parfaite adĂ©quation avec la barbarie de cette guerre... Entre la cinquiĂšme et la sixiĂšme main coupĂ©e,-c’est le trophĂ©e que rapporte Alfa du camp ennemi- une scĂšne traitĂ©e en un long plan sĂ©quence en dit long sur la dĂ©mence cruelle des chefs le capitaine Armand -aux yeux noyĂ©s d’une colĂšre continue- intime l’ordre de tuer les 7 traĂźtres » ceux qui refusent d’obĂ©ir au sifflet de la mort ». EcoeurĂ© par la laideur du carnage, blĂąmant intĂ©rieurement la folie du capitaine, Alfa salue le courage » de ses copains dont Alphonse et Albert offerts comme du gibier aux salves ennemies
 D’abord complices, les Toubabs et les Chocolats en viennent Ă  redouter celui qu’ils assimilent Ă  un sorcier » un dĂ©mm un dĂ©voreur d’ñmes. DĂšs la septiĂšme main coupĂ©e, Alfa est Ă©vacuĂ© Ă  l’ArriĂšre. Et c’est dans le Centre oĂč le sourire appelle le sourire, qu’il va convoquer -Ă  partir de dessins- son passĂ© heureux Ă  Gandiol, sa relation avec Fary, et surtout l’amitiĂ© indĂ©fectible qui l’a liĂ© Ă  Mademba Diop, -deux adolescents si dissemblables et pourtant si proches. Une Ă©vocation souvent empreinte de poĂ©sie et d’onirisme qui selon une tradition orale, tisse l’interpĂ©nĂ©tration des rĂšgnes et des espĂšces, dans une perspective animiste, oĂč anamorphoses et mĂ©tamorphoses semblent se rejoindre dans un cosmos originel. L’auteur prĂȘte Ă  son personnage un regard Ă  la fois enfantin, circonspect ingĂ©nu et ironique. Et pourtant certains Ă©pisodes frappent par leur cruautĂ© la mĂšre disparue et peut-ĂȘtre enlevĂ©e par les Maures du Nord, le mercantilisme du collecteur d’impĂŽts -et en filigrane les ravages de la colonisation- auxquels s’oppose la sagesse du pĂšre
 C’est Ă  Mademba Diop qu’est dĂ©diĂ© ce thrĂšne des temps modernes. Ce roman se donne en effet Ă  entendre comme un chant funĂšbre aux accents de cantilĂšne parfois. Des cris dĂ©chirants contre l'inconcevable et des chuchotements caressants contre l'indicible. Les rĂ©currences de certaines formules mon plus que frĂšre, par la vĂ©ritĂ© de Dieu, la parentĂ© Ă  plaisanterie, les anaphores qui scandent des paragraphes ou/et les rĂ©pĂ©titions lancinantes Ă  l’intĂ©rieur de paragraphes, la mĂ©taphore quasi omniprĂ©sente de la femme terre ont la force incantatoire de rĂ©cits mythiques. Et c’est l’expression dedans dehors » dĂ©clinĂ©e dans ses sens propre et figurĂ© et en ses multiples variations qui est le leitmotiv le dedans de la terre Ă©tait dehors, le dedans de mon esprit Ă©tait dehors, Fary m’a ouvert le dedans de son corps; derriĂšre ses lunettes le docteur François regarde le dedans de nos tĂȘtes, etc. DualitĂ© et dichotomie ! Division et antagonisme ! Alfa entre l’humain et l’inhumain !.le Corps et l’Âme ! Vers la fin du roman s’interrogeant sur sa propre identitĂ© et sur la façon de se raconter lui qui ne parle pas le français sait que la vĂ©ritĂ© de la parole n’est pas une mais double voire triple il dĂ©couvre qu’il est double ».Phrases et rythme sont alors au service de cette rĂ©vĂ©lation hallucinĂ©e et lucide qui allie les contraires je dĂ©pouille je vide les crĂąnes et les corps[
} mais je suis aussi la lune rouge qui se lĂšve sur le fleuve[
] Je suis l’innocent et le coupable ». Il sait qu’il est l’ami qu’il aurait dĂ» achever en cette journĂ©e funeste et que son Ăąme s’en est allĂ©e mourir dans le corps de son plus que frĂšre ». Au final le je » renverra Ă  Mademba Diop et le tu » Ă  Alfa son plus que frĂšre. L’absence d’article ou d’adjectif possessif dans le titre du roman, n’induisait-elle pas une rĂ©ciprocitĂ© ? AmitiĂ© fusionnelle que Montaigne -d’ailleurs citĂ© en exergue-, a cĂ©lĂ©brĂ©e et rĂ©sumĂ©e dans cette phrase qui rĂ©sonne par-delĂ  les siĂšcles nous nous embrassions par nos noms » A travers le parcours de ce jeune artilleur sĂ©nĂ©galais, David Diop non seulement rĂ©habilite la mĂ©moire des oubliĂ©s » du carnage que fut la premiĂšre mondiale tout en tordant le cou aux prĂ©jugĂ©s racistes Ă  l'encontre des Noirs, mais en une langue originale le wolof adaptĂ© Ă  la langue française il convertit la violence des souvenirs en appels dĂ©chirants et si profondĂ©ment humains ! L’histoire du sorcier-lion est pleine de sous-entendus, celui qui la raconte peut y dissimuler une autre histoire qui pour ĂȘtre dĂ©voilĂ©e doit se laisser deviner un peu
. Ainsi de FrĂšre d’ñme ?
chapitre PoÚmes d'Afrique noire Personne auteur : Lambert, Jean Clarence Dans : Présence Senghor: 90 écrits en hommage aux 90 ans du poÚte-président, p. 263 Langue : Français Année de publication : 1997. chapitre
RĂ©sumĂ© et sĂ©lection de citations Ă©tablis par Bernard Martial professeur de lettres en CPGE Edition de rĂ©fĂ©rence Rivages poche/ Petite BibliothĂšque. PrĂ©sentation et traduction de Nicolas Waquet Entre numĂ©ros des pages dans cette Ă©dition. En vert citations, en rouge le mot guerre », en bleu le mot paix », en violet les mots clĂ©s de l’argumentation. LIVRE PREMIER Sur la nature de la guerre 2e partie, Ă  114 A l’intĂ©rieur de la structure complexe d’une grande armĂ©e, chaque membre peut recevoir des objectifs ponctuels dĂ©loger l’ennemi d’une colline, d’un pont dont le but n’est pas la destruction des forces ennemies mais la dĂ©monstration de la force. Mais, le plus souvent, cette colline ou ce pont seront pris afin de mieux dĂ©truire la force armĂ©e ennemie. S’il en est dĂ©jĂ  ainsi sur le champ de bataille, quelle dimension cela prend-il sur l’ensemble du théùtre de guerre, oĂč ce ne sont pas simplement deux armĂ©es qui se dressent l’une contre l’autre, mais deux Etats, deux peuples, deux pays ! » Avec l’augmentation du nombre de relations, de dispositions et d’objectifs, le moyen initial s’éloigne davantage de la fin ultime. Il est donc possible que la destruction de la force armĂ©e ennemie ne soit pas la finalitĂ© de l’engagement mais un simple moyen. Dans ce cas, il n’importe plus de le 60 rĂ©aliser car dans l’épreuve de force qui peut consister en une simple Ă©valuation qu’est l’engagement seul compte le rĂ©sultat. On comprend dĂšs lors que des campagnes entiĂšres puissent ĂȘtre conduites trĂšs activement sans que l’engagement effectif y joue un rĂŽle notable. Combien de cas se sont rĂ©solus de cette façon mĂȘme si des renommĂ©es doivent en pĂątir ? Ce qui nous importe ici est de montrer la possibilitĂ© d’un tel dĂ©roulement de l’acte militaire. Il n’y a dans la guerre qu’un seul moyen, l’engagement ». Nous avons considĂ©rĂ© la destruction de la force armĂ©e ennemie comme l’une des fins que l’on peut poursuivre 61 dans la guerre, mais nous n’avons pas examinĂ© l’importance que l’on doit lui donner par rapport aux autres ». L’engagement est la seule action efficace dans la guerre ». La destruction de la force armĂ©e ennemie est le fondement thĂ©orique de toute activitĂ© militaire mĂȘme si l’engagement n’est pas effectif. Le rĂšglement par les armes est aux opĂ©rations de guerre, grandes et petites, ce que le paiement comptant est aux transactions commerciales ». Si le rĂšglement par les armes est le fondement de toutes les combinaisons, il s’ensuit que l’adversaire peut rendre l’une d’elles inopĂ©rante par un affrontement victorieux. 62 Ainsi la destruction de la force armĂ©e ennemie reste-t-elle le moyen suprĂȘme devant lequel tous les autres doivent cĂ©der. Pour autant, on ne peut se lancer dans une charge aveugle dont l’effet serait pire pour notre armĂ©e que pour l’ennemi. L’efficacitĂ© supĂ©rieure n’appartient pas Ă  la voie, mais Ă  la fin, et l’on fait ici que comparer l’effet d’une fin atteinte avec une autre. Lorsque nous parlons de la destruction de la puissance armĂ©e ennemie, il n’est pas seulement question de force armĂ©e physique mais aussi de force morale. Les deux sont indissociables et l’élĂ©ment moral se rĂ©pand facilement dans l’armĂ©e. Le coĂ»t et le danger que comporte la destruction des forces armĂ©es ennemies s’opposent Ă  la valeur prĂ©pondĂ©rante de ce moyen sur tous les autres, et c’est uniquement pour les Ă©viter que l’on s’engage dans d’autres voies. Il est comprĂ©hensible que ce moyen soit coĂ»teux car la dĂ©pense de nos propres forces armĂ©es est 63 d’autant plus grande que notre intention est d’anĂ©antir celles de l’ennemi. Quant au danger de ce moyen, il rĂ©side en ce que l’efficacitĂ© supĂ©rieure que nous recherchons retombe sur nous en cas d’insuccĂšs ; il entraĂźne donc de plus grands inconvĂ©nients. Les autres voies sont moins coĂ»teuses en cas de rĂ©ussite et moins dangereuses en cas d’échec Ă  la condition cependant que l’ennemi emprunte la mĂȘme voie. Car si l’ennemi choisissait la voie d’un rĂšglement par les armes de grande envergure, notre choix tactique deviendrait le sien contre notre volontĂ© et il jouirait d’une probabilitĂ© de succĂšs supĂ©rieure. Mais ce que nous avons dit ici des desseins et des forces orientĂ©s dans une autre direction ne se rapporte qu’aux fins positives, que l’on peut encore se fixer dans la guerre 64 en dehors de la destruction des forces ennemies. Cela ne concerne nullement la pure rĂ©sistance Ă  laquelle on recourt dans l’intention d’épuiser la force ennemie. Dans la rĂ©sistance pure, l’intention positive fait dĂ©faut. Par consĂ©quent, nos forces ne peuvent ĂȘtre dirigĂ©es vers d’autres objectifs, elles ne sont destinĂ©es qu’à annihiler les desseins de l’adversaire ». La destruction de la force armĂ©e ennemie pĂŽle positif et la prĂ©servation de la nĂŽtre pĂŽle nĂ©gatif sont les deux parties d’un mĂȘme dessein. La volontĂ© de dĂ©truire les forces armĂ©es ennemies vise une fin positive et conduit Ă  des succĂšs positifs dont l’objectif final est de terrasser l’adversaire. La prĂ©servation de nos propres forces armĂ©es vise une fin nĂ©gative, et conduit donc Ă  l’échec total du dessein ennemi, c’est-Ă -dire Ă  la rĂ©sistance pure, dont l’objectif final est uniquement de prolonger la durĂ©e de l’action pour Ă©puiser l’adversaire. La volontĂ© dirigĂ©e vers une fin positive engendre l’acte de destruction ; la volontĂ© dirigĂ©e vers une fin nĂ©gative l’attend. Nous aborderons la question de la durĂ©e de l’attente quand nous traiterons de la thĂ©orie de l’offensive et de la dĂ©fensive. Disons simplement pour le moment que l’attente ne doit pas devenir passivitĂ© absolue. Il est dangereux de penser 65 que la solution qui Ă©vite une effusion de sang est toujours prĂ©fĂ©rable. De nombreux gĂ©nĂ©raux ont vu pĂ©rir leur armĂ©e en privilĂ©giant cette volontĂ© nĂ©gative et en tergiversant. Les considĂ©rations qui nous ont menĂ©s jusqu’ici ont bien montrĂ© qu’il existe dans la guerre toutes sortes de voies pour parvenir au but, c’est-Ă -dire Ă  la rĂ©alisation de la fin politique, mais que l’engagement en est l’unique moyen ; par consĂ©quent, tout est soumis Ă  une loi suprĂȘme celle du rĂšglement par les armes. Lorsque l’adversaire y a effectivement recours, on ne peut jamais s’y 66 dĂ©rober ; le belligĂ©rant qui veut emprunter une autre voie doit donc ĂȘtre sĂ»r que l’adversaire n’aura pas recours Ă  ce rĂšglement sous peine de perdre son procĂšs devant cette cour suprĂȘme. En un mot, de toutes les fins qui peuvent ĂȘtre poursuivies dans la guerre, la destruction de la force armĂ©e ennemie apparaĂźt toujours comme celle qui domine tout. Quant Ă  ce que peuvent offrir dans la guerre les combinaisons d’une autre sorte, nous en prendrons connaissance par la suite et peu Ă  peu, naturellement. Contentons-nous ici d’en admettre la possibilitĂ© en gĂ©nĂ©ral, comme une indication du dĂ©calage entre la rĂ©alitĂ© et le concept, et de l’influence des circonstances individuelles. Mais nous ne devons pas omettre de reconnaĂźtre dĂšs Ă  prĂ©sent l’explosion sanglante de la crise, la volontĂ© de dĂ©truire la force armĂ©e ennemie, comme la fille aĂźnĂ©e de la guerre ». Quand les fins politiques sont modestes, les motifs faibles, les tensions des forces minimes, un gĂ©nĂ©ral circonspect et adroit cherchera tous les moyens d’éviter une grande crise et une rĂ©solution sanglante, pour se frayer un passage vers la paix en utilisant les faiblesses de son adversaire dans les domaines diplomatique et militaire. Nul n’a le droit de lui en faire grief, si ses hypothĂšses sont parfaitement fondĂ©es et aptes Ă  mener au succĂšs. Mais il doit toujours avoir conscience qu’il emprunte lĂ  une voie hasardeuse, sur laquelle le dieu de la guerre risque de le surprendre ; il doit toujours garder un Ɠil sur l’adversaire, afin de ne pas l’affronter au fleuret mouchetĂ© quand l’autre l’attaquera avec un sabre tranchant. Ce qu’est la guerre, comment fin et moyen y agissent, comment dans la rĂ©alitĂ© elle s’écarte plus ou moins de son rigoureux concept originel en fluctuations diverses, tout en demeurant cependant toujours soumise Ă  ce concept 67 rigoureux comme Ă  une loi suprĂȘme- tous ces acquis doivent s’ancrer dans notre esprit et y demeurer quand nous examinerons chacun de nos prochains objets d’étude. Cela est indispensable si nous voulons comprendre correctement leurs vĂ©ritables rapports, leur signification propre, sans tomber dans la plus criante contradiction avec la rĂ©alitĂ© et en dĂ©finitive avec nous-mĂȘmes ». Chapitre 3. Le gĂ©nie martial Lorsque les dispositions particuliĂšres d’esprit et de cƓur pour exercer avec virtuositĂ© une activitĂ© atteignent un degrĂ© supĂ©rieur et se manifestent par des actes hors du commun, on dĂ©signe l’esprit qui les possĂšde du nom de gĂ©nie. Nous entendrons ici par gĂ©nie » une puissance intellectuelle exceptionnellement dĂ©veloppĂ©e dans l’exercice d’une activitĂ© dĂ©terminĂ©e. Nous n’allons pas traiter le concept trop large de gĂ©nie mais simplement considĂ©rer la convergence des forces de l’ñme dans l’activitĂ© militaire, que nous pouvons alors envisager comme l’essence du gĂ©nie martial. Le gĂ©nie martial consiste prĂ©cisĂ©ment en cette convergence. 69 Il n’est pas constituĂ© d’une vertu guerriĂšre unique, comme le courage par exemple, tandis que d’autres qualitĂ©s de l’esprit ou du cƓur seraient absentes ou inadaptĂ©es Ă  la guerre ; il est une union harmonieuse des forces, oĂč l’une ou l’autre peut prĂ©dominer, mais oĂč aucune ne doit s’opposer aux autres ». Chez les peuples sauvages et belliqueux, l’esprit martial anime la plupart des guerriers mais l’on trouve rarement un vrai grand gĂ©nĂ©ral ou un gĂ©nie militaire comme dans les peuples civilisĂ©s Romains, Français. Leurs plus grands noms, comme ceux de tous les peuples qui se sont illustrĂ©s dans la guerre, sont toujours justement apparus Ă  des Ă©poques de haute culture. » Les forces intellectuelles occupent donc une place importante dans le gĂ©nie martial supĂ©rieur. La guerre est le domaine du danger ; le courage est donc, avant toute autre chose, la qualitĂ© premiĂšre du guerrier ». Il y a deux sortes de courage 1. le courage face au danger personnel, subdivisĂ© en deux catĂ©gories a indiffĂ©rence face au danger qu’elle provienne de la constitution de l’individu, du dĂ©dain de la vie ou de l’habitude, c’est en tout cas un Ă©tat permanent. Plus sĂ»r comme une seconde nature, il n’abandonne jamais l’homme. Il relĂšve davantage de la constance et ne grise pas l’entendement. b le courage provenant de motifs positifs, comme l’ambition, le patriotisme, l’enthousiasme de toutes sortes. En ce cas, le courage n’est pas tant un Ă©tat qu’un mouvement de l’ñme, un sentiment. Il mĂšne souvent plus loin. Il relĂšve plutĂŽt de la tĂ©mĂ©ritĂ©, accroĂźt la puissance de l’entendement mais le grise parfois. L’union des deux produit la forme la plus parfaite du courage. 2. le courage de faire face Ă  la responsabilitĂ© devant le tribunal d’une instance extĂ©rieure ou de l’instance intĂ©rieure qu’est la conscience. nous n’en parlerons pas ici 71. La guerre est le domaine des efforts et des souffrances physiques. Pour ne pas y succomber, il faut une certaine force du corps et de l’ñme qui, innĂ©e ou acquise, permet d’y ĂȘtre indiffĂ©rent. Muni de ces qualitĂ©s, guidĂ© par le simple bon sens, l’homme est dĂ©jĂ  un solide instrument de guerre ». QualitĂ©s rĂ©pandues chez les peuples sauvages ou Ă  demi civilisĂ©s. Si nous allons plus loin dans ce que la guerre exige de ceux qui s’y consacrent, nous rencontrons, dominante, la puissance intellectuelle. La guerre est le domaine de l’incertitude ». C’est dans ce domaine oĂč flottent les trois quarts des Ă©lĂ©ments sur lesquels se fonde l’action qu’une intelligence fine et pĂ©nĂ©trante est requise, pour discerner la vĂ©ritĂ© Ă  la seule mesure de son jugement. La plupart des situations feront apparaĂźtre ce dĂ©faut d’intelligence mĂȘme si, exceptionnellement la vĂ©ritĂ© peut ĂȘtre trouvĂ©e par hasard par une intelligence ordinaire ou si un courage extraordinaire peut compenser une erreur de jugement. La guerre est le domaine du hasard », plus que dans toute autre activitĂ© humaine. Le hasard accroĂźt l’incertitude dans toutes les circonstances et trouble le cours des Ă©vĂ©nements. Rien n’étant jamais sĂ»r du fait du hasard, le combattant ne peut jamais ĂȘtre sĂ»r de ces plans d’action 72 mais, pour en concevoir d’autres, il faudrait disposer de donnĂ©es qui font souvent dĂ©faut, ce qui accroĂźt l’incertitude Si notre esprit veut sortir victorieux de ce combat constant avec l’imprĂ©vu, deux qualitĂ©s lui sont indispensables 1. une intelligence qui, dans cette obscuritĂ© plus intense, garde quelque vestige de cette lumiĂšre intĂ©rieure qui le guide vers la vĂ©ritĂ© le coup d’Ɠil en français ; 2. le courage de suivre cette faible lueur la rĂ©solution. L’engagement est, dans la guerre, l’élĂ©ment qui a d’abord et le plus souvent attirĂ© l’attention ». La notion de coup d’Ɠil dĂ©signant toute dĂ©cision rapide et prĂ©cise est nĂ©e de l’apprĂ©ciation visuelle des deux facteurs du temps et de l’espace charges rapides de cavalerie 73 puis est devenue synonyme de rapiditĂ© d’accession Ă  la vĂ©ritĂ© pas forcĂ©ment par le simple regard. La rĂ©solution est un acte de courage dans chaque situation particuliĂšre ; si elle devient un trait de caractĂšre, elle est une habitude de l’ñme. Il ne s’agit pas ici du courage face au danger physique mais face Ă  la responsabilitĂ©, donc en quelque sorte, au danger moral. On l’a souvent nommĂ© courage d’esprit en français, car il provient de l’esprit bien qu’il ne soit pas pour autant un acte purement intellectuel mais plutĂŽt un produit du tempĂ©rament. La pure intelligence n’est pas courage, car nous voyons souvent les gens les plus intelligents demeurer sans aucune rĂ©solution. L’esprit doit donc tout d’abord Ă©veiller le sentiment du courage afin que ce dernier le maintienne et le soutienne car, dans la fiĂšvre de l’instant, les hommes obĂ©issent davantage Ă  leurs sentiments qu’à leur intellect ». 74 La rĂ©solution, que le langage courant nomme goĂ»t du risque, penchant pour l’audace, tĂ©mĂ©ritĂ©, hardiesse, lĂšve les souffrances du doute et les dangers de l’hĂ©sitation lorsque les motifs ne sont pas assez puissants pour pousser Ă  l’action. Dans le cas contraire motifs dominants, il n’y a pas de raison de parler de rĂ©solution car il n’y a pas de doutes. On ne peut parler ici que de force ou de faiblesse. Cette rĂ©solution qui triomphe de l’état de doute ne peut ĂȘtre suscitĂ©e que par une orientation particuliĂšre de l’entendement, alliant esprit pĂ©nĂ©trant et courage nĂ©cessaire. Elle n’existe que par un acte de l’esprit, qui porte Ă  la conscience la nĂ©cessitĂ© de l’audace et par lĂ  dĂ©termine la volontĂ©. Cette orientation trĂšs particuliĂšre de l’entendement 75 qui, avec la peur de l’indĂ©cision et de l’hĂ©sitation, maĂźtrise toute autre peur en l’homme, constitue la rĂ©solution dans les Ăąmes puissantes. Des hommes d’intelligence mĂ©diocre peuvent certes agir sans hĂ©sitation mais dĂšs lors qu’ils agissent sans rĂ©flexion, ils ne sont pas animĂ©s par le doute, beaucoup d’officiers de hussards peuvent Ă©galement ĂȘtre rĂ©solus sans ĂȘtre de grands penseurs mais il est bien ici question d’une orientation particuliĂšre de l’entendement. La rĂ©solution doit donc son existence Ă  une orientation particuliĂšre de l’esprit qui appartient Ă  une intelligence plus puissante que brillante. Pour justifier cette gĂ©nĂ©alogie de la rĂ©solution, nous pouvons mentionner, Ă  titre d’exemple, un grand nombre d’hommes qui ont fait preuve de la plus grande rĂ©solution dans des rangs infĂ©rieurs et l’ont perdue en accĂ©dant Ă  un poste supĂ©rieur. ParalysĂ©s par l’irrĂ©solution, ils ne savent plus prendre les dĂ©cisions alors qu’ils avaient l’habitude d’agir sous la force de l’impulsion. 76 Le coup d’Ɠil et la rĂ©solution nous conduisent directement Ă  parler de la prĂ©sence d’esprit qui leur est apparentĂ©e. Cette qualitĂ© joue un rĂŽle majeur dans le royaume de l’imprĂ©vu qu’est la guerre car elle n’est rien d’autre qu’une capacitĂ© supĂ©rieure Ă  vaincre l’imprĂ©visible ». L’expression prĂ©sence d’esprit, qui peut s’exprimer par la rĂ©partie Ă  une apostrophe ou la parade face Ă  un danger, dĂ©finit prĂ©cisĂ©ment et de façon trĂšs appropriĂ©e la justesse et la promptitude avec lesquelles l’intelligence offre son aide. Une repartie pertinente est davantage l’Ɠuvre d’un esprit spirituel ; un moyen appropriĂ© Ă  un pĂ©ril soudain suppose avant tout un tempĂ©rament Ă©quilibrĂ©. Mais aucun des deux ne doit faire complĂštement dĂ©faut. Si l’on embrasse du regard les quatre composantes qui constituent l’atmosphĂšre dans laquelle Ă©volue la guerre, Ă  savoir le danger, l’effort physique, l’incertitude et le hasard, on conçoit alors aisĂ©ment qu’il faut une grande force d’ñme et d’esprit pour avancer avec sĂ»retĂ© et succĂšs dans cet Ă©lĂ©ment compliquĂ© ». Les historiens et les chroniqueurs militaires dĂ©signent cette force sous les noms d’énergie, de fermetĂ©, de persĂ©vĂ©rance, et de force d’ñme et de caractĂšre. On pourrait considĂ©rer toutes ces manifestations 77 de la nature hĂ©roĂŻque comme une seule et mĂȘme force de volontĂ© mais nous avons intĂ©rĂȘt Ă  distinguer de maniĂšre relativement prĂ©cise le jeu des forces de l’ñme. Le poids, la charge, la rĂ©sistance, ce qui exige cette force de l’ñme de la part de l’officier, n’est que pour une part infime le rĂ©sultat immĂ©diat de l’activitĂ© ennemie, de la rĂ©sistance ennemie, des opĂ©rations ennemies. L’action directe de l’activitĂ© ennemie sur l’officier ne touche d’abord que sa propre personne, sans affecter son activitĂ© de chef. En second lieu, la rĂ©sistance ennemie agit immĂ©diatement sur le chef par la perte des moyens qu’engendre une rĂ©sistance prolongĂ©e, et par la responsabilitĂ© qui y est attachĂ©e. C’est Ă  ce moment-lĂ  que sa force de volontĂ© sera mise Ă  l’épreuve et au dĂ©fi pour la premiĂšre fois par le biais de ses rĂ©flexions tourmentĂ©es. Mais ceci est un problĂšme qu’il ne doit rĂ©gler qu’avec lui-mĂȘme. Tous les autres effets de la rĂ©sistance ennemie sont dirigĂ©s sur les combattants qu’il commande et rĂ©agissent sur lui par leur intermĂ©diaire. Tant qu’une troupe pleine de courage combat facilement et avec entrain, il est rare que l’officier ait Ă  dĂ©ployer une grande force de volontĂ© pour poursuivre son objectif. 78 Mais dĂšs que la situation devient difficile, le chef doit faire preuve d’une grande volontĂ© pour surmonter une rĂ©sistance qui n’est pas forcĂ©ment due Ă  l’insubordination des soldats mais peut ĂȘtre liĂ©e Ă  l’impression gĂ©nĂ©rale d’épuisement des forces physiques et morales. S’il ne parvient pas Ă  rallumer chez eux la flamme de la rĂ©solution et de l’espoir, il plonge avec eux dans l’animalitĂ© qui fuit le danger et ignore la honte. La force de la volontĂ© du chef doit Ă©videmment ĂȘtre proportionnelle Ă  son rang et Ă  ses charges. 79 L’énergie dans l’action exprime la vigueur du motif qui a suscitĂ© cette action, que ce motif procĂšde d’une conviction intellectuelle ou d’un mouvement affectif qui ne saurait manquer lorsqu’il s’agit de dĂ©ployer une grande force. La soif de gloire et d’honneur est le plus puissant et le plus constant des sentiments Ă©levĂ©s que le cƓur humain Ă©prouve dans la fiĂšvre du combat mĂȘme si la langue allemande le dĂ©prĂ©cie en lui associant deux termes pĂ©joratifs Ehrgeiz » et Ruhmsucht », arrivisme et gloriole. Il est vrai que c’est prĂ©cisĂ©ment dans la guerre que l’abus de ces fiĂšres aspirations a gĂ©nĂ©rĂ© les plus rĂ©voltantes injustices Ă  l’encontre de l’humanitĂ©. Mais en vertu de leur origine, ces sentiments doivent ĂȘtre comptĂ©s parmi les plus nobles de la nature humaine ; et ce sont eux en vĂ©ritĂ© qui, dans la guerre, insufflent la vie et donnent une Ăąme Ă  ce corps monstrueux ». Tous les autres sentiments largement rĂ©pandus et apparemment supĂ©rieurs comme le patriotisme, le fanatisme idĂ©ologique, la vengeance, les enthousiasmes de toutes sortes, ne remplacent pas l’ambition et le dĂ©sir de gloire et n’incitent pas le chef Ă  se surpasser. C’est son ambition qui fait d’une action militaire prĂ©cise la propriĂ©tĂ© du commandant 80. Ya-t-il d’ailleurs jamais eu un grand gĂ©nĂ©ral dĂ©nuĂ© d’ambition ? La fermetĂ© indique la rĂ©sistance de la volontĂ© face Ă  la puissance d’une frappe unique, la persĂ©vĂ©rance face Ă  la durĂ©e. LĂ  oĂč la fermetĂ© peut reposer sur la vigueur d’un sentiment, la persĂ©vĂ©rance exige plutĂŽt le soutien de l’entendement car avec la durĂ©e, une action se conforme de plus en plus Ă  un systĂšme. Tournons-nous vers la force d’ñme ou de caractĂšre. La premiĂšre question consiste Ă  savoir ce que nous devons entendre par lĂ . Cette force de caractĂšre n’est pas la vĂ©hĂ©mence ou l’emportement mais la maĂźtrise de soi, facultĂ© d’obĂ©ir Ă  la raison mĂȘme aux instants des plus violents bouleversements 81 qui a son siĂšge dans le tempĂ©rament mĂȘme. Chez les Ăąmes fortes, le sentiment de la dignitĂ© humaine, cet orgueil le plus noble, ce besoin le plus profond de l’ñme d’agir en toutes circonstances comme un ĂȘtre douĂ© de discernement et de raison contrebalance la passion dĂ©chaĂźnĂ©e sans l’anĂ©antir. Nous pourrions donc dire qu’une Ăąme forte est celle qui, mĂȘme dans les Ă©lans les plus impĂ©tueux, ne perd pas son Ă©quilibre. Jetons un regard sur la diversitĂ© des tempĂ©raments humains ou indolents hommes Ă  la vivacitĂ© faible Difficile de parler de force d’ñme car toute manifestation de force leur fait dĂ©faut. Il faut reconnaĂźtre qu’à la guerre, en raison prĂ©cisĂ©ment de leur Ă©quilibre constant, ces hommes sont d’une certaine efficacitĂ© ». Cette efficacitĂ© n’est que partielle car il leur manque l’impulsion mais ils ruinent rarement une opĂ©ration. mais calmes des gens trĂšs vifs, mais dont les sentiments n’excĂšdent jamais une certaine intensitĂ© Facilement incitĂ©s Ă  l’action par de petites choses et accablĂ©s par les grandes. DĂ©ploieront une vive activitĂ© pour venir en aide Ă  un seul mais le malheur d’un peuple entier les consternera sans les pousser Ă  agir. Dans la guerre, ces hommes ne manqueront ni d’activitĂ© ni d’équilibre, mais ils n’accompliront jamais rien de grand ; Ă  moins de possĂ©der une intelligence trĂšs puissante qui leur en donne le motif ». Il est rare qu’une intelligence vigoureuse et indĂ©pendante s’allie Ă  de tels tempĂ©raments. personnes trĂšs excitables dont les sentiments s’enflamment vite et violemment, comme la poudre, mais s’éteignent rapidement. Les caractĂšres bouillonnants, enflammĂ©s, se prĂȘtent peu Ă  la vie pratique, et donc aussi peu Ă  la guerre ». Leurs impulsions puissantes sont puissantes mais brĂšves. Si leur vivacitĂ© est canalisĂ©e vers le courage et l’ambition, ils seront souvent des subalternes d’une grande utilitĂ© dans la guerre ; pour la simple raison qu’un 83 chef peu gradĂ© ne commande que des actes militaires de courte durĂ©e ». Les actions hĂ©roĂŻques durent peu. Du fait de la rapiditĂ© impĂ©tueuse de leurs sentiments, ces hommes ont deux fois plus de mal Ă  maintenir leur Ă©quilibre ; c’est pourquoi il leur arrive frĂ©quemment de perdre la tĂȘte, ce qui est la pire des choses lorsqu’on est en guerre ». Mais ces tempĂ©raments excitables sont capables de conserver leur Ă©quilibre et d’avoir leur dignitĂ© mais celle-ci s’exprime souvent aprĂšs coup avec le recul. hommes aux passions Ă©nergiques, profondes et secrĂštes. des ĂȘtres que les motifs minimes n’ébranlent pas, qui ne s’émeuvent pas rapidement mais graduellement, et dont les sentiments deviennent trĂšs puissants et bien plus durables. Les hommes peu Ă©motifs qui Ă©prouvent des Ă©motions profondes sont les plus aptes Ă  dĂ©placer les masses immenses que reprĂ©sentent les difficultĂ©s inhĂ©rentes Ă  l’action militaire 84. S’ils ne se laissent pas emporter par leurs sentiments au point d’en avoir honte cf supra ils peuvent perdre leur Ă©quilibre et ĂȘtre soumis Ă  une passion aveugle si le noble orgueil de la maĂźtrise de soi vient Ă  leur manquer. Une Ăąme forte n’est pas une Ăąme simplement susceptible de puissants Ă©lans, mais une Ăąme capable de garder son Ă©quilibre dans les Ă©lans les plus puissants. Si bien que, malgrĂ© les tempĂȘtes qui se dĂ©chaĂźnent dans sa poitrine, son discernement et ses convictions conservent toute leur finesse pour jouer leur rĂŽle. Ce qu’on nomme la force de caractĂšre » ou, tout simplement, le caractĂšre », dĂ©signe la fermetĂ© avec laquelle un homme garde ses convictions d’oĂč qu’elles viennent jugement personnel ou extĂ©rieur, principes, opinions, inspirations ou tout autre produit de l’esprit. Cette qualitĂ© ne s’applique qu’à des hommes dont les convictions sont trĂšs constantes, soit parce qu’elles sont profondĂ©ment enracinĂ©es et claires, et se prĂȘtent donc peu au changement, soit parce que le manque d’activitĂ© de l’entendement ne donne aucun motif de changement, comme chez les hommes indolents, soit enfin parce qu’un acte formel de la volontĂ©, issu d’un principe souverain de la raison, rejette jusqu’à un certain point tout changement d’opinion. Or, Ă  la guerre- du fait des impressions fortes et innombrables que reçoit la sensibilitĂ©, du doute qui Ă©branle tout savoir et tout jugement- un homme a beaucoup plus de raisons que dans toute autre activitĂ© humaine de s’écarter du chemin qu’il s’est choisi et d’ĂȘtre dĂ©concertĂ© par lui-mĂȘme ou par les autres ». La vue des souffrances donnant facilement plus de poids aux sentiments qu’aux convictions intellectuelles, un changement de jugement est plus excusable et plus comprĂ©hensible. C’est pourquoi les divergences de vues ne sont nulle part aussi affirmĂ©es qu’à la guerre, oĂč le flux torrentiel des impressions contrarie sans cesse nos convictions. Ces impressions sont si fortes et si vives, dans leur assaut combinĂ© contre l’esprit et la sensibilitĂ©, que mĂȘme le plus flegmatique des hommes aura grand mal Ă  s’en protĂ©ger ». 86 Seuls les idĂ©es et les principes gĂ©nĂ©raux qui dirigent l’action depuis un point de vue supĂ©rieur et antĂ©rieur permettent de rĂ©sister au flux des opinions et des impressions suscitĂ© par le prĂ©sent. GrĂące Ă  cette prĂ©rogative que nous accordons dans les cas douteux Ă  nos convictions antĂ©rieures, grĂące Ă  la fermetĂ© avec laquelle nous nous y tenons, notre action acquiert cette stabilitĂ© et cette continuitĂ© que l’on nomme caractĂšre. On comprend facilement Ă  quel point l’équilibre du tempĂ©rament favorise la force de caractĂšre ; aussi les hommes d’une grande force d’ñme ont-ils la plupart du temps beaucoup de caractĂšre. La force de caractĂšre nous conduit Ă  en examiner une forme abĂątardie, Ă  savoir l’obstination. Il est souvent trĂšs difficile de dire concrĂštement oĂč commence l’une et oĂč finit l’autre ; en revanche, la diffĂ©rence abstraite entre les deux ne semble pas difficile Ă  Ă©tablir. 87 L’obstination refus de se soumettre Ă  une meilleure comprĂ©hension des choses n’est pas un dĂ©faut intellectuel on peut mĂȘme attribuer ce refus Ă  l’intelligence, c’est un dĂ©faut du tempĂ©rament. Cette inflexibilitĂ© de la volontĂ©, ne relĂšve que d’une forme particuliĂšre d’amour-propre, qui place au-dessus de tout la satisfaction de rĂ©gner sur soi et sur les autres par la seule activitĂ© de son propre esprit. Mieux que la vanitĂ© qui se satisfait de l’apparence, l’obstination tire satisfaction de la rĂ©alitĂ©. La force de caractĂšre devient obstination dĂšs que la rĂ©sistance au jugement d’autrui ne rĂ©sulte ni d’une conviction mieux fondĂ©e, ni de la foi en un principe supĂ©rieur, mais d’un sentiment d’opposition. Cette obstination est diffĂ©rente de la simple intensification de la force de caractĂšre. Beaucoup d’hommes trĂšs obstinĂ©s manquent de force de caractĂšre par dĂ©faut de caractĂšre. AprĂšs avoir appris Ă  reconnaĂźtre le grand chef de guerre Ă  la virtuositĂ© avec laquelle il emploie ces qualitĂ©s, oĂč le tempĂ©rament et l’intelligence agissent conjointement, nous en arrivons maintenant Ă  une particularitĂ© de l’activitĂ© militaire. Bien qu’elle ne soit pas la plus importante et qu’elle ne fasse appel qu’à la capacitĂ© intellectuelle, sans mobiliser la force de caractĂšre, il faut peut-ĂȘtre la considĂ©rer comme la plus forte. Il s’agit de la 88 relation que la guerre entretient avec le terrain et le pays ». Cette relation est 1. permanente une armĂ©e organisĂ©e ne peut mener une action militaire que dans un espace dĂ©terminĂ©. 2. d’une importance dĂ©cisive elle modifie les effets de toutes les forces, et les change parfois totalement. 3. Elle peut tout aussi bien porter sur les traits les plus minimes d’une localitĂ©, qu’embrasser les plus vastes Ă©tendues. De la sorte, ce rapport entre la guerre, le terrain et le pays confĂšre Ă  l’activitĂ© militaire un caractĂšre tout Ă  fait particulier ». Les autres activitĂ©s humaines qui sont fondĂ©es sur une relation avec le milieu sont toutes circonscrites Ă  des espaces trĂšs limitĂ©s, faciles Ă  explorer rapidement avec une exactitude suffisante. Le chef de guerre doit en revanche soumettre son activitĂ© Ă  un espace qui y collabore, un espace que son regard ne peut embrasser, que le zĂšle le plus empressĂ© ne peut pas toujours explorer, et dont il acquiert rarement une vĂ©ritable connaissance du fait des changements continuels ». Cette difficultĂ© est gĂ©nĂ©ralement partagĂ©e avec l’adversaire sauf si l’un connait mieux le terrain que l’autre. Celui qui arrivera Ă  la dominer en tirera un avantage considĂ©rable. Pour vaincre cette difficultĂ© trĂšs particuliĂšre, il faut une disposition d’esprit toute particuliĂšre nommĂ©e 89 sens de l’orientation facultĂ© de se faire rapidement de tout terrain une reprĂ©sentation gĂ©omĂ©trique exacte, et par consĂ©quent de s’y retrouver facilement Ă  chaque fois. MĂȘme si l’Ɠil et l’entendement interviennent et si la mĂ©moire est d’un grand secours, le sens de l’orientation fait essentiellement intervenir cette facultĂ© mentale que l’on nomme imagination. 90 L’entraĂźnement et le discernement interviennent Ă©normĂ©ment exemple de PuysĂ©gur, quartier-maĂźtre gĂ©nĂ©ral de Luxembourg. L’usage de ce talent s’accroĂźt naturellement avec le grade. Une simple capacitĂ© de conception et de reprĂ©sentation suffira au hussard ou au chasseur pour conduire une patrouille alors que le gĂ©nĂ©ral devra ĂȘtre capable d’avoir une idĂ©e gĂ©nĂ©ral de la gĂ©ographie d’un pays 91 pour donner Ă  son action plus de fermetĂ©. Cette facultĂ© a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  l’imagination ; c’est en effet le seul service que l’activitĂ© militaire demande Ă  cette dĂ©esse turbulente, qui lui est d’ailleurs plutĂŽt nuisible qu’utile. Nous pensons avoir pris en considĂ©ration toutes les manifestations des forces intellectuelles et morales que l’activitĂ© militaire exige de la nature humaine. L’entendement apparaĂźt partout comme une puissance dont la collaboration est essentielle. On comprendra alors pourquoi l’acte guerrier, qui se traduit par des phĂ©nomĂšnes si simples et si peu complexes, ne saurait ĂȘtre accompli de façon remarquable par des individus dont les capacitĂ©s intellectuelles ne seraient pas elles-mĂȘmes remarquables. Une fois cette idĂ©e acquise, on ne peut plus attribuer Ă  un effort intellectuel considĂ©rable une opĂ©ration simple mille fois rĂ©pĂ©tĂ©e, comme le contournement d’une position ennemie, ou cent autres du mĂȘme type. Si l’on oppose souvent le valeureux soldat aux dirigeants cultivĂ©s, les exemples prouve ntque le courage ne suffit pas Ă  l’un et la capacitĂ© mentale Ă  l’autre 92. Mais nous parlons ici d’actes exceptionnels qui procurent le renom dans le domaine d’activitĂ© oĂč ils sont rĂ©alisĂ©s. Dans celui de la guerre, Ă  chaque Ă©chelon du commandement correspond donc un niveau particulier d’intelligence nĂ©cessaire, de gloire et d’honneur. Un abĂźme profond sĂ©pare le chef suprĂȘme- le gĂ©nĂ©ral placĂ© Ă  la tĂȘte d’une guerre entiĂšre ou d’un théùtre de guerre- du commandant situĂ© immĂ©diatement sous ses ordres ; pour la simple raison que ce dernier est bien plus prĂšs de ce qu’il doit diriger et superviser, ce qui restreint donc beaucoup le cercle de sa propre activitĂ© intellectuelle ». C’est pourquoi l’opinion commune ne voit d’esprit Ă©minent qu’à ce poste suprĂȘme, et croit qu’une intelligence moyenne suffit Ă  tous les rangs infĂ©rieurs. Nous voulons seulement montrer les choses telles qu’elles sont, et mettre en garde contre l’erreur de croire qu’à la guerre un bretteur Ă©cervelĂ© peut accomplir des exploits ». Si nous exigeons des capacitĂ©s intellectuelles proportionnelles au grade, on ne doit pas mĂ©sestimer la nature remarquable de l’intelligence pratique des hommes qui occupent des places de second rang dans une armĂ©e 93. Certains hommes parvenus Ă  des postes supĂ©rieurs ne mĂ©ritent plus la gloire qu’ils ont acquise dans un poste infĂ©rieur. Du grade le plus bas jusqu’au plus Ă©levĂ©, les exploits militaires exceptionnels vont donc de pair avec un gĂ©nie particulier. Cependant, l’Histoire et le jugement de la postĂ©ritĂ© ont coutume de rĂ©server l’appellation de gĂ©nie aux esprits qui ont brillĂ© Ă  la tĂȘte des armĂ©es, aux gĂ©nĂ©raux en chef car cette fonction exige des capacitĂ©s intellectuelles et morales trĂšs supĂ©rieures. Pour mener brillamment Ă  son terme une guerre entiĂšre, ou ses opĂ©rations les plus vastes que l’on nomme campagnes, il faut une grande intelligence des plus hautes donnĂ©es politiques de l’Etat. La conduite de la guerre et la politique convergent ici, et le gĂ©nĂ©ral devient en mĂȘme temps homme d’Etat ». On ne qualifie pas Charles XII et Henri IV de grands gĂ©nies 94. Pour ce qu’un gĂ©nĂ©ral doit mesurer et comprendre d’un seul coup d’Ɠil, cf chapitre 1. Nous avons dit que le gĂ©nĂ©ral devient homme d’Etat ; mais il ne doit pas cesser d’ĂȘtre homme de guerre. D’un cĂŽtĂ©, son regard embrasse toutes les relations politiques ; de l’autre, il sait parfaitement ce qu’il peut accomplir avec les moyens qu’il possĂšde ». Le gĂ©nĂ©ral doit pressentir instinctivement la vĂ©ritĂ© dans la multiplicitĂ© et l’imprĂ©cision de toutes les donnĂ©es au risque de ne pouvoir juger. En ce sens, Bonaparte a dit fort justement que bien des dĂ©cisions qui incombent au gĂ©nĂ©ral pourraient constituer des problĂšmes mathĂ©matiques dignes d’un Newton et d’un Euler. On exige ici des facultĂ©s supĂ©rieures de l’esprit, l’unitĂ© et le jugement clairvoyant. Mais cette activitĂ© supĂ©rieure de l’esprit, ce regard du gĂ©nie, ne deviendrait pas phĂ©nomĂšne 95 historique sans le soutien des qualitĂ©s de tempĂ©rament et de caractĂšre que nous avons analysĂ©es. La vĂ©ritĂ© en elle-mĂȘme est pour l’homme une motivation extrĂȘmement faible. C’est pourquoi il y a toujours une grande diffĂ©rence entre savoir et vouloir, entre connaĂźtre et pouvoir. Le motif le plus fort qui pousse l’homme Ă  agir passe toujours par les sentiments ; et le renfort le plus puissant, si l’on peut dire, par cette fusion de l’esprit et du cƓur que nous avons identifiĂ©e dans la rĂ©solution, la fermetĂ©, la persĂ©vĂ©rance et la force de caractĂšre. Si d’ailleurs cette activitĂ© supĂ©rieure de l’entendement et du tempĂ©rament chez le gĂ©nĂ©ral Ă©tait admise a priori, sans se manifester dans le rĂ©sultat final de son acte, elle s’inscrirait rarement dans l’Histoire ». Le peu qu’on connaĂźt gĂ©nĂ©ralement des Ă©vĂ©nements militaires ne fait pas apparaĂźtre les difficultĂ©s rĂ©elles qu’il a fallu surmonter. De temps Ă  autre seulement, dans les mĂ©moires d’un gĂ©nĂ©ral ou de l’un de ses confidents, ou Ă  l’occasion d’une recherche historique particuliĂšrement poussĂ©e sur un Ă©vĂ©nement prĂ©cis, quelques-uns des nombreux fils qui tissent la trame de la guerre apparaissent Ă  la lumiĂšre du jour ». La plupart des rĂ©flexions et des dilemmes qui prĂ©cĂ©dent une opĂ©ration importante sont intentionnellement dissimulĂ©s. 96 Si nous nous demandons enfin quelle sorte d’intelligence correspond le plus au gĂ©nie martial, l’expĂ©rience et l’investigation nous diront que c’est davantage celle qui scrute que celle qui crĂ©e, celle qui embrasse plutĂŽt que celle qui dissĂšque, que c’est davantage aux tĂȘtes froides qu’aux tĂȘtes chaudes que l’on confiera le salut de nos frĂšres et de nos enfants, l’honneur et la sĂ©curitĂ© de notre patrie. 97 Chapitre 4. Du danger dans la guerre L’idĂ©e que l’on se fait d’habitude du danger avant de l’avoir connu est plutĂŽt attirante que repoussante. L’auteur se fait ici narrateur en accompagnant le novice sur le champ de bataille oĂč le danger grandit 98. Un novice ne traversera pas ces diffĂ©rentes strates du danger sans percevoir que la pensĂ©e fonctionne ici autrement que dans son activitĂ© spĂ©culative. Il faudrait ĂȘtre un homme vraiment hors du commun pour ne pas perdre, dans ces premiĂšres impressions, la facultĂ© de se dĂ©cider instantanĂ©ment. MĂȘme s’il s’habitue en partie, l’homme ordinaire n’atteint jamais le dĂ©tachement parfait et l’élasticitĂ© naturelle de l’ñme. Une bravoure enthousiaste, stoĂŻque, innĂ©e, une ambition impĂ©rieuse ou une longue familiaritĂ© avec le danger, il faut beaucoup de tout cela pour que l’action, dans ce milieu oĂč tout est plus difficile, ne demeure pas en deçà de ce qui semble ordinaire quand on l’étudie en chambre. Le danger de la guerre relĂšve du phĂ©nomĂšne de friction ». Il est essentiel d’en avoir une idĂ©e juste. 100 Chapitre 5. De l’effort physique dans la guerre Les jugements subjectifs portĂ©s sur les Ă©vĂ©nements militaires ont le mĂ©rite d’ĂȘtre subjectifs, c’est-Ă -dire de renfermer exactement le rapport entre celui qui porte le jugement et ce qui en fait l’objet. Et les tĂ©moins gĂ©nĂ©ralement les dĂ©prĂ©cient, surtout s’ils furent au cƓur de l’évĂ©nement. C’est lĂ  une mesure de l’influence exercĂ©e par l’effort physique et un indice de son importance dans le processus du jugement. Parmi les nombreux Ă©lĂ©ments non mesurables de la guerre, le principal est l’effort physique ». A condition de ne pas ĂȘtre gaspillĂ©, il est un coefficient de toutes les forces, et personne ne peut dire exactement jusqu’oĂč il peut ĂȘtre poussĂ©. C’est une chose qu’une armĂ©e entourĂ©e de dangers, qui est proche de la fin 101 et ne peut trouver son salut que dans l’extrĂȘme tension de ses forces physiques mais c’en est une autre qu’une armĂ©e victorieuse, entraĂźnĂ©e par un sentiment de fiertĂ© et conduite par le bon plaisir de son gĂ©nĂ©ral. Le mĂȘme effort, qui dans le premier cas peut tout au plus susciter notre compassion, doit nous remplir d’admiration pour le second, car il y est bien plus difficile Ă  obtenir. L’Ɠil inexpĂ©rimentĂ© voit donc apparaĂźtre Ă  la lumiĂšre l’un des facteurs qui enchaĂźnent dans l’obscuritĂ© les mouvements de l’esprit et dĂ©vorent en secret les forces de l’ñme. Bien qu’il ne s’agisse ici prĂ©cisĂ©ment que de l’effort que le gĂ©nĂ©ral impose Ă  son armĂ©e et le chef Ă  ses subordonnĂ©s, donc du courage pour l’exiger et de l’art de la maintenir, il ne faut cependant pas nĂ©gliger l’effort physique du chef et du gĂ©nĂ©ral lui-mĂȘme. AprĂšs avoir poussĂ© consciencieusement l’analyse de la guerre jusqu’ici, nous devons prendre aussi en considĂ©ration le poids de ces scories ». L’effort physique comme le danger appartient aux causes fondamentales de friction et sa mesure est incertaine. Pour Ă©viter les abus issus de ces considĂ©rations, de cette estimation des conditions qui aggravent la guerre, la nature a confiĂ© Ă  notre sensibilitĂ© la conduite de notre jugement ». Un individu insultĂ© n’a pas intĂ©rĂȘt Ă  faire Ă©tat de son imperfection de mĂȘme que le gĂ©nĂ©ral battu 102 ne pourra invoquer les dangers qui auraient rehaussĂ© sa victoire. Notre sentiment nous interdit donc l’équitĂ© apparente vers laquelle nous pousserait notre jugement, si bien que le sentiment se rĂ©vĂšle ĂȘtre un jugement supĂ©rieur. 103 Chapitre 6. Les renseignements dans la guerre Nous dĂ©signons sous le terme de renseignements l’ensemble de la connaissance que l’on a de l’ennemi et de son pays, donc le fondement de tous nos projets et de toutes nos opĂ©rations. Que l’on considĂšre un instant la nature de ce fondement, son incertitude et son instabilitĂ©, et l’on sentira vite Ă  quel point l’édifice de la guerre est fragile, dangereux, et avec quelle facilitĂ© il peut s’écrouler et nous ensevelir sous ses dĂ©combres. Tous les manuels rĂ©pĂštent bien que l’on ne doit se fier qu’aux renseignements sĂ»rs, que l’on ne doit jamais se dĂ©partir de sa mĂ©fiance ». Mais ce principe thĂ©orique qui donne bonne conscience Ă  leurs auteurs se heurte Ă  la rĂ©alitĂ©. Une grande part des renseignements que l’on reçoit en temps de guerre est contradictoire, une part plus grande encore est fausse et la majoritĂ© est de loin passablement douteuse. Ce que l’on peut alors exiger d’un officier, c’est un certain discernement, que seuls procurent la compĂ©tence, la psychologie et le jugement. La loi des probabilitĂ©s doit le guider. Cette difficultĂ© n’est dĂ©jĂ  pas nĂ©gligeable au moment des premiers plans Ă©laborĂ©s en chambre, en dehors de la sphĂšre de la guerre proprement 104 dite, mais elle est infiniment plus grande dans la mĂȘlĂ©e de la guerre elle-mĂȘme oĂč un renseignement bouscule l’autre ; c’est alors une chance si un certain Ă©quilibre naĂźt de leur contradiction et s’ils suscitent d’eux-mĂȘmes la critique ». La situation est pire pour celui qui n’a pas d’expĂ©rience mais que l’accumulation de renseignements faux conduit Ă  une mauvaise dĂ©cision. Le chef doit avoir une confiance inĂ©branlable en sa conviction intĂ©rieure et rĂ©sister au pessimisme des visions nĂ©gatives. Le rĂŽle est difficile et celui que l’expĂ©rience militaire n’a pas aguerri et affermi dans son jugement doit prendre pour rĂšgle de se forcer Ă  pencher du cĂŽtĂ© de ses espoirs plutĂŽt que du cĂŽtĂ© de ses craintes, en dĂ©pit de son intime conviction. C’est seulement de cette maniĂšre qu’il rĂ©tablira un vĂ©ritable Ă©quilibre. Voir exactement cette difficultĂ©, qui constitue l’une des plus importantes frictions de la guerre, donne une vision des choses complĂštement diffĂ©rente de celle que l’on avait imaginĂ©e. Les impressions des sens sont plus fortes que les calculs de l’intelligence rĂ©flexive". Au point 105 qu’une opĂ©ration un tant soit peu importante n’a jamais Ă©tĂ© conduite sans que le commandant n’ait dĂ» triompher de nouveaux doutes au dĂ©but de son exĂ©cution et que les hommes sont presque toujours frappĂ©s de perplexitĂ© devant les faits par rapport Ă  son avis initial. Sa conviction antĂ©rieure se vĂ©rifiera dans le dĂ©veloppement de l’action, quand disparaĂźtront les dĂ©cors intercalĂ©s par le destin Ă  l’avant-scĂšne de la guerre avec leur peinture outrĂ©e du danger, et quand l’horizon se sera Ă©largi ». Tel est l’un des plus profonds abĂźmes qui sĂ©parent le projet de son exĂ©cution. Chapitre 7. La friction dans la guerre Tant que l’on n’a pas vĂ©cu soi-mĂȘme la guerre, on ne saisit pas en quoi consistent les difficultĂ©s dont il est toujours question, ni vraiment ce que viennent y faire le gĂ©nie et la puissance intellectuelle extraordinaire que l’on exige du gĂ©nĂ©ral ». Tout semble a priori si simple. Mais lorsqu’on a vu la guerre, tout devient clair. Et pourtant, il est extrĂȘmement difficile de dĂ©crire ce qui suscite ce changement, de nommer ce facteur invisible qui agit partout. Tout est trĂšs simple dans la guerre, mais les choses les plus simples sont difficiles. Ces difficultĂ©s s’accumulent et produisent une friction dont celui qui n’a pas vu la guerre ne peut se faire une idĂ©e juste ». exemple des mĂ©saventures inattendues d’un voyageur 107. Ainsi dans la guerre tout est revu Ă  la baisse sous l’influence d’innombrables petits dĂ©tails, qu’on ne peut jamais prendre dĂ»ment en considĂ©ration sur le papier, si bien que l’on reste trĂšs en deçà de l’objectif. Une volontĂ© de fer, puissante, surmonte cette friction ; elle broie les obstacles, mais elle pulvĂ©rise la machine en mĂȘme temps. [
] Comme un obĂ©lisque, vers lequel convergent les avenues d’une ville, la ferme volontĂ© d’un esprit fier se dresse dans son impĂ©rieuse supĂ©rioritĂ© au centre de l’art de la guerre. La friction est le seul concept qui corresponde Ă  peu prĂšs Ă  ce qui distingue la guerre rĂ©elle de la guerre sur le papier ». La machine militaire est en principe trĂšs simple, tout fonctionnant au service de l’unitĂ© pour limiter la friction. Mais il n’en est pas ainsi dans la rĂ©alitĂ©, et la guerre rĂ©vĂšle immĂ©diatement tout ce que cette reprĂ©sentation a d’excessif et de faux. Le bataillon reste toujours composĂ© d’un certain nombre d’hommes dont le plus insignifiant peut, au grĂ© du hasard, arrĂȘter ou mĂȘme dĂ©rĂ©gler la machine. Les dangers que la guerre comporte, les efforts physiques qu’elle exige aggravent tellement le mal qu’il faut les considĂ©rer comme ses causes principales ». 108 Cette friction Ă©pouvantable, qu’il est impossible de concentrer sur quelques points, est donc partout en contact avec le hasard. Elle suscite alors des phĂ©nomĂšnes imprĂ©visibles, prĂ©cisĂ©ment parce qu’ils appartiennent en grande partie au hasard. Le temps, par exemple, en est un. Le brouillard ou la pluie peuvent tout changer au dĂ©roulement d’une bataille. Pour donner cependant une idĂ©e prĂ©cise des petites difficultĂ©s que la guerre oblige Ă  vaincre, il faudrait les illustrer par tant d’exemples, que nous craindrions de lasser le lecteur. L’action militaire est un mouvement dans un milieu rĂ©sistant. Pas plus qu’il n’est possible d’exĂ©cuter dans l’eau, avec facilitĂ© et prĂ©cision, un mouvement aussi simple et aussi naturel que la marche, il est impossible dans la guerre de se maintenir ne serait-ce qu’à un niveau moyen avec des forces ordinaires ». D’oĂč l’inutilitĂ© des thĂ©oriciens dans ce domaine 109. En outre, toute guerre est riche en phĂ©nomĂšnes particuliers ». Chacune est un lieu inexplorĂ© dĂ©fiant les pronostics. La connaissance de cette friction est une composante majeure de l’expĂ©rience de la guerre tant vantĂ©e que l’on exige d’un bon gĂ©nĂ©ral ». Le meilleur gĂ©nĂ©ral n’est pas celui qui est impressionnĂ© par cette friction mais qui sait la surmonter en ayant cette pratique du jugement qu’on appelle le tact apprĂ©ciation intuitive de ce qu’il faut faire. De mĂȘme, seul l’officier expĂ©rimentĂ© prendra toujours, dans les grands Ă©vĂ©nements comme dans les petits, dans chaque pulsation de la guerre, en quelque sorte, les rĂ©solutions et 110 les dĂ©cisions appropriĂ©es ». Il sera donc rarement pris en dĂ©faut, alors que de frĂ©quentes erreurs d’apprĂ©ciation se rĂ©vĂšlent extrĂȘmement dangereuses. La friction est donc ce qui rend difficile ce qui paraĂźt facile. Il apparaĂźtra alors clairement qu’outre l’expĂ©rience et une grande force de volontĂ©, maintes autres qualitĂ©s de l’esprit sont encore nĂ©cessaires pour faire un parfait chef de guerre ». Chapitre 8. Conclusions du premier livre Avec le danger, les efforts physiques, les renseignements et la friction, nous avons identifiĂ© les Ă©lĂ©ments qui composent l’atmosphĂšre de la guerre et qui en font un milieu rĂ©sistant Ă  toute activitĂ©. La rĂ©sistance qu’ils produisent permet de les rĂ©unir dans le concept commun de friction gĂ©nĂ©ralisĂ©e ». Seul l’aguerrissement de l’armĂ©e peut lubrifier ce frottement ». L’habitude fortifie le corps soumis aux grands efforts, elle trempe l’ñme confrontĂ©e aux grands dangers, elle soutient le jugement assailli par la premiĂšre impression. Elle donne Ă  tous, du hussard et du tirailleur jusqu’au gĂ©nĂ©ral de division, une prĂ©cieuse circonspection qui facilite l’action du gĂ©nĂ©ral en chef ». Le soldat aguerri est comme une Ɠil qui s’est habituĂ© Ă  voir dans le noir. L’aguerrissement est une chose qu’aucun gĂ©nĂ©ral ne peut donner Ă  son armĂ©e. Les manƓuvres en temps de paix n’en offrent qu’un faible succĂ©danĂ© ; faible comparĂ© 112 Ă  la vĂ©ritable expĂ©rience de la guerre, mais supĂ©rieur Ă  ces exercices qui n’inculquent Ă  une armĂ©e qu’une habiletĂ© mĂ©canique. Organiser les exercices en temps de paix de telle sorte qu’on y trouve une partie de ces objets de friction, que le jugement, la circonspection , et mĂȘme la rĂ©solution des diffĂ©rents commandants soient mis Ă  l’épreuve, voilĂ  qui est d’une importance bien plus grande que ne le croient ceux qui n’ont jamais fait l’expĂ©rience de la guerre. Il est infiniment important que le soldat, quel que soit son rang, ne dĂ©couvre pas lors du combat ces phĂ©nomĂšnes propres Ă  la guerre, qui surprennent et dĂ©sorientent la premiĂšre fois ». MĂȘme si ces exercices sont peu nombreux, ils sont importants pour s’habituer. A la guerre, la nouvelle recrue a une forte tendance Ă  prendre les efforts inhabituels pour les consĂ©quences des erreurs, des mĂ©prises et de la confusion du commandement suprĂȘme, ce qui l’accable doublement. Il n’en sera rien si elle y est dĂ©jĂ  prĂ©parĂ©e par des exercices effectuĂ©s en temps de paix ». Un autre moyen d’aguerrir les troupes en temps de paix consiste Ă  enrĂŽler des officiers expĂ©rimentĂ©s appartenant Ă  des armĂ©es Ă©trangĂšres. La paix rĂšgne rarement dans toute l’Europe, et la guerre ne s’éteint jamais dans le reste du monde. Un Etat longtemps en paix devrait donc constamment chercher Ă  faire venir de ces théùtres d’opĂ©rations des officiers qui s’y sont distinguĂ©s, ou Ă  y dĂ©tacher quelques-uns des siens pour qu’ils s’initient Ă  la guerre ». MĂȘme si ces officiers sont peu nombreux et s’ils ne peuvent ĂȘtre placĂ©s Ă  des postes de commandement 113 leur rĂŽle d’experts est important.
Etl'on remarquera qu'un nouveau type de scolaritĂ© est Ă  peine instituĂ© (Ă  savoir la crĂ©ation en 1880 d'un secondaire fĂ©minin rĂ©servĂ© Ă  des jeunes filles Ă©galement de la bonne bourgeoisie) que des violences Ă©clatent au grand jour. C'est ainsi que le 1° dĂ©cembre 1882, le journal conservateur « L’Abbevillois » ne manque pas de faire le compte-rendu d’une
David Diop vient de remporter le prix Goncourt des LycĂ©ens pour "FrĂšre d'Ăąme" Seuil. Le chant dĂ©chirant d'un tirailleur sĂ©nĂ©galais pris de folie dans la boucherie de 14, aprĂšs avoir assistĂ© impuissant Ă  la mort de son ami d'enfance, celui qu'il appelle son "plus que frĂšre". David Diop signe un 1er roman d'une beautĂ© Ă©crasante, qui donne voix aux milliers d'Africains, quasiment jamais entendus. Le romancier David Diop a remportĂ© jeudi le convoitĂ© Goncourt des LycĂ©ens, qui fĂȘte cette annĂ©e ses 30 ans, pour "FrĂšre d'Ăąme" Seuil, histoire d'amitiĂ©, jusqu'Ă  la folie, dans l'enfer des tranchĂ©es. Le roman a Ă©tĂ© choisi au 2e tour, par 5 voix sur 13, devant "Le Malheur du Bas" Albin Michel d'InĂšs Bayard et "La vraie vie" d'Adeline DieudonnĂ© L'Iconoclaste. Le jury a Ă©tĂ© sĂ©duit par "sa vision terrible de la Grande guerre, entre Afrique et Europe, sagesse et folie". L'an dernier, les lycĂ©ens avaient consacrĂ© "L'art de perdre" Flammarion d'Alice Zeniter, un rĂ©cit puissant sur les non-dits de la guerre d'AlgĂ©rie racontant le destin d'une famille française dont le grand-pĂšre fut malheureux du Femina, du MĂ©dicis, du Goncourt et du Renaudot, David Diop Ă©tait le seul auteur Ă  figurer dans toutes les sĂ©lections des grands prix littĂ©raires d'automne et le seul homme en lice pour le Goncourt des lycĂ©ens. "Je suis extrĂȘmement heureux d'avoir Ă©tĂ© choisi par vous parce que je suis enseignant et que j'ai enseignĂ© en lycĂ©e Ă  la fin du siĂšcle dernier, mais je garde toujours dans mon coeur vos regards, vos sourires, quand vous dĂ©couvrez les textes et je suis vraiment trĂšs sensible Ă  votre, je ne vais pas dire amour, disons prĂ©dilection", a dĂ©clarĂ© David Diop, joint par tĂ©lĂ©phone. L’histoire 1914. Ils ont vingt ans, Alfa Ndyaye et Mademba Diop, deux jeunes SĂ©nĂ©galais amis d'enfance, venus de leur village sur le sol français pour dĂ©fendre la patrie. "Vous les chocolats d'Afrique Noire vous ĂȘtes naturellement les plus courageux parmi les courageux. La France reconnaissante vous admire", leur rĂ©pĂšte le capitaine Armand. Alors quand il leur ordonne de sortir de la tranchĂ©e pour affronter l'ennemi, ils font comme leurs camarades, ils sortent du trou et se lancent en hurlant, "le fusil rĂ©glementaire dans la main droite et le coupe-coupe sauvage dans la main gauche". Un jour, Ă  la sortie de la tranchĂ©e, Mademba Diop est blessĂ©. La mort ne vient pas tout de suite. "Lui, Mademba, n'Ă©tait pas encore mort qu'il avait dĂ©jĂ  le dedans du corps dehors". Alors que les soldats ont depuis longtemps rejoint la tranchĂ©e, Alfa reste au cĂŽtĂ© de Mademba, assistant Ă  la longue agonie de son "plus que frĂšre", sans savoir quoi faire. "Trois fois il m’a demandĂ© de l’achever, trois fois j’ai refusĂ©". Quand enfin son ami rend son dernier souffle, Alfa porte son corps jusqu'Ă  la tranchĂ©e, en pensant, trop tard, qu'il aurait dĂ» faire ce que lui demandait son ami abrĂ©ger ses souffrances. "Ah, Mademba Diop ! Ce n'est que quand tu t'es Ă©teint que j'ai vraiment commencĂ© Ă  penser. Ce n'est qu'Ă  ta mort, au crĂ©puscule, que j'ai su, j'ai compris que je n'Ă©couterais plus la voix du devoir, la voix qui ordonne, la voix qui impose la voie. Mais c'Ă©tait trop tard", tard. Alpha commence sa guerre. DĂ©cide de ne plus faire le sauvage pour la France "parce que ça l'arrange". Il devient "sauvage par rĂ©flexion". "Quand je sors du ventre de la terre, je suis inhumain par choix, je deviens inhumain un tout petit peu. Non pas parce que le capitaine me l'a commandĂ©, mais parce que je l'ai pensĂ© et voulu". Et il se met Ă  tuer Ă  sa maniĂšre, rĂ©pĂ©tant Ă  chaque sortie de la tranchĂ©e le mĂȘme rituel macabre, une cĂ©rĂ©monie qu'il accomplit en pensant Ă  son "plus que frĂšre" Mademba. Il en choisit un. Un du camp adverse. Il le ligote. Il l'Ă©ventre. Puis il fait pour lui ce qu'il n'a pas fait pour son ami. "DĂšs sa seconde supplication des yeux, je lui tranche la gorge comme aux moutons du sacrifice. Ce que je n'ai pas fait pour Mademba Diop, je le fais pour mon ennemi aux yeux bleus. Par humanitĂ© retrouvĂ©e". Le rituel se finit toujours de la mĂȘme maniĂšre il dĂ©coupe la main de l'ennemi aux yeux bleus, et la rapporte comme un trophĂ©e dans la tranchĂ©e. Au dĂ©but ça rassure ses camarades, qui l'accueillent comme un hĂ©ros. Mais Ă  force, une main, puis deux, puis trois, puis 4,5, 6
 Alpha leur fait peur. Il accomplit jour aprĂšs jour le mĂȘme crime macabre, rien ni personne ne semblant capable de l'arrĂȘter. Jusqu'Ă  ce que le Capitaine l'envoie se "reposer un peu" Ă  l' loin des tranchĂ©es et des obus, Alpha plonge dans son passĂ©. Le village, ses rĂšgles, ses croyances, le chagrin de son pĂšre aprĂšs la disparition de sa mĂšre, son enfance auprĂšs de son ami Mademba, petit et malingre, pendant que lui, Alpha, devenait grand et fort, et le souvenir de "Fary Thiam", la jeune femme qui contre toute les lois du village lui a offert la "joie du corps" avant son dĂ©part pour la guerre, lui donnant un bonheur que son ami et "presque frĂšre" Mademba n'a pas eu la chance de connaĂźtre avant de mourir au front. "Je suis deux voix simultanĂ©es. L'une s'Ă©loigne et l'autre croit", cette citation de Cheikh Hamidou Kane apostĂ©e par l'auteur en exergue de son roman annonce le sortilĂšge Alpha s'enfonce dans ses pensĂ©es, se fond dans les souvenirs, se dissout tant et si fort qu'il finit par se confondre avec son "plus que frĂšre", incorpore son Ăąme Ă  la sienne jusqu'Ă  s'effacer, jusqu'Ă  lui cĂ©der sa place, pour rĂ©parer l'irrĂ©parable, apurer la boucherie, sauver son ami du nĂ©ant et le rendre Ă  la vie, et pour Alpha, se sauver lui-mĂȘme et retrouver le chemin de l'humanitĂ©."FrĂšre d'Ăąme" est un long cri dĂ©chirant, un chant comme une incantation, qu'il faut lire sans rĂ©sister. Laisser les mots vous percuter sans broncher. David Diop ne nous laisse pas le choix. Il faut avancer avec Alpha. L'accompagner jusqu'aux confins. Et vivre ce que des milliers de tirailleurs sĂ©nĂ©galais ont eu Ă  souffrir, Ă  mourir dans une guerre qui ne leur appartenait pas. "FrĂšre d'Ăąme" est aussi l'histoire d'une Ă©mancipation. "Personne ne sait ce que je pense, je suis libre de penser ce que je veux. Ce que je pense c'est qu'on veut que je ne pense pas. L'impensable est cachĂ© derriĂšre les mots du capitaine. La France du capitaine a besoin que nous fassions les sauvages quand ça l'arrange".David Diop construit son histoire par petits cercles, s'Ă©largissant Ă  chaque passage, phrases rĂ©pĂ©tĂ©es, revisitĂ©es, comme un conte s'enrichissant chaque fois qu'il est une nouvelle fois racontĂ©. En faisant sa propre guerre, Alpha brise le joug. MĂȘme s'il faut s'y perdre, il se rĂ©approprie son histoire, comme le fait l'Ă©crivain en la racontant avec ses propres mots, convoquĂ©s loin, trĂšs loin des tranchĂ©es, dans l'histoire, la coutume, le rythme, la musique, l'Ăąme de ses ancĂȘtres. Avec ce premier roman d'une beautĂ© Ă©crasante, David Diop redonne voix aux milliers de soldats africains, si peu entendus, envoyĂ©s Ă  la mort dans une guerre qui ne leur appartenait pas. "FrĂšre d'Ăąme est en lice pour le Goncourt, le Renaudot, le MĂ©dicis, le FĂ©mina, et le Prix InteralliĂ©. "FrĂšre d'Ăąme", David Diop Seuil - 175 pages - 17 €Ah ! Mademba Diop, mon plus que frĂšre, a mis trop de temps Ă  mourir. Ça a Ă©tĂ© trĂšs, trĂšs difficile, ça n'en finissait pas, du matin aux aurores, au soir, les tripes Ă  l'air, le dedans dehors, comme un mouton dĂ©pecĂ© par le boucher rituel aprĂšs son sacrifice. Lui, Mademba, n'Ă©tait pas encore mort qu'il avait le dedans du corps dehors. Pendant que les autres s'Ă©taient rĂ©fugiĂ©s dans les plaies bĂ©antes de la terre qu'on appelle les tranchĂ©es, moi je suis restĂ© prĂšs de Mademba, allongĂ© contre lui, ma main droite dans sa main gauche, Ă  regarder le ciel froid sillonnĂ© de mĂ©tal. Trois fois il m'a demandĂ© de l'achever, trois fois j'ai refusĂ©. C'"Ă©tait avant, avant de m'autoriser Ă  tout penser. Si j'avais Ă©tĂ© tel que je suis aujourd'hui, je l'aurais tuĂ© la premiĂšre fois qu'il me l'a demandĂ©, sa tĂȘte tournĂ©e vers moi, sa main gauche dans ma main droite.""FrĂšre d'Ă€me", page 12
EnrĂ©sumĂ©, je disposais de deux Arabo-BerbĂšres illettrĂ©es, d’un garçon de cafĂ© et d’un gourbi qu’il fallait, par un coup de baguette magique, transformer en infirmiĂšres, infirmier et dispensaire. Et moi, le magicien, j’étais un Ă©tudiant en mĂ©decine en fin de cinquiĂšme annĂ©e. Au dĂ©but, tout se passa bien. Les consultations du dispensaire attirĂšrent beaucoup de monde
1. Introduction 2. CaractĂ©risation textuelle du roman et du texte narratif Le genre roman » petits rappels Le schĂ©ma narratif au service du rĂ©sumĂ© d’un texte narratif 3. DiffĂ©rents types de rĂ©sumĂ©s de textes narratifs 3. 1 Le rĂ©sumĂ© promotionnel Le rĂ©sumĂ© d’étape 4. Quelques caractĂ©ristiques linguistiques et stylistiques des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs Le temps des verbes Exercice no 1 passĂ© composĂ© ou plus-que-parfait Le style 5. Applications rĂ©dactionnelles et exercices Ă  partir de deux extraits de romans Autour de la syntaxe dans L’extraordinaire voyage du fakir
 Exercice no 2 la structure thĂ©matique de la phrase Autour du vocabulaire dans L’extraordinaire voyage du fakir
 Exercices no 3 et no 4 les synonymes Exercice no 5 le genre des noms RĂ©sumĂ© guidĂ© du dĂ©but de L’extraordinaire voyage du fakir
 RĂ©sumĂ©s guidĂ©s du dĂ©but de ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs La dame blonde Analyser le fonctionnement narratif d’un roman d’aventures Identifier les fonctions des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs DĂ©crire la construction du rĂ©sumĂ© d’un texte narratif selon sa fonction Appliquer des structures syntaxiques aidant Ă  rĂ©sumer Faire des choix stylistiques appropriĂ©s au type de rĂ©sumĂ© recherchĂ© Produire des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs rĂ©pondant Ă  des critĂšres donnĂ©s Dans le chapitre 1, il a Ă©tĂ© Ă©tabli qu’un rĂ©sumĂ© est fonction de sa finalitĂ© pour qui et pourquoi l’écrit-on ? Dans ce deuxiĂšme chapitre, nous travaillerons le rĂ©sumĂ© de textes narratifs en prenant comme matĂ©riau de dĂ©part des chapitres de romans d’aventures. Nous analyserons des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs ainsi que des chapitres de romans avant de proposer des tĂąches de rĂ©sumĂ©s. Le genre roman » petits rappels On peut dĂ©finir le genre roman » novel par les traits suivants. C’est un texte littĂ©raire narratif un rĂ©cit de fiction /fictionnel tous les textes narratifs ne sont pas des fictions d’une certaine longueur plus long que la nouvelle, ou short story en anglais ancrĂ© dans une culture, une Ă©cole littĂ©raire ancrĂ© dans un sous-genre mĂȘme si certains romans sont inclassables » roman historique, roman d’amour, roman policier, thriller psychologique, roman d’aventures
 Le roman d’aventures est un genre regroupant divers types de rĂ©cits oĂč le hĂ©ros, souvent masculin, vit des aventures jonchĂ©es de pĂ©ripĂ©ties qui le mettent rĂ©guliĂšrement en danger. Le rĂ©alisme des situations y est dĂ©laissĂ© au profit d’une trame remplie d’intrigues et de suspense. À la fin, il convient que la morale soit sauve et que le bien l’emporte sur le mal. Dans les littĂ©ratures francophone et anglophone, ce genre littĂ©raire a connu ses heures de gloire Ă  la fin du XIXe siĂšcle et dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle; on pense notamment Ă  des auteurs comme Jules Verne ou Joseph Conrad, ou encore Alexandre Dumas plus tĂŽt au XIXe siĂšcle. Le roman d’aventures a donnĂ© naissance Ă  des sous-genres comme le roman policier, avec de nouveaux hĂ©ros populaires parmi lesquels les cĂ©lĂšbres Hercule Poirot d’Agatha Christie, Sherlock Holmes de Conan Doyle et ArsĂšne Lupin de Maurice Leblanc. Le schĂ©ma narratif au service du rĂ©sumĂ© d’un texte narratif Comme narration fictionnelle, le roman est codifiĂ© dans sa structure. Dans les romans grand public, ce sont gĂ©nĂ©ralement les pĂ©ripĂ©ties qui sont le moteur de l’intĂ©rĂȘt du lecteur s’il ne se passe rien, l’intĂ©rĂȘt tombera pour la majoritĂ© des lecteurs. Durant vos Ă©tudes secondaires, vous avez d’ailleurs sans doute Ă©tudiĂ© le schĂ©ma narratif » classique Situation initiale ÉlĂ©ment perturbateur PĂ©ripĂ©ties DĂ©nouement ou Ă©lĂ©ment de rĂ©solution Situation finale Ce schĂ©ma aide Ă  dĂ©coder le texte, Ă  prĂ©voir la suite du rĂ©cit. Il correspond au script attendu Ă  partir d’une situation initiale, quelque chose survient qui entraĂźne une sĂ©rie d’évĂ©nements et de rebondissements qui trouvent leur rĂ©solution, ce qui amĂšne Ă  la fin du roman. On peut s’appuyer sur ce schĂ©ma pour construire un rĂ©sumĂ©. Prenons RomĂ©o et Juliette, de Shakespeare, que vous avez sans doute Ă©tudiĂ© au niveau secondaire Situation initiale Deux grandes familles de VĂ©rone, les Capulet et les Montaigu, s’opposent dans une rivalitĂ© fĂ©roce. ÉlĂ©ment perturbateur RomĂ©o un Montaigu tombe amoureux de Juliette une Capulet, ce qui dĂ©clenchera toute une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties. PĂ©ripĂ©ties Ils se marient secrĂštement, ce qui provoquera un enchaĂźnement d’évĂ©nements, qui culmineront avec la pseudo-mort de Juliette. DĂ©nouement ou Ă©lĂ©ment de rĂ©solution Ce voyant, RomĂ©o se tue. Juliette, Ă  son rĂ©veil, voit RomĂ©o mort et, patatras !, se tue aussi. Situation finale Les deux familles se rĂ©concilient. Ce dĂ©coupage en cinq Ă©tapes rĂ©sume l’ensemble de la trame narrative, mais ne donne pas particuliĂšrement envie de lire RomĂ©o et Juliette. Le rĂ©sumĂ© est strictement utilitaire on en trouvera sur WikipĂ©dia une version plus longue, qui permet de connaĂźtre l’Ɠuvre sans l’avoir lue ou vue, comme piĂšce ou en film dĂ©rivĂ©. Si l’on rĂ©sume pour faire mousser l’intĂ©rĂȘt » – pour donner l’envie d’aller voir la piĂšce, par exemple – on emploiera une langue plus dramatique, un vocabulaire plus riche, plus emphatique, un ton plus interactif, et on n’insistera pas sur le dĂ©nouement qui, de surcroĂźt, dans ce cas-ci, est connu de tous. Comme nous voulons travailler l’expression d’un dĂ©roulement d’actions, nous nous concentrerons sur les romans d’aventures , forts en pĂ©ripĂ©ties et rebondissements. Le but est de vous aider Ă  acquĂ©rir des savoir-faire rĂ©dactionnels essentiels pour mettre en rĂ©cit un enchaĂźnement d’actions de bonnes reprises, de bons marqueurs chronologiques et une utilisation judicieuse du passĂ© composĂ© pour marquer l’accompli, ainsi que du plus-que-parfait pour marquer l’antĂ©rioritĂ© par rapport Ă  un fait passĂ©. Le rĂ©sumĂ© promotionnel Prenons le cas du best-seller français L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Sur le site de l’éditeur original, Le Dilettante, on trouve le rĂ©sumĂ© suivant, qui, manifestement, vise Ă  donner envie de lire le livre RĂ©sumĂ© Premier roman de la RĂ©vĂ©lation de la RentrĂ©e 2013 Romain PuĂ©rtolas Il Ă©tait une fois Ajatashatru Lavash Patel Ă  prononcer, selon les aptitudes linguales, j’arrache ta charrue » ou achĂšte un chat roux », un hindou de gris vĂȘtu, aux oreilles forĂ©es d’anneaux et considĂ©rablement moustachu. Profession fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou dĂ©barque un jour Ă  Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur un lit Ă  clous. Taxi arnaquĂ©, porte franchie et commande passĂ©e d’un modĂšle deux cents pointes Ă  visser soi-mĂȘme, trouvant la succursale Ă  son goĂ»t, il s’y installe, s’y lie aux chalands, notamment Ă  une dĂ©licieuse Marie RiviĂšre qui lui offre son premier choc cardiaque, et s’y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire
 expĂ©diĂ©e tout de go au Royaume-Uni en camion. Digne vĂ©hicule qu’il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. ApprĂ©hendĂ©s en terre d’Albion, nos hĂ©ros sont mis en garde Ă  vue. RĂ©expĂ©diĂ© en Espagne comme ses compĂšres, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aĂ©roport de Barcelone, le taxi flouĂ© Ă  qui il Ă©chappe Ă  la faveur d’un troisiĂšme empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain
 et romancier l’attente en soute Ă©tant longue et poussant Ă  l’écriture. ProtĂ©gĂ© de l’actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l’air, empruntant une montgolfiĂšre pour se retrouver dans le golfe d’Aden puis, cargo aidant, Ă  Tripoli. Une odyssĂ©e improbable qui s’achĂšvera festivement en France oĂč Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d’euphorie cosmopolite. Sur le mode rebondissant des pĂ©riples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la premiĂšre fois dans votre ville, L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais. Le rĂ©sumĂ© ci-dessus rend compte de toutes les Ă©tapes du schĂ©ma narratif ou presque Situation initiale Un fakir hindou dĂ©barque Ă  l’aĂ©roport Roissy Ă  Paris pour aller acheter un lit Ă  clous Ă  IKEA. ÉlĂ©ment perturbateur Il se rend Ă  IKEA en taxi, mais arnaque le chauffeur. PĂ©ripĂ©ties Il rencontre une jolie femme, Marie qu’il arnaque aussi un peu, et passe la nuit dans le magasin parce qu’il n’a pas d’argent pour aller ailleurs. Quand des employĂ©s surviennent, il se cache dans une armoire
 L’armoire part pour l’Angleterre et Ajatashatru Lavash Patel commence ainsi un tour d’Europe, avec une pointe en Afrique, durant lequel il connaĂźt une sĂ©rie d’aventures plus rocambolesques les unes que les autres. DĂ©nouement ou Ă©lĂ©ment de rĂ©solution De retour en France, il retrouve Marie
 et le chauffeur de taxi. Situation finale Il se marie avec Marie. Si le rĂ©sumĂ© » de l’éditeur rend bien compte de toutes les Ă©tapes du schĂ©ma narratif, son but est Ă©videmment de susciter un plaisir de lecture par le recours Ă  des effets de style reposant surtout sur la cocasserie, Ă  commencer par cet hindou de gris vĂȘtu, aux oreilles forĂ©es d’anneaux et considĂ©rablement moustachu », formulation qui peut notamment Ă©voquer le grand mĂ©chant loup aux grandes oreilles et bien velu de plusieurs contes. Au-dessus de ce rĂ©sumĂ©, la maison d’édition Le Dilettante prĂ©sente le roman d’une façon plus analytique, mais qui rĂ©sume aussi Un voyage low-cost 
 dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pĂ©tillante que le Coca-Cola, un Ă©clat de rire Ă  chaque page mais aussi le reflet d’une terrible rĂ©alitĂ©, le combat que mĂšnent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siĂšcle, sur le chemin des pays libres. On trouve dans ces quelques lignes le pĂ©riple en Europe et en Afrique, les aventures, l’histoire d’amour, le ton du rĂ©cit et le message que l’auteur veut vĂ©hiculer. Un rĂ©sumĂ© extrĂȘme » donc, auquel se combine un commentaire Ă©valuatif. C’est le genre de texte qu’on lit souvent sur la quatriĂšme de couverture » l’arriĂšre du livre, oĂč l’on prĂ©sente le propos de l’ouvrage ou encore des commentaires de critiques littĂ©raires. Les prĂ©sentations de films, dans des programmes, prennent aussi cette forme trĂšs succincte avec ou sans commentaire Ă©valuatif. Le rĂ©sumĂ© d’étape Un rĂ©sumĂ© narratif peut ne couvrir qu’une partie du rĂ©cit. Dans les histoires sĂ©rialisĂ©es, on rĂ©sume souvent l’épisode prĂ©cĂ©dent au dĂ©but de l’épisode qu’on aborde. Cette forme Ă©tait courante dans les romans en feuilletons ou romans-feuilletons » du XIXe siĂšcle, qui Ă©taient publiĂ©s dans les journaux; en anglais, on pensera Ă  Dickens; en français, Ă  Alexandre Dumas, Ă  HonorĂ© de Balzac, Ă  EugĂšne Sue moins connu aujourd’hui et aux cĂ©lĂšbres aventures de Rocambole, le personnage haut en couleur des Drames de Paris de Ponson du Terrail, qu’on connaĂźt surtout maintenant par l’adjectif rocambolesque » adjectif d’ailleurs souvent utilisĂ© pour dĂ©crire L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Le rĂ©sumĂ© d’un Ă©pisode prĂ©cĂ©dent est Ă©galement courant dans les sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es et les websĂ©ries. On retrouve aussi des rĂ©sumĂ©s de l’épisode prĂ©cĂ©dent ou encore du chapitre Ă  venir en tĂȘte de chapitre dans des Ɠuvres diverses. Si vous avez lu Candide de Voltaire ou Gulliver’s Travels de Jonathan Swift, vous vous souviendrez peut-ĂȘtre d’y avoir vu des rĂ©sumĂ©s en tĂȘte de chapitre Chapitre troisiĂšme. Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonnĂ© que les deux armĂ©es. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversĂšrent d’abord Ă  peu prĂšs six [
] CHAPTER I. THE AUTHOR GIVES SOME ACCOUNT OF HIMSELF AND FAMILY HIS FIRST INDUCEMENTS TO TRAVEL. HE IS SHIPWRECKED, AND SWIMS FOR HIS LIFE; GETS SAFE ASHORE IN THE COUNTRY OF LILLIPUT; IS MADE A PRISONER, AND CARRIED UP THE COUNTRY. My father had a small estate in Nottinghamshire; I was the third of five sons. He sent me to Emmanuel College in Cambridge at fourteen years old, where I resided three years, and applied myself close to my studies; but the charge of maintaining me, although I had a very scanty allowance, being too great for a narrow fortune, I was bound apprentice to Mr. James Bates, an eminent surgeon in London, with whom I continued four years; and my father now and then sending me small sums of money, I laid them out in learning navigation, and other parts of the mathematics useful to those who intend to travel, as I always believed it would be, some time or other, my fortune to do. PremiĂšre partie, chapitre un L’AUTEUR REND UN COMPTE SUCCINCT DES PREMIERS MOTIFS QUI LE PORTÈRENT À VOYAGER. IL FAIT NAUFRAGE ET SE SAUVE À LA NAGE DANS LE PAYS DE LILLIPUT. ON L’ENCHAÎNE ET ON LE CONDUIT EN CET ÉTAT PLUS AVANT DANS LES TERRES. Mon pĂšre, dont le bien, situĂ© dans la province de Nottingham, Ă©tait mĂ©diocre, avait cinq fils j’étais le troisiĂšme, et il m’envoya au collĂšge d’Emmanuel, Ă  Cambridge, Ă  l’ñge de quatorze ans. J’y demeurai trois annĂ©es, que j’employai utilement. Mais la dĂ©pense de mon entretien au collĂšge Ă©tait trop grande, on me mit en apprentissage sous M. Jacques Bates, fameux chirurgien Ă  Londres, chez qui je demeurai quatre ans. Mon pĂšre m’envoyant de temps en temps quelques petites sommes d’argent, je les employai Ă  apprendre le pilotage et les autres parties des mathĂ©matiques les plus nĂ©cessaires Ă  ceux qui forment le dessein de voyager sur mer, ce que je prĂ©voyais ĂȘtre ma destinĂ©e. Les romans-feuilletons recouraient aussi le plus souvent Ă  ces rĂ©sumĂ©s en tĂȘte de chapitre ou feuilleton. Voici par exemple un rĂ©sumĂ© d’un chapitre du FantĂŽme de l’opĂ©ra, de Gaston Leroux Chapitre 8. OĂč MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin ont l’audace de faire reprĂ©senter Faust » dans une salle maudite » et de l’effroyable Ă©vĂ©nement qui en rĂ©sulta. Mais le samedi matin, en arrivant dans leur bureau, les directeurs trouvĂšrent une double lettre de F. de l’O. ainsi conçue Mes chers directeurs, C’est donc la guerre ? Si vous tenez encore Ă  la paix, voici mon ultimatum. Il est aux quatre conditions suivantes 1° Me rendre ma loge – et je veux qu’elle soit Ă  ma libre disposition dĂšs maintenant ; 2° Le rĂŽle de Marguerite » sera chantĂ© ce soir par Christine DaaĂ©. Ne vous occupez pas de la Carlotta qui sera malade ; Dans ces trois cas Candide, Gulliver’s Travels, Le fantĂŽme de l’opĂ©ra, le rĂ©sumĂ© prĂ©sente le chapitre qui commence. Dans d’autres cas, par exemple dans les petits romans du magazine pour enfants J’aime lire, c’est le chapitre prĂ©cĂ©dent qui est rĂ©sumĂ© afin de permettre Ă  l’enfant de fractionner sa lecture s’il le souhaite[1] ». Ainsi, en tĂȘte du chapitre 2 du roman Sur la trace du blaireau perdu de CĂ©line Claire, trouve-t-on le rĂ©sumĂ© suivant du premier chapitre Manon et Alex viennent de rejoindre Tonton Jacques Ă  vĂ©lo. Il leur montre sa dĂ©couverte un blaireau blessĂ© au bord de la route
 J’aime lire, no 459 bis, 2015 Comme on le voit, on peut rĂ©sumer un texte narratif ou un extrait de texte narratif de bien des façons selon la finalitĂ© du rĂ©sumĂ©. Voyons maintenant quelques caractĂ©ristiques linguistiques et stylistiques essentielles du rĂ©sumĂ© du texte narratif. Le temps des verbes Le temps le plus communĂ©ment employĂ© pour rĂ©sumer une narration est le prĂ©sent narratif. Pourquoi ? Parce que le rĂ©sumĂ© n’est pas la narration mĂȘme. D’oĂč la difficultĂ© Ă  rĂ©diger le rĂ©sumĂ© au passĂ© simple, qui est un temps du rĂ©cit, un temps qui distancie[2]. Or, le rĂ©sumĂ© d’un texte narratif fonctionne comme un dialogue direct avec le lecteur. MĂȘme le passĂ© composĂ© est difficile on ne raconte pas quelque chose qui est arrivĂ©, on rend compte d’une histoire fictive, comme si on y Ă©tait; le prĂ©sent narratif ou prĂ©sent historique crĂ©e cet effet. Bien Ă©videmment, on aura tout de mĂȘme besoin du passĂ© composĂ© et parfois du plus-que-parfait pour relater des faits antĂ©rieurs Ă  ceux qui construisent la chaĂźne narrative de base du rĂ©sumĂ©. C’est bien le prĂ©sent qui est utilisĂ© dans le rĂ©sumĂ© long de L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA 
 dĂ©barque un jour Ă  Roissy, 
 s’y installe
 nos hĂ©ros sont mis en garde Ă  vue prĂ©sent passif 
 Ă  qui il Ă©chappe 
 il joue une nouvelle fois la fille de l’air
 Mais, si on veut rappeler des faits et des situations antĂ©rieurs aux Ă©vĂ©nements qu’on est en train de rĂ©sumer, on utilisera le passĂ© composĂ© Lavash Patel dĂ©barque Ă  Roissy pour acheter un matelas Ă  clous. Il a quittĂ© l’Inde la veille avec pour seul pĂ©cule un faux billet de 100 euros. On peut aussi utiliser le passĂ© composĂ© simplement pour marquer l’aspect rĂ©sultatif d’une action par rapport aux autres dans une sĂ©quence Lavash Patel s’interroge. Lui, un homme bon ? Il s’est plutĂŽt toujours vu comme un charlatan ! Lavash Patel entre dans le magasin, trouve le rayon des lits, choisit le modĂšle et le commande. Il a accompli sa mission. Il peut maintenant se reposer jusqu’au lendemain. Pour marquer l’antĂ©rioritĂ© par rapport Ă  un moment dont on parle au passĂ© composĂ©, on utilisera le plus-que-parfait Lavash Patel arrive Ă  Paris un peu fatiguĂ©. Il a pris l’avion la veille et comme il n’avait jamais pris l’avion avant, il n’a pas fermĂ© l’Ɠil de la nuit. Ou encore pour marquer une antĂ©rioritĂ© lointaine par rapport au moment du rĂ©cit Lavash Patel se remĂ©more son enfance sa rencontre avec un pĂ©dophile qui l’avait sodomisĂ©, mais aussi la tendresse infinie de sa mĂšre adoptive. Le plus-que-parfait s’utilise aussi pour marquer l’aspect rĂ©sultatif dans le passĂ©. Il Ă©tait heureux. Il avait trouvĂ© l’ñme sƓur. RAPPELS PassĂ© composĂ© antĂ©rioritĂ© par rapport au prĂ©sent de la narration ou rĂ©sultat dans le prĂ©sent Plus-que-parfait antĂ©rioritĂ© par rapport Ă  un moment du passĂ© ou rĂ©sultat dans le passĂ© Le style Comme nous l’avons dit plus haut, le rĂ©sumĂ© d’un texte narratif Ă©crit vise Ă  donner aux lecteurs potentiels l’envie de lire l’ouvrage il doit ĂȘtre expressif et susciter des reprĂ©sentations quasi cinĂ©matographiques des personnages et du cadre de l’action; sa visĂ©e est publicitaire. Lorsque le rĂ©sumĂ© porte seulement sur une partie du roman, un chapitre par exemple, la langue peut ĂȘtre plus sobre le but premier est alors d’aider le lecteur Ă  se remĂ©morer ce qui prĂ©cĂšde ou Ă  sauter des parties du rĂ©cit; cela n’empĂȘche cependant pas de chercher Ă  reconstruire l’atmosphĂšre, Ă  reproduire le ton, ou l’effet de suspense s’il y en a. Vous trouverez ci-dessous deux parcours d’applications rĂ©dactionnelles et d’exercices. Le premier porte sur les trois premiers chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Le second sur l’un des romans de la cĂ©lĂšbre sĂ©rie des ArsĂšne Lupin ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs La dame blonde. Autour de la syntaxe dans L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA Pour bien rĂ©sumer, il faut faire des phrases qui condensent l’information, ce qui passe notamment par une syntaxe dense, autant dans la partie thĂ©matique the topic de la phrase, c’est-Ă -dire ce qui est en dĂ©but de phrase circonstants en tĂȘte de phrase et sujet, que dans la partie rhĂ©matique the comment, c’est-Ă -dire le verbe et ses complĂ©ments ainsi que les circonstants placĂ©s en fin de phrase. Remplissez le tableau que vous trouverez ici avec les structures demandĂ©es sujets comprenant une subordonnĂ©e relative explicative, diffĂ©rentes formes syntaxiques de complĂ©ments circonstanciels de cause antĂ©posĂ©s, etc.; dans la colonne 3, vous placez des exemples tirĂ©s des troispremiers chapitres du roman; dans la colonne 4, vous construisez des exemples qui pourraient s’intĂ©grer dans votre rĂ©sumĂ©. Le but de l’exercice est de vous aider Ă  enrichir vos dĂ©buts de phrases en vous amenant Ă  avoir une vision synthĂ©tique des constructions les plus courantes qui densifient les thĂšmes et structurent la progression du texte. Autour du vocabulaire dans L’extraordinaire voyage du fakir
 a Les synonymes Savoir choisir le mot qui convient le mieux parmi une sĂ©rie de mots de sens proches est au coeur de toute Ă©criture. Parmi les outils les plus efficaces pour comprendre les nuances de sens entre synonymes et mots de sens proches, Antidote figure en trĂšs bonne place, en raison, notamment, de la convivialitĂ© de l’interface de son sous-dictionnaire des synonymes. Sans doute d’ailleurs, l’utilisez-vous dĂ©jĂ , la plupart des universitĂ©s Ă©tant abonnĂ©es Ă  Antidote. Les deux exercices qui suivent vous amĂšneront Ă  travailler systĂ©matiquement avec Antidote pour explorer des champs synonymiques autour de thĂšmes clĂ©s de L’extraodinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Exercice no 3 Explorez les synonymes des mots voyage et aventure dans Antidote, puis faites l’exercice autocorrigĂ© que vous trouverez ici. Exercice no 4 Explorez les synonymes du mot bizarre, dans Antidote, puis faites l’exercice autocorrigĂ© que vous trouverez ici. b Le genre des noms Apprendre des noms en français, c’est les apprendre avec leur genre grammatical masculin ou fĂ©minin ! Lisez le premier chapitre de L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA, puis faites l’exercice suivant pour vĂ©rifier si vous avez la mĂ©moire du genre grammatical. Cet exercice vise Ă  vous entraĂźner Ă  mobiliser une petite partie de votre attention pour observer le genre et le retenir. Il est conçu de façon Ă  vous permettre de le faire rapidement la liste des noms suit le chapitre 1, de la page 13 Ă  la page 16. Dans certains cas, le genre des noms est donnĂ© dans le texte ex. son costume, sa cravate et parfois non ex. Ă  mi-voix ne dit pas si voix est un nom masculin ou fĂ©minin – et on dit bien un choix, mais une noix. Avec ou sans l’aide du livre, vous devriez trouver la majoritĂ© des rĂ©ponses. À la deuxiĂšme tentative, vous devriez obtenir 30 sur 30. Ajoutez un » ou une » devant les noms. RĂ©sumĂ© guidĂ© du dĂ©but de L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA est un roman de Romain PuĂ©rtolas, paru en 2013. Grand succĂšs de librairie en France, le livre a Ă©tĂ© traduit dans plusieurs langues; un film en a aussi Ă©tĂ© est alerte et un rebondissement[3] n’attend pas l’autre. Quoi de mieux pour un exercice de rĂ©sumĂ© d’un texte narratif? Quelques exercices accompagnent la tĂąche de rĂ©sumĂ© proprement dite. Vous trouverez sur le site du Livre de poche[4] les trois premiers mini-chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA Lisez ces trois mini-chapitres en pensant aux Ă©tapes du schĂ©ma narratif. Ensemble, ils prĂ©sentent la situation initiale et l’élĂ©ment dĂ©clencheur... Élaborez mentalement un rĂ©sumĂ© et racontez oralement le dĂ©but du rĂ©cit Ă  quelques autres Ă©tudiants de votre cours. En Ă©coutant les rĂ©sumĂ©s des autres, relevez les diffĂ©rences d’un rĂ©sumĂ© Ă  l’autre Qu’est-ce qui est dit, qu’est-ce qui n’est pas dit ? Comment les phrases s’enchaĂźnent-elles ? Emploie-t-on beaucoup de complĂ©ments circonstanciels pour exprimer les circonstances[5] ? La phrase qui clĂŽt le petit rĂ©sumĂ© a-t-elle du punch ? Ouvre-t-elle sur la suite ?.. Pour bien rendre compte de la situation initiale et de l’élĂ©ment dĂ©clencheur, pensez Ă  camper le dĂ©cor le lieu, les personnages et l’arnaque en termes vivants qu’est-ce qui arrive Ă  qui et pourquoi ? Ouvrez sur les pĂ©ripĂ©ties Ă  venir, comme le fait la fin du chapitre 3.
 RĂ©digez un rĂ©sumĂ© de 150 Ă  200 mots des trois premiers chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Imaginez que vous Ă©crivez votre rĂ©sumĂ© pour un ami francophone qui n’aurait pas encore lu le livre. Faites un bon usage de la subordonnĂ©e relative et de l’apposition, notamment pour dĂ©crire les personnages. Soignez la progression thĂ©matique n’utilisez pas toujours le fakir » ou il » en sujet; mettez des complĂ©ments circonstanciels en tĂȘte de phrase. 
 RĂ©sumĂ©s guidĂ©s de sĂ©quences de ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs La dame blonde ArsĂšne Lupin, c’est le cĂ©lĂšbre personnage de gentleman-cambrioleur d’une sĂ©rie de romans du dĂ©but du XXe siĂšcle. PubliĂ©s au dĂ©part en feuilleton dans la revue encyclopĂ©dique Je sais tout, les romans de Maurice Leblanc mettant en scĂšne ArsĂšne Lupin ont connu une telle postĂ©ritĂ© qu’on ne compte plus les Ɠuvres qui en sont dĂ©rivĂ©es films, sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es, chansons, bandes dessinĂ©es, mangas, jeux
[6]ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs rassemble trois rĂ©cits. Nous travaillerons ici le premier chapitre du premier rĂ©cit, La dame blonde. Si la sociĂ©tĂ© dĂ©peinte est Ă©videmment bien diffĂ©rente du monde que vous connaissez, vous verrez en lisant le premier chapitre que la langue n’est pas particuliĂšrement vieillotte; en fait, le texte se lit trĂšs facilement. Vous verrez aussi que les rebondissements[7] ne manquent Lecture guidĂ©e du premier chapitre Faites une premiĂšre lecture au complet du chapitre 1, Le numĂ©ro 514-sĂ©rie 23 » de La dame blonde. Certains mots et Ă©lĂ©ments culturels sont expliquĂ©s. Vocabulaire. Cherchez dans Antidote ou le Petit Robert cinq synonymes du verbe voler to steal que vous pourriez rĂ©utiliser dans vos rĂ©sumĂ©s. Faites une phrase pour chacun. b RĂ©sumĂ©s de la premiĂšre sĂ©quence du premier chapitre La premiĂšre sĂ©quence du chapitre, qui se termine sur l’annonce de l’enlĂšvement de Suzanne Gerbois, a Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©e en 12 Ă©tapes dans un tableau MS Word ici . RĂ©sumez l’essentiel de chaque Ă©tape en 1-3 phrases courtes et expressives, en gardant l’intensitĂ© dramatique. Des exemples sont donnĂ©s pour les premiĂšres Ă©tapes. En vous aidant de vos mini-rĂ©sumĂ©s pour chaque Ă©tape de la sĂ©quence, composez un rĂ©sumĂ© global d’environ 200 mots. N’hĂ©sitez pas Ă  remanier abondamment pour que le rĂ©sumĂ© coule bien. Comme dans le rĂ©sumĂ© du dĂ©but de L’extraordinaire voyage du fakir
, faites un bon usage de la subordonnĂ©e relative et de l’apposition, notamment pour dĂ©crire les personnages. Soignez la progression thĂ©matique en variant les sujets et en mettant des complĂ©ments circonstanciels en tĂȘte de phrase. Produisez un second rĂ©sumĂ© plus objectif, moins dramatique n’utilisez pas un ton exclamatif. Faites des phrases plus complexes, plus analytiques. c RĂ©sumĂ©s de la deuxiĂšme sĂ©quence du premier chapitre Produisez deux rĂ©sumĂ©s d’environ 200 mots de la deuxiĂšme sĂ©quence du chapitre dans le premier, vous jouerez des effets dramatiques exclamations, modalisations Ă©motives fortes
; dans le second, vous utiliserez un ton plus sobre, plus neutre.
Untirailleur en enfer Pinguilly, Yves (1944-.) Résumé. Tierno, un jeune Peul de 17 ans, est enrÎlé malgré lui pour partir en France livrer bataille aux Allemands pendant la PremiÚre Guerre mondiale. Son histoire est celle des tirailleurs sénégalais recrutés pour renforcer les troupes françaises engagées sur le front de 14-18. Publication. Paris : Nathan, DL 2008. Importance

Un tirailleur en enferEn replaçant le lecteur au cƓur des pĂ©riodes difficiles de notre Histoire, les Romans de la MĂ©moire, fondĂ©s sur une information historique rigoureuse, proposĂ©s par la direction de la mĂ©moire, du patrimoine et des archives du ministĂšre de ta dĂ©fense, en partenariat avec tes Ă©ditions Nathan, se veulent une contribution Ă  son approche de la d'occasion Ă©crit par Yves Pinguillyparu en 2015 aux Ă©ditions Nathan, Nathan Jeunesse, Les romans de la Fetkann ! de la Jeunesse 200412 ans et +, Romans, tĂ©moignages & Co, Romans, tĂ©moignages & Co133 pages, BrochĂ©Code ISBN / EAN 9782092520888La photo de couverture n’est pas contractuelle.

Histoired'en Lire est un site sur la littérature de jeunesse et plus particuliÚrement les documentaires et fictions historiques : albums, bandes dessinées, contes, documentaires, poésies, premiÚres lectures, romans. Des livres pour les enfants et adolescents, de la Maternelle au Lycée. Toutes les périodes historiques sont représentées
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BIOGRAPHIES COLUCHE (PHILIPPE BOGGIO) Le rĂ©sumĂ© du livre. Michel Colucci, dit Coluche, est un humoriste et comĂ©dien français, nĂ© le 28 octobre 1944 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 19 juin 1986 Ă  Opio (Alpes-Maritimes). Fils d’un immigrĂ© italien et d’une Française, Michel Colucci grandit Ă  Montrouge.

RĂ©sumĂ© du document Joey n'est encore qu'un poulain de 6 mois Ă  peine quand il est sĂ©parĂ© de sa mĂšre et achetĂ© dans une foire par un homme saoul qui semble bien brutal et qui l'a achetĂ© juste pour contrarier un de ses confrĂšres. Cet homme ne sait pas s'y prendre avec les chevaux et semble mĂȘme en avoir peur ... Sommaire PrĂ©sentation gĂ©nĂ©rale niveau de lecture, genre, contexteI RĂ©sumĂ© dĂ©taillĂ© de l'histoireII Conclusion, avis personnel Extraits [...] Ce sont les deux meilleurs chevaux de leur escadron de cavalerie. Lors de leur premier assaut contre les Allemands, le capitaine Nicholls est tuĂ©. Joey continue droit devant sans cavalier et les tirailleurs allemands, effrayĂ©s, s'Ă©parpillent. Un groupe de soldats allemands est fait prisonnier et la cavalerie anglaise gagne cet assaut ; seulement, un quart de l'escadron a pĂ©ri sous le feu ennemi. Joey est maintenant attribuĂ© au soldat Warren, qui s'occupe trĂšs bien de lui mais n'est pas un bon cavalier car il a Ă©tĂ© traumatisĂ© lors d'un prĂ©cĂ©dent assaut oĂč son cheval a Ă©tĂ© abattu sous lui. [...] [...] Ils sont trĂšs heureux. Mais un jour, un escadron d'artillerie allemand passe par la ferme et rĂ©quisitionne les deux chevaux pour faire partie d'un attelage tirant un canon. Ils se dĂ©placent alors le long de la ligne de front, vivent constamment dehors par tous les temps et sont de plus beaucoup moins bien nourris et soignĂ©s qu'avant. Beaucoup de chevaux meurent durant l'hiver. Topthorn lui-mĂȘme montre des signes de faiblesse. Un vĂ©tĂ©rinaire signale que, mĂȘme s'il peut continuer, cette vie est trop difficile pour des pur-sang et qu'ils doivent tout de mĂȘme les mĂ©nager au maximum. [...] [...] On y voit surtout la vie Ă  l'arriĂšre des tranchĂ©es. Joey partage l'existence et la lutte des soldats pour survivre dans l'enfer des champs de bataille. On rencontre dans ce roman des soldats Ă  figure humaine, quelque soit leur camp, qui doutent, qui s'interrogent sur le bien-fondĂ© de cette guerre, qui ont peur et qui peuvent mĂȘme discuter amicalement avec les soldats ennemis dans un moment de trĂȘve. Joey navigue entre les deux camps et son parcours permet de montrer Ă  quel point les sentiments et les Ă©motions des combattants Ă©taient les mĂȘmes de part et d'autre de la ligne de front. [...] [...] Mais un jour, alors que les soldats s'accordent une pause au bord d'une riviĂšre, Topthorn tombe et ne se relĂšve plus. Il est mort. Le vĂ©tĂ©rinaire dĂ©clare que son cƓur a lĂąchĂ© et qu'il avait prĂ©venu que ce travail Ă©tait trop dur pour un cheval de race. Friedrich est effondrĂ© et Joey empli de tristesse. Soudain, l'armĂ©e ennemie envoie des obus sur les Allemands. C'est la dĂ©bandade. Friedrich, qui tarde Ă  quitter le corps de Topthorn, est fauchĂ© par un obus et tombe mort au cĂŽtĂ© du cheval. [...] [...] David est tuĂ©, laissant Albert effondrĂ©. Enfin l'Armistice est annoncĂ©. Les chevaux doivent ĂȘtre vendus aux enchĂšres sur place avant le rapatriement des troupes. L'escadron d'Albert tente par tous les moyens d'acheter Joey, mais c'est un vieil homme qui remporte les enchĂšres le grand-pĂšre d'Emilie. Il raconte que la jeune fille est morte il y a peu, sans doute de chagrin, et qu'il lui avait promis de retrouver les deux chevaux. Cependant, constatant l'amour que porte Albert pour Joey, il accepte de lui laisser le cheval Ă  condition qu'il parle d'Emilie pour entretenir sa mĂ©moire. [...] LesEnsablĂ©s - Le SiĂšge de Bruxelles (1996) de Jacques Neirynck. Au milieu des annĂ©es 1990 paraĂźt ce dĂ©tonnant roman Ă  clefs, une politique-fiction imaginant la fin de la Belgique par la Le contexte de l’Ɠuvre En 1921 a Ă©tĂ© créé Ă  Paris le ComitĂ© aux hĂ©ros de l’ArmĂ©e noire prĂ©sidĂ© par le gĂ©nĂ©ral Louis ARCHINARD, ancien commandant supĂ©rieur du Soudan français, assistĂ© du gĂ©nĂ©ral MARCHAND. Ce comitĂ©, placĂ© sous le haut patronage du prĂ©sident de la RĂ©publique, du prĂ©sident du Conseil, des ministres des Affaires Ă©trangĂšres, de la Guerre et des Colonies, du commissaire gĂ©nĂ©ral des Troupes noires et des marĂ©chaux de France, avait pour mission de faire Ă©riger en mĂ©tropole et en Afrique, un monument Ă  la mĂ©moire des soldats indigĂšnes morts pour la France au cours de la 1Ăšre guerre mondiale, Ă  l’aide des souscriptions des communes de France et des Amis des Troupes noires françaises ». Deux villes ont Ă©tĂ© rapidement retenues Reims en mĂ©tropole, et Bamako capitale du Soudan français actuel Mali , sur les rives du Niger en Afrique. Édouard Daladier, ministre des Colonies, Ă  la tribune Photographie conservĂ©e au musĂ©e Saint-Remi de Reims La description du monument de Reims rĂ©plique de celui de Bamako Le monument Ă  l’ArmĂ©e noire de Reims est l’Ɠuvre de deux Parisiens, le sculpteur Paul MOREAU-VAUTHIER et l’architecte Auguste BLUYSEN. Il Ă©tait constituĂ© d’un socle en granit de 4 mĂštres de haut rapportĂ© d’Afrique, en forme de Tata », fortin traditionnel africain, sur lequel Ă©taient gravĂ©s les noms des principales batailles de la 1Ăšre guerre mondiale au cours desquelles les troupes africaines ont Ă©tĂ© engagĂ©es. Ce socle Ă©tait surmontĂ© d’un bronze de trois mĂštres de haut reprĂ©sentant un groupe de soldats du corps d’armĂ©e colonial constituĂ© de quatre tirailleurs africains rassemblĂ©s autour d’un drapeau français portĂ© par un officier blanc. C’est un groupe de cinq combattants. Un sous-lieutenant imberbe Ă©treint un drapeau tandis qu’à sa droite, un tirailleur en chĂ©chia semble guetter encore l’ennemi, du cĂŽtĂ© de la Pompelle. À gauche, un autre tirailleur semble avoir Ă©tĂ© surpris au moment oĂč il se lĂšve pour sortir de la tranchĂ©e. DerriĂšre, deux colosses noirs semblent dire Nous sommes lĂ , si l’on a besoin de nous ». Un murmure d’admiration parcourt la foule, qui reconnaĂźt le symbole du dĂ©vouement et de la fidĂ©litĂ© de nos soldats noirs. L’Éclaireur de l’Est, 14 juillet 1924 Le monument Aux hĂ©ros de l’ArmĂ©e noire », Ă©rigĂ© Ă  Reims en tĂ©moignage de reconnaissance envers les Enfants d’adoption de la France, morts en combattant pour la LibertĂ© et la Civilisation », Ă©tait la rĂ©plique du monument inaugurĂ© le 3 janvier 1924 Ă  Bamako. Le monument de Bamako Archives municipales et communautaires de Reims Le monument dĂ©mantelĂ© par les autoritĂ©s allemandes d’occupation en septembre 1940 Pendant la 2e guerre mondiale, dĂšs le dĂ©but de l’Occupation, la statuaire de bronze a Ă©tĂ© dĂ©montĂ©e par les Allemands, embarquĂ©e sur un wagon de chemin de fer pour une destination inconnue. Elle a sans doute Ă©tĂ© fondue pour en rĂ©cupĂ©rer le mĂ©tal, tandis que le socle du monument Ă©tait dĂ©truit. Marcel COCSET est parvenu Ă  photographier clandestinement l’enlĂšvement du monument en septembre 1940, puis des membres de sa famille venus dĂ©poser des fleurs Ă  l’emplacement du monument disparu au dĂ©but du mois d’octobre 1940. En 1961, la municipalitĂ© de Reims et la dĂ©lĂ©gation locale de l’Association française des coloniaux et anciens combattants d’outre-mer ont pris l’initiative de crĂ©er un ComitĂ© du Monument aux soldats d’outre-mer Ă  Reims, dĂ©clarĂ© en sous-prĂ©fecture le 30 mars 1961, dont la mission Ă©tait de faire Ă©difier Ă  Reims un Monument en remplacement du Monument Ă  l’ArmĂ©e noire dĂ©truit sous l’Occupation ». Le monument de 1963, dĂ©signĂ© sous le nom de Monument aux soldats d’Outre-mer par le ComitĂ© d’érection et qualifiĂ© de Monument Ă  la mĂ©moire des morts de l’ArmĂ©e noire sur le dĂ©cret ministĂ©riel approuvant son Ă©rection, est constituĂ© de deux obĂ©lisques de 7 mĂštres de haut en pierre d’Eurville, Ă©rigĂ©s sur un bloc d’une tonne, et entourĂ© d’un dallage de schistes de Rimogne. Les deux obĂ©lisques symbolisent l’union des combattants mĂ©tropolitains et africains, et le bloc la rĂ©sistance de Reims et de ses dĂ©fenseurs pendant la 1Ăšre guerre mondiale. En 2008 la Ville de Reims prenait l’initiative de reconstruire Ă  l’identique le Monument aux hĂ©ros de l’ArmĂ©e noire Ă©rigĂ©e en 1924 Voici une reproduction de l’Ɠuvre historique, par l’artiste Jean-François Gavoty, mise en place Ă  l’automne 2013, visible aujourd’hui au parc de Champagne Le monument reconstruit aujourd’hui au parc de Champagne. Ted Yoho, un membre rĂ©publicain du CongrĂšs amĂ©ricain, aurait Ă©tĂ© surpris en train d’invectiver la reprĂ©sentante politique sur les marches du Capitole. Depuis, il a prĂ©sentĂ© ses excuses Ă  Alexandria Ocasio-Cortez pour ces propos insultants. Mais la dĂ©mocrate a balayĂ© du revers de la main ses excuses, dans un discours prononcĂ© le jeudi 23 juillet 2020. Je ne demandais rien Ă  personne, je montais les marches, et Ted Yoho a agitĂ© son doigt sous mon nez, a-t-elle expliquĂ©, le jeudi 23 juillet. Il m’a dit que j’étais dĂ©goutante ». Il m’a dit que j’étais folle ». Avant d’ajouter Devant un journaliste, Ted Yoho m’a traitĂ©e – je cite – de put*** de sal*** ». Ce sont les termes qu’il a employĂ©s contre une femme membre du CongrĂšs.» La dĂ©mocrate a ainsi refusĂ© les excuses du RĂ©publicain. Traiter une femme de salope est ce du sexisme Ă  votre avis ? Est ce grave ou pas du tout ? Vous rĂ©pondrez Ă  ces deux questions en introduction . Ecoutez la formidable rĂ©ponse d’ Alexandria Ocasio-Cortez Ă  l’agression dont elle a Ă©tĂ© victime . Vous devez dĂ©velopper une rĂ©ponse , sans reprendre ses mots et en vous aidant de la vidĂ©o ci dessous , pour ces 2 questions Pourquoi et comment notre sociĂ©tĂ© doit elle lutter contre les violences verbales ordinaires contre les femmes ? POUR ALLER PLUS LOIN
 Depuis le 27 novembre 2018, un nouveau service en ligne permet de discuter en direct avec un policier ou un gendarme spĂ©cialiste des violences sexistes ou sexuelles, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Vous pouvez lui expliquer votre situation personnelle sans donner votre identitĂ©, signaler des faits de violences sexuelles et/ou sexistes dont vous ĂȘtes victime ou tĂ©moin. Vous pouvez aussi demander des informations, des conseils ou de l’aide. Chantage, humiliation, injures, coups
 Les femmes victimes de violences peuvent contacter le 3919. Pour ceux qui souhaitent enregistrer leur voix sur une image ou une vidĂ©o, rien de plus simple, suivez le mode d’emploi ci dessus ! Textedu Chapitre "IV" Atramenta. Retour Ă  l'accueil Atramenta . Quatre mois de l'expĂ©dition de Garibaldi en Sicilie et Italie Par Henri Durand-Brager. ƒuvre du domaine public. Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 Ă  13h29. Vous ĂȘtes en mode "plein Ă©cran". Lire en mode normal (façon ereader) IV. Messine, Ă  peine remise du bombardement de 1848, devait ressentir

Figure 1 La campagne de MacĂ©doine © Colonel F. Feyler, 1920, la campagne de MacĂ©doine 1916-1917, GenĂšve, Éditions d’art, Boissonnas 1L’échec de la campagne des Dardanelles porte gravement atteinte au prestige des alliĂ©s. ParallĂšlement, l’étĂ© 1915 voit l’épuisement de la Serbie face Ă  l’Autriche‑Hongrie et, le 6 septembre, la Bulgarie s’allie aux puissances centrales. Les menaces qui se prĂ©cisent sur la Serbie et s’intensifient alors ont pour consĂ©quence le dĂ©placement du front d’Orient. La lutte contre les Turcs est abandonnĂ©e au profit d’une stratĂ©gie plus rĂ©aliste. La France et la Grande‑Bretagne dĂ©cident d’intervenir et conduisent dans un premier temps Ă  Salonique les troupes repliĂ©es progressivement de la presqu’üle de Gallipoli. Les alliĂ©s en Orient vont comprendre des troupes françaises, britanniques, serbes, russes puis italiennes et, enfin, grecques. 2DĂšs le 5 octobre 1915 a lieu le premier dĂ©barquement Ă  Salonique, sous le commandement du gĂ©nĂ©ral Sarrail, avec l’accord du Premier ministre grec, VenizĂ©los. L’idĂ©e Ă©tait de marcher sur Nis pour arrĂȘter la progression des Bulgares sur la Serbie, et de maintenir ainsi un second front oriental contre les puissances centrales. La situation militaire ne rĂ©pondant pas aux espĂ©rances, il a fallu se replier sur Salonique, ville refuge encerclĂ©e de loin par les troupes de la Triple Alliance. TransformĂ©e en camp retranchĂ© solidement tenu Ă  l’est, le long de la Struma et Ă  l’ouest, sur le Vardar, elle accueille, dans l’étĂ© 1916, prĂšs de 300 000 hommes Français, Britanniques, Serbes, Italiens et Russes. Figure 2 Salonique, les fronts, les reliefs de l’arriĂšre-pays macĂ©donien © CP, APA 3La prĂ©sence des troupes franco‑anglaises en MacĂ©doine provoque une grave crise en GrĂšce. En effet, l’Entente qui craignait un front uni Allemagne-Autriche‑Hongrie-Bulgarie-Empire ottoman, pour maintenir la Bulgarie dans la neutralitĂ©, propose Ă  la GrĂšce, si elle la rejoint, des terres sur les cĂŽtes d’Asie Mineure, mais Ă  condition de cĂ©der Ă  la Bulgarie la rĂ©gion de Kavala ; un peu plus tard, l’offre concernera Chypre. Le Premier ministre VenizĂ©los, persuadĂ© de la victoire future de l’Entente, est prĂȘt Ă  discuter. Mais accepter l’idĂ©e d’une possible cession d’une partie de la MacĂ©doine aux Bulgares, Ă  peine deux ans aprĂšs avoir affrontĂ© ces mĂȘmes Bulgares, est une faute politique qui renforce ses ennemis. Il s’oppose Ă  la volontĂ© de neutralitĂ© du roi Constantin, persuadĂ©, lui, de la supĂ©rioritĂ© allemande, et doit dĂ©missionner quand celui‑ci refuse la participation de son pays Ă  l’expĂ©dition des Dardanelles, le 6 mars 1915. Vainqueur des Ă©lections lĂ©gislatives en juin, il redevient Premier ministre le 16 aoĂ»t et, le 2 octobre 1915, il autorise les troupes de l’Entente Ă  dĂ©barquer Ă  Salonique. Le 5 octobre, jour du premier dĂ©barquement, le roi le convoque et lui signifie son renvoi. La situation politique grecque se tend pendant l’annĂ©e 1916, des partisans du roi et d’autres, de VenizĂ©los, s’affrontent violemment dans les rues d’AthĂšnes et des petites villes de province ; en mai 1916, le roi cĂšde sans combat le fort frontalier de Rupel aux forces bulgaro‑allemandes, et l’Entente riposte par un blocus naval de la GrĂšce, tout en exigeant la dĂ©mission du gouvernement. En aoĂ»t, les forces bulgares occupent toute la MacĂ©doine orientale et se trouvent donc en mesure de menacer Salonique. Le 29 aoĂ»t, des officiers vĂ©nizĂ©listes proclament dans cette ville le mouvement de DĂ©fense nationale et, trois semaines plus tard, VenizĂ©los y constitue un gouvernement provisoire et dĂ©clare la guerre aux puissances centrales. La GrĂšce est divisĂ©e en deux, l’opinion grecque Ă©galement. Le 22 octobre, l’Entente exige du roi qu’il lui livre la majeure partie de la flotte grecque encore sous son contrĂŽle et la moitiĂ© de ses armements lourds ; refus. AprĂšs cinq mois de blocus, le roi ne voulant pas cĂ©der, la flotte anglo‑française, le 1er dĂ©cembre 1916, bombarde le palais royal, des soldats de l’Entente dĂ©barquent Ă  AthĂšnes, mais se heurtent Ă  la rĂ©action de la population, les combats de rues entre les royalistes et les vĂ©nizĂ©listes s’amplifient. La France dĂ©cide alors une intervention plus musclĂ©e. Le 30 mai, les Franco‑Anglais exigent la dĂ©mission et le dĂ©part du roi. Finalement, le 10 juin 1917, le haut‑commissaire alliĂ©, Jonnart, dĂ©barque 10 000 soldats au PirĂ©e et obtient l’abdication du roi en faveur de son second fils, Alexandre ; le 26 juin, VenizĂ©los arrive Ă  AthĂšnes. Les rapports politiques entre l’Entente et la GrĂšce sont donc longtemps difficiles, et compliquent la situation de Sarrail et de ses hommes Ă  Salonique, ce d’autant plus que les habitants de la MacĂ©doine, qu’ils soient slavophones ou hellĂ©nophones, sont particuliĂšrement concernĂ©s par les effets d’une possible dĂ©faite ou victoire devant la Bulgarie ; le sort des populations de la rĂ©gion de Kavala sert d’exemple aux uns et aux autres. Ce n’est, en dĂ©finitive, que dans l’étĂ© 1918 que les troupes alliĂ©es, bloquĂ©es depuis 1916, reprennent la guerre de mouvement contre la Bulgarie en ayant intĂ©grĂ© des troupes grecques. 4Mais en octobre 1915, devant la dĂ©route de l’armĂ©e serbe, les hommes de Sarrail sont brutalement dĂ©tournĂ©s de leur destination un temps envisagĂ©e un dĂ©barquement sur les cĂŽtes d’Asie Mineure et reçoivent l’ordre de dĂ©barquer Ă  Salonique et de remonter vers le nord. Cette action Ă©choue et cĂšde la place Ă  une guerre de position. Les trois annĂ©es suivantes voient se multiplier les difficultĂ©s. ComplĂ©tant les quatre divisions arrivĂ©es de France ou des Dardanelles Ă  la fin de l’annĂ©e 1915 et au dĂ©but de 1916, la France renforce ses effectifs en Orient par l’envoi de deux autres divisions, les 11e et 16e DIC, Ă  la fin de l’annĂ©e 1916. Au dĂ©but du mois d’aoĂ»t 1916, les alliĂ©s, sur le point d’effectuer une action, sont surpris par une offensive bulgare sur leurs deux flancs qu’ils contiennent avec peine. Si une contre‑offensive permet de refouler les assauts sur le flanc ouest, au nord de Monastir, elle ne peut cependant rĂ©ussir Ă  l’est, et laisse les Bulgares se fixer le long de la vallĂ©e de la Struma. Enfin, face Ă  la gravitĂ© de l’affaire grecque et Ă  l’épreuve de force que reprĂ©sente l’affrontement Ă  AthĂšnes avec les troupes fidĂšles au roi Constantin en dĂ©cembre 1916, deux divisions, la 76e et la 30e DI, sont acheminĂ©es pour soutenir l’action visant Ă  obtenir la destitution du roi. 2 Facon, 1977, chapitre 4. 5La France envoie donc en tout huit divisions sur le front d’Orient. Patrick Facon note que le nombre de soldats qui furent affectĂ©s Ă  l’armĂ©e d’Orient varie, selon les estimations, entre 370 000 et 600 000 hommes, il retient le nombre de 378 000 hommes en s’appuyant sur les chiffres fournis par Franchet d’EspĂšrey ; si l’on Ă©tudie les chiffres moyens par annĂ©e, l’annĂ©e 1917 vient en tĂȘte avec une moyenne de 156 750 hommes. L’ensemble de la pĂ©riode est marquĂ© par le problĂšme du renouvellement des troupes en raison de l’éloignement des bases et des rĂ©ticences de l’État-Major Ă  envoyer des renforts. Patrick Facon affirme que cette armĂ©e a souffert de façon endĂ©mique du manque de soldats » et que les dĂ©ficits ne cessent de se dĂ©velopper et de prĂ©occuper le commandement2 ». 3 Bernadotte, 1921a, p. 186. 4 Burnet in Ancel, 1921, p. 153. Il est restĂ© 27 mois en Orient. 6Dans la guerre de mouvement, les officiers voient fondre le nombre de leurs hommes ; le 2 septembre 1916, le lieutenant Bernadotte apprend que son rĂ©giment subit une opĂ©ration de dissection » qui consiste Ă  supprimer une compagnie par bataillon, chacun comprendra dĂ©sormais trois compagnies au lieu de quatre3. Dans le secteur de la Cerna, en 1918, les effectifs sont tels que les bataillons restent 27 jours en ligne pour 9 jours au repos, et que certains rĂ©giments sont restĂ©s sans relĂšve pendant 110 jours4. Louis‑Gaston Giguel, sapeur, est nommĂ© caporal en septembre 1916, son escouade comprend six poilus c’est peu, Ă©crit‑il, mais c’est l’escouade la plus forte de ma section. Les autres ne comptent que trois ou quatre hommes ». AndrĂ© Ducasse parle, quant Ă  lui, de rĂ©giments squelettiques ». 7En plus des blessures, les ravages du paludisme imposent de nombreux rapatriements. Quand on dĂ©cide, en 1917, de relever les soldats aprĂšs 18 mois en Orient, 45 000 soldats ont dĂ©jĂ  passĂ© les 18 mois indiquĂ©s, 9 000 ont besoin d’ĂȘtre rapatriĂ©s avant la saison des Ă©pidĂ©mies ; et, comme l’armĂ©e hĂ©site Ă  envoyer de jeunes recrues avant la fin de la saison des fiĂšvres, finalement les 18 mois ne seront pas appliquĂ©s. Le projet Pottevin du nom du dĂ©putĂ© qui l’a proposĂ© prĂ©voit d’envoyer en Orient un maximum de soldats indigĂšnes, malgrĂ© les problĂšmes que leur posent le froid et le gel hivernal ; on dĂ©nombre ainsi, en septembre 1918, 23 bataillons de tirailleurs sĂ©nĂ©galais, 4 bataillons d’Indochinois, 3 bataillons de Malgaches, sans compter les spahis marocains et les chasseurs d’Afrique, soit environ 1/5e du contingent français. L’armĂ©e d’Orient fonctionne en permanence en sous‑effectif, et en utilisant des malades qui restent en poste. 8Le caractĂšre original de ce front reste le fait que les troupes sont implantĂ©es en MacĂ©doine grecque depuis 1913, sur des territoires peu contrĂŽlĂ©s et contrĂŽlables, oĂč l’adhĂ©sion des autochtones Ă  leur cause n’est pas acquise, compte tenu des divergences qui opposent les Grecs entre eux, et de la prĂ©sence de partisans de la cause bulgare parmi la population locale, en particulier dans l’ouest de la rĂ©gion. Ces soldats ont Ă©tĂ© envoyĂ©s sauver les Grecs » des Bulgares et constatent que les Bulgares n’avancent plus, que les Grecs » ne les attendaient pas et que, d’ailleurs, en MacĂ©doine, surtout en milieu rural, ils ne sont pas majoritaires. De quoi les dĂ©stabiliser
 9L’étude de cette pĂ©riode et de la perception qu’en ont eue les combattants français peut se diviser en trois ensembles, le premier concerne la guerre elle‑mĂȘme, le second, la vie quotidienne des combattants et un dernier ensemble est consacrĂ© au cas particulier de la ville de Salonique. La guerre de position organisation militaire de l’espace macĂ©donien 10Hormis les deux couloirs que sont la vallĂ©e du Vardar et la PĂ©lagonie Ă  l’ouest, le front est situĂ© Ă  cheval sur de hautes montagnes comparables aux PyrĂ©nĂ©es. À partir de dĂ©cembre 1915, Ă  la suite de la retraite de Serbie et de l’arrĂȘt de la poursuite bulgare, l’armĂ©e d’Orient prend progressivement la maĂźtrise d’un territoire qui varie peu jusqu’à la grande offensive du 15 septembre 1918. Il se prĂ©sente comme un vaste rectangle de 300 km de long, et de 100 km de large environ, le front correspondant Ă  la longueur du cĂŽtĂ© nord. Salonique se trouve au niveau de la longueur au sud, mais dĂ©calĂ©e vers l’est, ce qui rend plus lointains, vus de la ville, les espaces situĂ©s au nord‑ouest. 11Quatre aurĂ©oles aux fonctions diffĂ©rentes peuvent ĂȘtre repĂ©rĂ©es, se dĂ©veloppant Ă  partir du port de Salonique, point de dĂ©barquement des troupes. La premiĂšre correspond Ă  l’espace urbain salonicien et Ă  ses extensions traitĂ©e avec l’étude de la ville. La seconde aurĂ©ole correspond au territoire organisĂ© Ă  l’intĂ©rieur du camp retranchĂ© dont les travaux de dĂ©fense sont entrepris entre dĂ©cembre 1915 et le printemps 1916. La troisiĂšme aurĂ©ole est une zone dans laquelle on trouve au milieu d’espaces dĂ©sertĂ©s, de petites villes‑relais, situĂ©es sur les axes, oĂč s’établissent des structures d’accueil pour les soldats, les blessĂ©s et le ravitaillement. C’est militairement une zone de passage avec des lieux d’étapes et de repos et de nombreux hĂŽpitaux, VĂ©ria, Florina, Karasouli aujourd’hui Polykastro. Elle est constituĂ©e par un ensemble de camps de base Ă  partir desquels les soldats rejoignent le front. Comme dans les campagnes coloniales, les soldats font la guerre, se dĂ©placent, effectuent des dĂ©placements sur des territoires dĂ©pourvus d’équipements Ă©lĂ©mentaires, sans faire confiance aux autochtones, une guerre bien diffĂ©rente de celle du front occidental. Enfin, la quatriĂšme aurĂ©ole est celle du front et de son arriĂšre immĂ©diat qui s’est fixĂ© sur des zones frontaliĂšres, pour la plupart des cas, en montagne. Un espace structurĂ© par les voies de communication » 5 Villebonne, 1919, p. 68. 12Cet espace est structurĂ© par les deux lignes de chemin de fer Ă  voie unique, au dĂ©part de Salonique, l’une le long du Vardar, l’autre rejoignant Monastir. Ce train paraĂźt peu confortable et bien dĂ©suet aux soldats avec de petits wagons Ă  trois portiĂšres comme nous en avions il y a quarante ans5 » 6 Lacoste, 1923, p. 50. Nous nous installons dans la seule voiture de voyageurs que comporte le train. Les carreaux sont brisĂ©s, les coussins couverts de souillures. Les filets pendent avec leurs appliques dĂ©vissĂ©es, la lampe clignote dans son ampoule renversĂ©e et pleine d’huile qui suinte. Les portiĂšres ferment mal6
 13Et surtout, le tracĂ© de la voie vers Monastir prĂ©sente des dĂ©nivellations impressionnantes qui offrent des sensations fortes en descente quand le train semble comme emballĂ© » 7 Cordier in Facon, 1977, p. 32. InstallĂ©s [
] dans un train comme on n’en voit qu’ici, nous dĂ©valons Ă  une allure de toboggan. Pas de tunnels ; la voie Ă  travers des croupes fait d’énormes entailles. De temps en temps, une Ă©chappĂ©e sur les cascades de la Voda, dĂ©versoir du lac d’Ostrovo [aujourd’hui Arnissa] ; d’inquiĂ©tants ponts de fer aux piliers grĂȘles7
 14Peu de soldats, Ă  part les officiers en mission, ont l’occasion de bĂ©nĂ©ficier de ce service pour leurs dĂ©placements, car, en raison de l’encombrement de la voie, la prioritĂ© est donnĂ©e aux blessĂ©s et au matĂ©riel lourd. L’essentiel des dĂ©placements des troupes se fait donc Ă  pied. En effet, la plupart des routes ne sont pas carrossables, ce sont des routes de terre, boueuses, enneigĂ©es, poussiĂ©reuses selon les saisons, et dĂ©gradĂ©es par les guerres balkaniques. Les premiers vĂ©hicules dĂ©barquĂ©s Ă  Salonique ne purent sortir de la ville. Pierre Maridort, arrivĂ© en novembre 1915, raconte son premier voyage en voiture du camp de Zeitenlik vers la ville, soit une vingtaine de kilomĂštres seulement en plaine 8 Maridort, 1918, p. 16. Il Ă©tait mĂ©decin Ă  la 122e DI. La route a quelques plaies profondes, si bien que mon voisin, lancĂ© de notre banc, le casse en y retombant, malgrĂ© l’épaisseur du bois ; c’est un petit accident qui n’émeut pas le soldat, habituĂ© Ă  parcourir les ravins en araba, petite voiture sans ressorts, et sans appuis. Je me demande comment je n’ai pas Ă©tĂ© prĂ©cipitĂ© de mon siĂšge, lors de quelque dĂ©placement analogue8. 9 Ducasse, 1964, p. 161. Fantassin au 227e RI. 15La prĂ©sence de reliefs sĂ©parĂ©s par des dĂ©pressions marĂ©cageuses compromet les dĂ©placements, la ligne droite dans les Balkans est rarement la plus courte ; d’ailleurs, elle n’est jamais droite et c’est un chemin coupĂ© de fondriĂšres, dans un dĂ©sert de bosses et de cailloux, parfois de marĂ©cages9 ». Les trois quarts du parcours de Salonique Ă  Kozani se font dans une plaine marĂ©cageuse, impraticable en hiver d’aprĂšs Jacques Ancel ; Ă  l’arrivĂ©e des alliĂ©s, la route de Monastir n’est qu’une piste impraticable aux automobiles et souvent coupĂ©e par les boues. 16Le matĂ©riel apportĂ© de France est en pratique totalement inadaptĂ© Ă  ces conditions. De gros efforts sont faits au printemps 1916 presque toutes les voitures ont cĂ©dĂ© la place Ă  des arabas Ă  deux roues et deux chevaux ou des mulets ; mais la charge utile d’une araba est de 400 kg au maximum et celle d’un mulet de 100 kg, aussi une division traĂźne avec elle une caravane imposante, pas moins de 3 000 chevaux, plus de 3 000 mulets de bĂąt, prĂšs de 600 voitures, soit, en tenant compte d’un intervalle minimum entre les animaux et les voitures ou deux voitures, une file qui s’allonge sur plus de trois kilomĂštres. 17La majoritĂ© des dĂ©placements s’effectue donc Ă  pied, mĂȘme au dĂ©part de Salonique, ce qui signifie des centaines de kilomĂštres sous un poids d’une trentaine de kilos, et Ă  l’arrivĂ©e, pas le temps de se reposer ! Lucien Cadoux doit se prĂ©senter Ă  Monastir, il sort de l’hĂŽpital aprĂšs une grave crise de paludisme et s’y rend Ă  pied, et Ă  l’arrivĂ©e, au bout de 180 kilomĂštres 10 Cadoux, 1959, p. 205. L’invraisemblable se produisit. DĂ©jĂ  les agents de liaison de chaque compagnie arrivaient pour prendre livraison, si l’on peut dire, de leur contingent de renfort. En quelques minutes, tous ces compagnons de marche qui avaient peinĂ©, souffert ensemble [
] Ă©taient divisĂ©s en petits groupes et dispersĂ©s, sans avoir eu le temps de se dire au revoir, sans le moindre repos. Tout cela laissait dans les cƓurs une impression de brimade10. 18De nombreux tĂ©moins dĂ©crivent ces marches Ă©puisantes 160 km, dont la moitiĂ© en forte pente entre le lac Prespa et Florina en 5 jours Lucien Lamoureux, dix Ă©tapes de 10 kilomĂštres, du 3 au 15 janvier 1917, pour surveiller la frontiĂšre entre les deux GrĂšce » acculĂ©es Ă  la guerre civile Lucien Lamoureux, une marche de Salonique Ă  AthĂšnes par Ă©tapes de 50 kilomĂštres en juillet 1917 M. Santini, le trajet Salonique‑Goriza aujourd’hui Korça en Albanie en 19 jours en janvier 1917 Marcel Brochard dans la neige et la glace, sans ravitaillement sinon les conserves qu’ils portent. Le 27 juillet 1917, un trajet de 20 kilomĂštres Ă  vol d’oiseau demande 18 heures d’une marche harassante en raison du relief
 11 Ibid., p. 202. 19Beaucoup d’hommes ne sont pas dans une condition physique assez bonne pour assurer ces marches, ceux qui arrivent des Dardanelles oĂč ils avaient piĂ©tinĂ© de longs mois peinent Ă  brutalement effectuer un long trajet, et le paludisme affaiblit la grande majoritĂ© d’entre eux. Certains s’évanouissent au soleil d’étĂ©, donc, on marche de nuit, mais beaucoup dorment en marchant. Au bout de quelques jours, on ne ressent plus rien, Ă©crit Lucien Cadoux, car le corps est brisĂ©, il est adaptĂ©, rien ne le heurte plus
 il est rĂ©signĂ©. On peut alors lui demander de marcher pendant des semaines
 il marche comme il respire11 ». 20Les soldats ont du mal Ă  Ă©valuer les distances Ă  vue, en raison de l’absence totale de repĂšres, et ils dĂ©couvrent que les bornes » ne sont pas kilomĂ©triques 12 Ibid., p. 166. On avait beau regarder sa montre, puis les bornes, puis, mieux encore, consulter ses jambes, le compte n’y Ă©tait pas. On sait bien ce qu’un fantassin abat de kilomĂštres Ă  l’heure. On ne peut pas s’y tromper c’est tant d’une pause Ă  l’autre, et c’est tant par Ă©tape. Eh bien, sur la route de Salonique Ă  SerrĂšs, ce n’était pas cela. Le temps y Ă©tait bien, mais les kilomĂštres n’y Ă©taient pas. À la fin de l’étape, on avait fait 22 bornes. Il n’y avait pas de doute, les chiffres Ă©taient marquĂ©s, mais en rĂ©alitĂ© on avait fait au moins 26 kilomĂštres. Tout le monde en tombait d’accord [
] Tant et si bien que cela passa en dicton dans le rĂ©giment faux comme un kilomĂštre grec »  C’est tard que j’appris que [
] ces kilomĂštres Ă©taient des stades comme en tĂ©moignaient les lettres inscrites sur les bornes, et que le stade grec mesure douze cents mĂštres12
 21Trop Ă©puisĂ©s par le poids de leur barda, certains abandonnent en route des objets qu’ils avaient pris dans les villages et qu’ils jugent finalement inutiles ; d’autres les ramassent et tentent de les Ă©changer pour de la nourriture
 La traversĂ©e des villages est l’occasion de consignes strictes 13 Santini-Allaman, s. d. Attention ! Voici un village. Sans attendre d’ordres, on rectifie sa tenue, on se boutonne, l’arme sur l’épaule droite ! Pas cadencĂ©. Marche ! Tous se redressent, les talons frappent le sol en cadence, Ă©nergiquement. On n’est pas lĂ  en touristes ! On est prĂȘts Ă  tout. Sachez‑le bien ! Elle sait bien la section, elle sait bien pourquoi elle est lĂ  ! Elle sait que c’est peut‑ĂȘtre son attitude qui va Ă©pargner le coup de poignard » dans le dos aux petits copains qui se battent là‑haut, dans les montagnes serbes ; le village passĂ©, le rythme reprend13. 14 Cadoux, 1959, p. 213. 15 Santini-Allaman, s. d. L’article citĂ© ici s’appelle Les longues marches. 22Au cours de ces marches en effet, les soldats traversent des bourgades oĂč ils ne s’arrĂȘtent pas, pour rĂ©duire la propagation du paludisme et des maladies infectieuses, comme si, presque tous malades, ils Ă©taient ainsi rejetĂ©s par le pays mĂȘme qu’ils Ă©taient venus dĂ©fendre14. Ils sont donc contraints d’établir un campement Ă  l’écart des lieux habitĂ©s, de ne manger que des conserves et ils ont bien du mal Ă  trouver du combustible. De plus, dans certains secteurs, les populations, bulgarophiles ou favorables au roi Constantin, leur sont hostiles ; le lieutenant Santini, qui fait partie du 40e RI, envoyĂ© Ă  pied vers le PĂ©loponnĂšse en mai‑juin 1917 lors de la destitution du roi, Ă©crit que chaque soir, en installant le bivouac, les hommes Ă©rigent des murettes en mottes de terre pour se protĂ©ger contre les coups de fusil intempestifs », en plus des rigoles pour canaliser les eaux de pluie15. À partir de 1917, les conditions de cantonnement s’amĂ©liorent, car des gĂźtes d’étape sont créés le long des voies, et des hangars sont montĂ©s dans les lieux les plus frĂ©quentĂ©s, mĂȘme si l’hygiĂšne, le chauffage ou les boissons chaudes manquent encore. Le camp retranchĂ© de Salonique 23À cĂŽtĂ© de cette aurĂ©ole occupĂ©e » essentiellement par des points d’appui et quelques postes, dans une zone peu habitĂ©e, les autres espaces s’organisent Ă©galement. Afin de protĂ©ger Salonique contre un Ă©ventuel siĂšge par les troupes bulgares, les autoritĂ©s militaires alliĂ©es mettent en place une organisation dĂ©fensive en s’appuyant sur des hauteurs situĂ©es Ă  environ trente kilomĂštres de la ville. C’est le camp retranchĂ© » ou birdcage » selon les Britanniques, qui mesure environ 115 kilomĂštres du golfe d’Orfano Ă  l’est, jusqu’aux marais du Kara‑Asmak, un affluent du bas Vardar Ă  l’ouest. Une sĂ©rie de lacs allongĂ©s et sĂ©parĂ©s par des passes facilement contrĂŽlables constituent prĂšs de la moitiĂ© de la ligne, l’autre moitiĂ© est partagĂ©e entre Anglais 20 Ă  25 km et les Français une quarantaine de kilomĂštres. L’ensemble ne forme pas une ligne continue de tranchĂ©es, seuls les points stratĂ©giques, des buttes, forment des centres de rĂ©sistance et de contrĂŽle et sont armĂ©s. 16 Saison, 1918, p. 236-237. Il Ă©tait artilleur Ă  la 57e DI. 17 Descriptions dĂ©taillĂ©es dans Jean Saison et Ernest Stocanne qui a laissĂ© Ă©galement des photographie ... 24L’amĂ©nagement du camp retranchĂ© demande des travaux colossaux qui sont effectuĂ©s par les soldats Ă  partir de la mi‑dĂ©cembre 1915, c’est‑à‑dire aprĂšs une premiĂšre retraite, dans le froid, la boue, sous la pluie, et sans qu’aucun des Ă©lĂ©ments matĂ©riels destinĂ©s Ă  amĂ©liorer leur vie ne soit encore arrivĂ©. Chaque centre de rĂ©sistance est sous la responsabilitĂ© d’un officier dont il porte le nom, et qui cumule les tĂąches de construction, d’organisation et de dĂ©fense. Chacun est constituĂ© par des groupes de tranchĂ©es espacĂ©es en profondeur et orientĂ©es sur des directions Ă  battre. Ils renferment des abris pour la garnison, creusĂ©s en galeries de mines, un poste de commandement souterrain avec chambre de repos et poste tĂ©lĂ©phonique16 ». Selon le terrain, sa nature, la nature des roches, l’emplacement, chacun a un caractĂšre spĂ©cifique ; dans certains cas, pour amĂ©liorer la vue, il faut Ă©lever des parapets en utilisant des blocs de marne crayeuse, et, pour Ă©viter les repĂ©rages aĂ©riens de l’ennemi, dissimuler ces parapets sous des branchages et des herbes sĂšches17. Les artilleurs camouflent leurs piĂšces sous des claies, du treillage de fil de fer qui permet de mettre de l’herbe et un important rĂ©seau de barbelĂ©s protĂšge les premiĂšres lignes. 25Sur les contre‑pentes, les hommes creusent des abris 18 Stocanne, 2005, janvier-fĂ©vrier 1916. Je fais creuser par mes servants, Ă  flanc de coteau, un rectangle de six mĂštres sur 2,5 m que nous recouvrons d’une bonne toiture de tĂŽle ondulĂ©e et que nous fermons sur le flanc avec des toiles de tente. À l’intĂ©rieur, nous installons une planche Ă  paquetage nous amĂ©nageons un four avec cheminĂ©e percĂ©e dans la terre, dont le tirage nous permet de faire du feu pour rĂ©chauffer l’air et en sĂ©cher l’humiditĂ©. Nous installions un rĂątelier pour y placer les armes et dĂ©gageons aussi des cavitĂ©s oĂč nous mettons des Ă©tagĂšres. Nous logeons là‑dedans mes six servants et moi18. 26Au fil des mois, des amĂ©liorations sont apportĂ©es, les officiers reçoivent tous un lit de camp et un paletot de cuir, tandis que les hommes de troupe dorment sur le sol, puis se fabriquent des lits avec ce qu’ils peuvent trouver ; selon les endroits, l’eau est plus ou moins accessible, certains sont juste au‑dessus d’un ruisseau, d’autres doivent faire deux kilomĂštres pour en trouver. Figure 3 Le camp retranchĂ© de Salonique © Colonel F. Feyler, 1920, La campagne de MacĂ©doine 1916-1917, GenĂšve, Éditions d’art, Boissonnas, APA 27Ces travaux sont effectuĂ©s en quelques semaines, mais ces efforts n’ont finalement servi Ă  rien, puisque les Bulgares se sont arrĂȘtĂ©s d’eux‑mĂȘmes dans la zone frontaliĂšre, ce qui, une fois de plus, laisse un souvenir amer chez les soldats. 19 Bernadotte, 1931, p. 5. Pendant quatre mois, sous la pluie et la neige, nous avons jonglĂ© avec la pelle et la pioche pour Ă©riger ce camp retranchĂ© » qui restera cĂ©lĂšbre dans les Annales de l’ArmĂ©e d’Orient comme l’expression mĂȘme du maximum d’efforts dans le minimum de temps ». Pendant ces quatre mois, nous avons attendu l’offensive en nous enfermant un peu plus chaque jour dans nos ouvrages de fortifications de campagne et rien de suspect, n’a bougĂ©19. 28PlacĂ©s Ă  environ 25 kilomĂštres de Salonique, les hommes qui gardent le camp retranchĂ©, hormis les officiers, n’ont ni le droit ni la possibilitĂ© de se rendre Ă  la ville dont ils voient les lumiĂšres la nuit au loin. Progressivement, certains secteurs du camp sont abandonnĂ©s et une partie des soldats est envoyĂ©e au sud‑est de Salonique vers le centre de la Chalcidique, pour protĂ©ger la ville par le sud et prĂ©parer l’accueil de l’armĂ©e serbe regroupĂ©e Ă  Corfou. Ils construisent alors une route stratĂ©gique destinĂ©e Ă  desservir les hauteurs et les villages de Galatista et Livadi. Mais
 le camp retranchĂ© de Salonique, finalement, ne sera jamais attaqué  La tenue d’un front de montagne 29Les Bulgares s’étant arrĂȘtĂ©s Ă  la frontiĂšre grecque lors de la retraite alliĂ©e de Serbie, le front se stabilise dans une zone de hautes montagnes et commence alors une guerre trĂšs mal connue en France. 20 Burnet, 1921, p. 10. Un officier lui montre de loin la zone du front. Burnet Ă©tait officier. Là‑bas, c’est le monde des armĂ©es. Tu connais ces insectes qui flottent dans l’air au bout d’une soie qu’ils ont filĂ©e ? Ainsi sont suspendues nos armĂ©es au bout de ces quelques routes et chemins de fer qui leur portent leur subsistance. Malheur si ce fil venait Ă  se rompre. LĂ , on se bat, on souffre, on meurt20. 30La vie sur ce front est trĂšs diffĂ©rente de la vie sur le front français le combattant souffre moins des effets directs de la guerre. Les deux adversaires, Ă©loignĂ©s de leur base, isolĂ©s de tout, sans accĂšs facile, ont des moyens rĂ©duits en hommes et en armes ; les premiĂšres lignes ne sont pas des tranchĂ©es continues, des points forts sont organisĂ©s et se flanquent mutuellement. Mais, le simple fait de survivre, isolĂ© et mal ravitaillĂ© sur un piton, ne permet pas de maintenir des effectifs importants et sape le moral 21 GuĂ©nard, 1919, p. I et II. LaissĂ©s en rideau sur la frontiĂšre, Ă  cinquante ou cent kilomĂštres en avant de l’armĂ©e, dispersĂ©s par infimes unitĂ©s sur des Ă©tendues palustres ou dans des postes de montagne, nous savions ne devoir compter que sur nous. Et c’étaient d’immenses territoires qui se trouvaient confiĂ©s Ă  notre garde. Dans l’inexorable solitude qui se refermait sur nos pelotons, nous restions isolĂ©s du monde des vivants. Sept ou huit mois durant, nos bivouacs furent des bivouacs d’alerte oĂč l’on s’attendait de jour et de nuit Ă  voir surgir l’ennemi en force. Sept ou huit mois durant, nous couchĂąmes vĂȘtus et bottĂ©s, prĂȘts Ă  sauter en selle21. 31Le matĂ©riel est insuffisant, Marcel Brochard note qu’en six mois, il n’a tirĂ© en moyenne que deux Ă  trois obus par jour, les munitions sont maigres 22 Lacoste, 1923, p. 163-164. Il ne peut plus ĂȘtre question ici de caissons ni de camions. Sur le faĂźte de cette montagne, les obus ne seront portĂ©s qu’à dos de mulet ou de cheval. On les met par dix, liĂ©s dans deux sacs, qui en contiennent chacun cinq. On accouple avec une corde les deux sacs, et on les laisse pendre des deux cĂŽtĂ©s de l’animal. Il faut qu’il y ait une selle, sans quoi la bĂȘte pourrait ĂȘtre blessĂ©e par le dur frottement de 30 kg de mĂ©tal sur ses flancs. L’évacuation des douilles vides s’effectue de la mĂȘme façon. Seulement on en met alors dix par sac. Pour alimenter d’un jour de feu le groupe des trois batteries, c’est‑à‑dire de 3 600 coups, 1 200 par batterie, 300 coups par piĂšce, il faut 360 voyages de chevaux ! Imaginez l’extraordinaire circulation nocturne que cela nĂ©cessite Ă  travers d’étroits chemins en lacets et le long de prĂ©cipices qui sont de vrais abĂźmes. Par suite de la difficultĂ© et de la longueur du parcours, chaque conducteur a deux chevaux l’un sur lequel monte le convoyeur, l’autre qui porte les obus22. 32Les commentaires des soldats qui ont souvent changĂ© de secteur distinguent le front de montagne et le front de plaine ou de piĂ©mont oĂč les conditions de vie sont un peu moins dures. Mais, dans les deux cas, les soldats sont engagĂ©s dans des opĂ©rations locales sans intĂ©rĂȘt militaire, destinĂ©es Ă  maintenir l’esprit offensif au sein des troupes. Ces actions sont pĂ©rilleuses, ne serait‑ce que par la mĂ©diocritĂ© des moyens mis en Ɠuvre, et certains dĂ©plorent l’inutilitĂ© coĂ»teuse de certains coups de main, ainsi Georges de Lacoste 23 Lacoste, 1923, p. 137. Il est alors au nord de Monastir. Le 3 septembre [1917], on prĂ©para et on ordonna un coup de main, de l’avis de tous parfaitement inutile, puisqu’on Ă©tait revenu sur ses positions de dĂ©part. C’était Ă  quatre heures du matin. Il y avait 400 mĂštres Ă  franchir. On rĂ©ussit, on fait 25 prisonniers, on rapporte une mitrailleuse ennemie. Mais l’ordre est de revenir. Il y a une contre‑attaque Ă  7 h du soir, elle est repoussĂ©e. À 23 h, tout est fini. Pertes chez nous cent hors de combat. Vies brisĂ©es, familles en deuil23
 33Certains chefs renoncent parfois Ă  exĂ©cuter quelques‑unes de ces opĂ©rations qui ne sont que de modestes coups de main. Lucien Cadoux annule une opĂ©ration Ă  la mi‑dĂ©cembre 1916, dans la vallĂ©e de la Cerna, alors que son groupe se trouve Ă  150 mĂštres des Bulgares, protĂ©gĂ©s par un rĂ©seau dense de barbelĂ©s 24 Cadoux, 1959, p. 207-208. Peu Ă  peu commença la prĂ©paration d’artillerie ; quelques obus de‑ci de‑lĂ . Nous nous disions tout Ă  l’heure, ils vont enfin tirer sĂ©rieusement et accabler de projectiles le rĂ©seau de barbelĂ©s, car il faut avant tout qu’ils nous ouvrent un passage. Or, le temps passait, et le bombardement n’augmentait pas d’intensitĂ©. Plus qu’une demi‑heure, plus que vingt minutes, et l’artillerie continuait de s’amuser Ă  lancer de temps en temps un obus
 et, devant nous, un rĂ©seau de barbelĂ©s intact et serrĂ©. Et pour atteindre ce rĂ©seau, 150 mĂštres de glacis plat, sans le moindre repli de terrain pour manƓuvrer. Alors nous avons compris nous Ă©tions dĂ©libĂ©rĂ©ment sacrifiĂ©s
 personne ne disait mot dans la tranchĂ©e
 Plus que cinq minutes
 on mourra, avec son fusil inutile dans les mains
 la nouvelle circule le long de la tranchĂ©e on n’attaque pas
 Notre colonel avait refusĂ© d’envoyer ses hommes Ă  une mort inutile et certaine24. 34Le relief cloisonne l’occupation des lignes et empĂȘche toute mobilitĂ© transversale, il empĂȘche Ă©galement l’approche de l’artillerie, donnant aux affrontements un caractĂšre de guĂ©rilla qui use les hommes sans aucun profit militaire. La guerre de mouvement en MacĂ©doine 35Nous nous contenterons ici d’évoquer les deux actions les plus dĂ©crites par les tĂ©moins que sont la campagne de Serbie – octobre-dĂ©cembre 1915 – et la contre‑offensive repoussant Ă  l’automne 1916 les Bulgares qui s’étaient avancĂ©s jusqu’au lac d’Ostrovo. La grande offensive du 15 septembre 1918 ne figure pas ici, faute de tĂ©moignages directs. La campagne de Serbie, octobre‑dĂ©cembre 1915 36Les soldats qui arrivent des Dardanelles sont pleins d’espoir, ils vont enfin agir 25 Ibid., p. 155. Ici, la terre est libre avec ses plaines, ses vallĂ©es et ses montagnes ; on aura de la place pour manƓuvrer ; on ne se fera pas coincer dans un boyau, dans un couloir, comme Ă  Gallipoli. Et cette impression d’espace [
] est bonne et tonique pour des soldats [
] Enfin nous allions faire quelque chose25. 37Mais la campagne de Serbie n’est qu’un infructueux aller‑retour jusqu’au confluent de la riviĂšre Cerna et du fleuve Vardar. Elle s’accompagne de rudes combats en zone montagneuse face Ă  des Bulgares dĂ©cidĂ©s et plus habiles sur le terrain, oĂč de nombreux soldats trouvĂšrent la mort. Cette campagne militaire impressionne profondĂ©ment les hommes et suscite le plus grand nombre de tĂ©moignages chez les soldats français. 38Nous en avons retenu trois, particuliĂšrement documentĂ©s, venant de combattants ayant appartenu aux trois divisions françaises engagĂ©es dans ces opĂ©rations dans des secteurs diffĂ©rents. La 122e et la 57e DI, considĂ©rĂ©es comme des divisions fraĂźches arrivĂ©es de France sont engagĂ©es le plus en profondeur vers le nord, au niveau du confluent de la Cerna, la premiĂšre sur la rive droite, la seconde sur la rive gauche, dans le but d’entrer en contact avec les Serbes en repli ; ces engagements sont dĂ©crits ici par Julien ArĂšne et Henri Libermann. La 3e division, arrivĂ©e des Dardanelles, a pour rĂŽle de contenir les assauts bulgares au kilomĂštre dit 103 » qui correspond Ă  la gare de Stroumitza ; cette zone, qui devait ĂȘtre particuliĂšrement protĂ©gĂ©e en raison de la proximitĂ© de la frontiĂšre bulgare, est dĂ©crite par le lieutenant de Bernadotte et Ernest Stocanne qui appartient au 156e RI. ComposĂ©e en partie d’hommes Ă©puisĂ©s, elle se voit confier le rĂŽle de couverture en bordure du saillant que dessine la frontiĂšre et qui gĂȘne le contrĂŽle de la voie de chemin de fer, colonne vertĂ©brale du dispositif alliĂ©. L’opĂ©ration de jonction avec les Serbes Ă©choua, imposant le repli des troupes françaises le long de cet axe, devant la poussĂ©e bulgare. 39Trois thĂšmes principaux apparaissent Ă  travers ces rĂ©cits qui correspondent Ă  trois phases recensĂ©es dans les mĂ©moires. Ils Ă©voquent en premier lieu les conditions difficiles de la progression dans ces zones montagneuses et leur solitude ; en second lieu, les hommes racontent leur expĂ©rience de la guerre contre les Bulgares, et les combats impressionnants qui les ont opposĂ©s Ă  ces derniers ; enfin, tous ont le souvenir d’une pĂ©nible, amĂšre et angoissante retraite qui les a reconduits sur le sol grec. 40Julien ArĂšne arrive par chemin de fer et descend Ă  la gare de Krivolak, sur la rive droite du Vardar ; sa division se trouvant sur la rive gauche, et le pont ayant Ă©tĂ© dĂ©truit dans les guerres balkaniques, il lui faut d’abord emprunter l’un des deux radeaux qui effectuent la traversĂ©e toute la journĂ©e et prennent Ă  chaque passage 25 soldats. Le lendemain, son unitĂ©, Ă  la nuit, part vers le village de Hodzali 26 ArĂšne, 1916, p. 79. C’est un pays propre Ă  toutes les embuscades, un vĂ©ritable coupe‑gorge, un paradis pour les brigands, les sentinelles ouvrent l’Ɠil parce qu’on n’est pas encore habituĂ©s Ă  cette guerre‑lĂ 26. 27 Libermann, 1917. Il raconte la campagne du lieutenant Mazurier, Ă  la 122e DI, 58e bataillon de chas ... 41Six jours plus tard, il part relever le rĂ©giment qui se bat depuis 10 jours, il restera au front du 6 novembre au 3 dĂ©cembre. Henri Libermann prĂ©cise que les hommes sont obligĂ©s de faire des petits tas de pierres et de broussailles pour baliser leurs itinĂ©raires et ne pas se perdre27. Ils sont couverts de vermine et n’ont pu se laver pendant tout leur sĂ©jour au front, car seul, un peu d’eau boueuse dans les bas‑fonds est disponible. Puis le froid vient compliquer la situation, des tempĂ©ratures de 22 ° au‑dessous de zĂ©ro, du vent, de la neige
 28 Saison, 1918, p. 121 Ă  123. Il rapporte le rĂ©cit du docteur Ligouzat. Le vent rend le froid intolĂ©rable ; il fait tourbillonner la neige qui comble les tranchĂ©es et les boyaux, et pĂ©nĂštre jusque dans les abris ; en travaillant nuit et jour, on n’arrive pas Ă  les dĂ©blayer [
] La neige [
] rend toute observation impossible. Les cils sont perlĂ©s de glaçons, la capote devient en quelques minutes une chape hĂ©rissĂ©e d’aiguilles de glace. Des hommes vigoureux pleurent dans la tranchĂ©e Ă  la fois de douleur et de rage de se sentir Ă  bout. Les jeunes gens arrivĂ©s avec les derniers renforts sont les plus atteints. Sous la tempĂȘte de neige, quelques‑uns erraient comme des fous. Un [
] se plaint mes parents sont Ă  Lille, qu’est‑ce que je viens faire ici ? » Les anciens du rĂ©giment, des rĂ©servistes de trente Ă  quarante ans, mariĂ©s pour la plupart, les rĂ©confortent et les aident paternellement Allons, gosse, donne‑moi ton fusil et va te rĂ©chauffer au brasero. Tu reviendras dans 20 minutes »28. 42La neige gĂȘne Ă©galement le ravitaillement, et les hommes restent quatre jours sans approvisionnement. Le 22 novembre, arrivent enfin des vĂȘtements chauds et de la nourriture. Les Français tiennent les positions jusqu’à l’offensive bulgare du 24 novembre ; de ce point Ă©levĂ©, ils suivent les opĂ©rations dans la vallĂ©e du Vardar et les tirs d’artillerie bulgare qui prennent pour cibles les trains alliĂ©s. Lorsque l’ordre de repli est donnĂ©, les batteries de montagne sont ramenĂ©es vers le bas, et les munitions portĂ©es sur des traĂźneaux vers les radeaux qui ne peuvent plus fonctionner, car le Vardar charrie des blocs de glace
 Ces conditions naturelles font comprendre facilement le dĂ©sarroi des soldats. 29 Villebonne, 1919, p. 111 ; ArĂšne, 1916, p. 73 Ă  75. 43Les combats sont pourtant impressionnants. Quand Julien ArĂšne parvient au village de Kara Hodzali, le point ultime de l’avancĂ©e des Français vers le nord, il constate que les tranchĂ©es sont entourĂ©es de monceaux d’ossements », creusĂ©es dans les crĂąnes, les tibias aussi nombreux que les pierres ». Henri Amour de Villebonne rapporte que dans ces combats, le 242e de la 57e DI a perdu le tiers de ses effectifs, les isolĂ©s du rĂ©giment qui ont pu s’échapper, racontent que l’ennemi a massacrĂ© tous les prisonniers faits dans l’action29 ». 44Sur la rive gauche, les combats ne sont pas moins sauvages pour la conquĂȘte de Cicevo‑le‑haut passage d’un torrent Ă  pied dans l’eau glacĂ©e de novembre, charge Ă  la baĂŻonnette ; finalement le 18 novembre, les Bulgares rompent la liaison entre les Français et les Serbes. Dans le secteur de Stroumitza, le rythme est comparable, l’avancĂ©e française se termine le 11 novembre, le 16 novembre, le repli commence dans une atmosphĂšre de panique ; les officiers donnent l’impression Ă  Ernest Stocanne de ne savoir que faire. Villebonne dĂ©crit ainsi le combat de la fosse de Cernitz, le 11 dĂ©cembre 30 Villebonne, 1919, p. 132-137. Au bas, dans le ravin sous les tirs croisĂ©s, des files entiĂšres de Bulgares culbutent, s’effondrent la tĂȘte la premiĂšre. Un chaos terrible grouille parmi le sang et la fumĂ©e dans cette fosse bĂ©ante. Sans arrĂȘt pourtant, il en sort toujours de ces foules acharnĂ©es. On dirait que la montagne les enfante Ă  mesure [
] Ils sautent dans le ravin par dix et quinze Ă  la fois [
] Et, peu Ă  peu, chose sinistre, un amoncellement de blessĂ©s, de morts, de rĂąlants, comble l’immense tombeau au‑dessus duquel foudroie l’implacable tir de nos lignes. Et maintenant, on ne distingue plus rien le val est nivelĂ©30. 45Patrick Facon montre que les troupes engagĂ©es dans cette campagne ont Ă©tĂ© surprises par cette nouvelle forme de guerre. Il s’appuie sur le nombre relativement important d’abandons de poste, de dĂ©sertions en prĂ©sence de l’ennemi ainsi que de dĂ©sertion Ă  l’étranger ; le nombre de condamnations rendues pour ces trois dĂ©lits s’élĂšve Ă  44 pour les mois d’octobre et de dĂ©cembre. 46La retraite qui suit l’échec de cette offensive impose aux hommes de marcher jour et nuit. Le relief, la prĂ©caritĂ© des routes, le dynamisme des poursuivants, les conditions mĂ©tĂ©orologiques et l’épuisement des hommes la transforment en vĂ©ritable martyre. 31 Facon, 1977, p. 267. Nous ne sommes ni plus ni moins qu’une ombre humaine. Beaucoup de camarades sont morts de fatigue pendant la retraite. Ceux qui nous ont envoyĂ©s en Orient doivent en avoir gros sur la conscience, car c’est une belle gaffe. L’on y est allĂ© un mois trop tard et encore. Nous avons supportĂ© 23 ° de froid au‑dessous de zĂ©ro. Je vous assure que cette campagne de Serbie a Ă©tĂ© un enfer pour tous31. 32 Libermann, 1917, p. 215-219. Sur la route comme dans les champs, partout des dĂ©bris d’armes, d’étoffe, des bĂąts de mulets, des sacs de cartouches et de vivres [
] La route est jonchĂ©e d’objets abandonnĂ©s sacs, armes, bĂąts, affĂ»ts, la plupart brisĂ©s ou endommagĂ©s. Des chevaux morts, les yeux dĂ©jĂ  vitreux, les pattes en l’air, le ventre Ă©norme bordent les fossĂ©s. D’autres se traĂźnent les reins brisĂ©s, les pattes cassĂ©es et, au milieu d’eux, des soldats couchĂ©s sur le dos ou sur le ventre, les poings crispĂ©s dans une derniĂšre convulsion. Quelques agonisants rĂąlent sans fin ou lĂšvent des mains gĂ©missantes, suppliant qu’on leur donne Ă  boire [
] et puis, un groupe de blessĂ©s, marchant tant bien que mal, la tĂȘte ou le bras enveloppĂ© d’un pansement sommaire, couverts de sang, trĂ©buchant de fatigue, hideux32. 33 Ibid., p. 222-223. Vers le pont, c’est une bousculade formidable, une cohue Ă©pouvantable, tout Ă  coup la rafale bulgare venant de Seskovo s’abat sur cette masse grouillante. Il y a un moment de panique
, des cris affolĂ©s montent jusqu’aux nues, et les batteries font rage, Ă©crasant les bivouacs, les rives, les groupes sous un dĂ©luge de projectiles. Le dĂ©sarroi devient inextricable. Des chevaux se cabrent, s’abattent, se redressent pour retomber encore ; des cavaliers galopent Ă  toute bride, sabrent les camarades pour fuir plus vite ; des camions, des voitures de toute sorte s’entrechoquent, se brisent, roulent dans les fossĂ©s ; des piĂ©tons courent dans toutes les directions33. Figure 4 Chaque passage de pont est un moment difficile le pont du Sarantaporos Ă  la frontiĂšre grĂ©co‑albanaise, un pont ottoman en dos d’ñne amĂ©nagĂ© » pour les voitures. © L’illustration, 3 fĂ©vrier 1917, no 3857, p. 103, APA 34 David, 1927, p. 126. David est le neveu du prĂ©sident Sadi Carnot, il Ă©tait attachĂ© aux services de ... 47Tous les tĂ©moignages concordent sur les conditions insupportables de la retraite. Le passage des gorges des Portes de fer est l’un des moments les plus impressionnants, la gorge, le fleuve qui gronde, deux ponts mĂ©talliques mal rĂ©parĂ©s aprĂšs les guerres balkaniques, des tunnels, un Ă©troit sentier le long des parois, des torrents Ă  passer Ă  la nage
 Les conditions mĂ©tĂ©orologiques sont extrĂȘmement mauvaises au point que Robert David compare cette retraite Ă  celle de la Grande ArmĂ©e perdue dans les neiges de Russie, Villebonne fait Ă©galement la mĂȘme comparaison34. Peu Ă  peu, les soldats allĂšgent le paquetage en abandonnant du matĂ©riel sur le chemin, l’artillerie, faute de chevaux, doit, elle aussi, abandonner batteries et munitions. Les soldats reçoivent l’ordre de ramasser, quand ils le peuvent, tous les troupeaux qu’ils rencontrent et de les guider jusqu’à Demir Kapou pour ne rien laisser Ă  l’ennemi, et de brĂ»ler des villages. 48Les hommes qui franchissent la frontiĂšre aprĂšs Gevgueli sont une armĂ©e de dĂ©sespĂ©rĂ©s ; mais, malgrĂ© la fin du danger, les conditions de leur installation sur le sol grec sont si mauvaises qu’elles ne font pas pour autant cesser leur calvaire. Ils se trouvent dans une zone de marĂ©cages oĂč, pendant plusieurs jours, il pleut sans arrĂȘt ; hommes et bĂȘtes s’enlisent, les provisions disparaissent dans la boue qui s’infiltre dans les chaussures ; perdus dans les marĂ©cages, ils craignent aussi les rĂ©actions nĂ©gatives des Grecs de la rĂ©gion. 35 Villebonne, 1919, p. 146-147. Une dĂ©tresse infinie embrume l’ñme de ces malheureux errants qui depuis trois semaines fuient Ă  travers les cercles de l’enfer balkanique, pour Ă©chouer aprĂšs un dĂ©luge de feu et de mitraille dans l’ordure de ce marais croupissant. VĂ©ritablement on s’interroge anxieusement pour savoir si on pourra dĂ©marrer de ces vases35. 36 Olier & QuĂ©nec’hdu, 2016. Le recensement des hĂŽpitaux militaires installĂ©s pour des blessĂ©s de l’ar ... 37 Julia, 1936, p. 30 et 32. Julia Ă©tait mĂ©decin. 49Dans la mĂȘme pĂ©riode, les survivants de l’armĂ©e serbe sont embarquĂ©s entre Valona et Durazzo, sur des bateaux français ; 160 000 d’entre eux sont convoyĂ©s, une petite partie vers Bizerte, 131 000 vers Corfou36. L’üle apparaĂźt aux soldats français comme une villĂ©giature, une citadelle d’agrĂ©ment », qui a l’aspect féérique de Monaco37 », mais il y a une tragĂ©die derriĂšre cette façade ». Les soldats serbes dont la retraite fut pire encore que celle des Français sont mourants, frappĂ©s par la sous‑alimentation, la dysenterie, le typhus, le cholĂ©ra 38 Ibid., p. 33. On assiste Ă  un dĂ©filĂ© de fantĂŽmes [
] Couverts de loques sordides que perce leur carcasse, n’ayant parfois sur le corps qu’un caleçon de coton et une capote en lambeaux, les jambes emmaillotĂ©es de laniĂšres faites de dĂ©bris raboutĂ©s, les pieds protĂ©gĂ©s par des roseaux, des cuirs et des chiffons bourrĂ©s, ils offrent le spectacle du dĂ©nuement le plus ignominieux [
] ils sont vidĂ©s par la famine, ce ne sont plus des sacs de sang, mais des paniers qui laissent passer l’eau, et leur peau ne les habille point, comme celle des vieillards ; rĂ©tractĂ©e en un parchemin, elle s’use jusqu’à la transparence38. 50Le rapport du lieutenant‑colonel François fait savoir que quand les hommes dĂ©barquent sur l’üle de Vido, on les rĂ©partit en trois groupes 39 SHD, 7 N 2191. Ceux qui Ă©taient condamnĂ©s et qu’il n’y avait aucun espoir de sauver Ă©taient envoyĂ©s au lazaret pour y mourir ; les malades que l’on pensait pouvoir guĂ©rir demeuraient Ă  Vido dans l’attente d’un transport ultĂ©rieur sur Bizerte ; le reste Ă©tait envoyĂ© Ă  Corfou39. 51La reconstitution de cette armĂ©e, Ă  la fin du printemps, aboutit Ă  Ă©quiper 115 000 hommes qui, en mai 1916, sont acheminĂ©s Ă  Salonique. La contre‑offensive alliĂ©e d’Ostrovo Ă  Monastir, aoĂ»t‑novembre 1916 52Cette opĂ©ration voit les alliĂ©s français, serbes, russes reconquĂ©rir les terrains envahis par les Bulgares au mois d’aoĂ»t 1916. Elle s’est trouvĂ©e arrĂȘtĂ©e Ă  deux reprises, face Ă  des retranchements bulgares fortement organisĂ©s, au niveau de deux villages du bassin de Monastir, Petorak, Ă  l’Est de Florina, et KĂ©nali, Ă  Ă©gale distance de Florina et de Monastir. Dans les deux cas, on nous dĂ©crit des opĂ©rations violentes oĂč l’armĂ©e française, sans rĂ©elle protection, part l’arme au poing vers des villages bien dĂ©fendus et ainsi
 le 6 octobre 1916, Ă  KĂ©nali, 800 soldats de la 17e DIC furent tuĂ©s en 10 minutes Ă  12 h, le bilan de la journĂ©e est de 1500 morts français et 600 Russes
 pour un Ă©chec La 17e DI a Ă©tĂ© massacrĂ©e dans des attaques aussi stĂ©riles que sanglantes, insuffisamment prĂ©parĂ©es par l’artillerie et donnĂ©es sur des points les plus forts des lignes de KĂ©nali. Elle y a laissĂ© 100 officiers et 6 400 hommes. Ce qui reste est Ă©puisĂ© [
] rapporte le gĂ©nĂ©ral Cordonnier au gĂ©nĂ©ral Sarrail. 53Ces opĂ©rations concernaient la prise de Monastir et l’installation des Français. La premiĂšre entrĂ©e des Serbes dans la ville avait eu lieu le 19 novembre 1912. La citĂ© est ensuite occupĂ©e par les Bulgares du 4 dĂ©cembre 1915 au 19 novembre 1916. Quand les Français y pĂ©nĂštrent, ils trouvent une ville dont les ressources ont Ă©tĂ© Ă©puisĂ©es ou emportĂ©es par les Bulgares et ils n’ont plus l’élan nĂ©cessaire pour poursuivre au‑delĂ  de 5 kilomĂštres au nord, ce qui fait que Monastir reste, jusqu’en septembre 1918, la cible des artilleurs bulgares. Quand les alliĂ©s reprennent la contre‑offensive, il leur faut 4 mois pour repousser les Bulgares de 26 kilomĂštres, et les Bulgares en partant pratiquent, eux aussi, la politique de la terre brĂ»lĂ©e
 Les dĂ©buts de la grande offensive dĂ©cisive, 15‑30 septembre 1918 40 SHD, 20 N 536. 54Cette offensive rassemble des Français et des Serbes. Les archives du contrĂŽle postal contribuent Ă  remplacer les tĂ©moignages qui manquent. Un rapport du 17 dĂ©cembre 1918 a Ă©tĂ© fait par le gĂ©nĂ©ral Henrys sur l’état matĂ©riel et moral des troupes. Il montre que les combattants qui ont tant souffert n’ont pas pris conscience dans les quinze premiers jours de cette nouvelle offensive qu’ils dĂ©tenaient une des clĂ©s de la victoire. Sur 1 750 lettres lues le 27 septembre, 15 seulement sont enthousiastes, 193 sont optimistes, et 1 095 sont marquĂ©es par l’indiffĂ©rence40, l’armĂ©e ne croit plus Ă  un renversement de situation, il faudra attendre la mi‑octobre pour que les rĂ©actions s’inversent. Il faut dire que les conditions matĂ©rielles ne changent pas, et que la marche sur ÜskĂŒb s’effectue, de nouveau, dans des conditions dĂ©plorables ; ce sont une fois de plus des hommes malades, insuffisamment nourris ils tuent parfois des animaux malgrĂ© l’interdiction, pour manger et avoir de la graisse, mal vĂȘtus, mal chaussĂ©s, on ne peut qu’admirer les quinze enthousiastes » 41 Ibid., un fantassin du 34e RI. Tu n’en croirais pas tes yeux si tu voyais ce pauvre rĂ©giment, une armĂ©e de guenilles, c’est pitoyable, c’est honteux ; les trois quarts des poilus n’ont pas de pompes, d’autres, pas de falzar, souvent ni l’un ni l’autre. HĂ©las, je suis de ceux‑lĂ  ; oui, mon petit, ni tatane, ni fourreau, ni mĂȘme un caleçon, et pour la croĂ»te, cela ne va guĂšre mieux [
] pain moisi. On se dĂ©merde, on vole, on maraude41. 55Il ne s’agit ici que de quelques‑unes des opĂ©rations de la guerre de MacĂ©doine, mais, si l’on fait abstraction des dĂ©tails des combats, les grandes lignes du vĂ©cu des hommes restent identiques. Un manque de connaissances ou de prise en compte des conditions locales a fait que, comme en CrimĂ©e, les Ă©pidĂ©mies ont tuĂ© trois fois plus que le feu, et que le soldat a toujours l’impression d’un sacrifice inutile.

cest un rĂ©sumĂ© trop court pour toute une page d'histoire. 8 Afin de mieux saisir l'ensemble de la situation qui va ĂȘtre dĂ©crite, remontons un peu en arriĂšre et voyons les commen cements avant que de parler de la fin des choses sur lesquelles roulent nos explications. La cause de la guerre Ă©tait de trois natures, diffĂ©rentes les unes des autres, cependant faciles Ă  relier en un seul
ILes diffĂ©rentes finalitĂ©s des textes ALe texte narratif 1Objectif raconter Discours narratif Le discours narratif raconte une histoire. Le narrateur Ă©voque des Ă©vĂ©nements vĂ©cus par un ou plusieurs roman est composĂ© essentiellement de discours narratif. Il raconte les Ă©vĂ©nements vĂ©cus par les discours narratif se reconnaĂźt Ă  la prĂ©sence de nombreux verbes d' MisĂ©rables, Paris, Ă©d. Albert Lacroix et CieCet extrait relĂšve du discours narratif car il accumule les verbes d'action "s'enfonça", "suivait", "coupa", "gagna", "longea", "dĂ©passa", "s'arrĂȘta". 2Actions et paroles rapportĂ©es Le discours narratif se caractĂ©rise par une succession d'actions. Celles-ci peuvent consister Ă  Ă©changer des paroles. Le rĂ©cit se compose donc du discours du narrateur et des paroles Ă©changĂ©es par les personnages. Ces paroles rapportĂ©es peuvent ĂȘtre transmises de diffĂ©rentes façons. Il existe plusieurs sortes de discours Un discours direct oĂč les paroles sont rapportĂ©es comme elles ont Ă©tĂ© prononcĂ©es. Un discours indirect oĂč les paroles sont rapportĂ©es dans des propositions subordonnĂ©es conjonctives. Un discours indirect libre oĂč les paroles sont rapportĂ©es en s'inscrivant dans le rĂ©cit sans ĂȘtre rapportĂ©es dans des subordonnĂ©es conjonctives. Un discours narrativisĂ© oĂč les paroles ne sont pas rapportĂ©es clairement mais correspondent plutĂŽt Ă  une sorte de rĂ©sumĂ© de ce qui a Ă©tĂ© dit. Les MisĂ©rables, Paris, Ă©d. Albert Lacroix et CieCet extrait alterne les verbes de parole qui sont aussi des verbes d'action et les paroles rapportĂ©es directes, identifiables aux tirets en dĂ©but de ligne. Ces derniers marquent la prise de parole par un nouvel interlocuteur. 3Le temps dans le texte narratif Deux systĂšmes temporels sont Ă  la disposition du narrateur Le systĂšme du passĂ© actions au passĂ© simple, descriptions Ă  l'imparfait, retours en arriĂšre au plus-que-parfait, anticipations au conditionnel prĂ©sent. Le systĂšme du prĂ©sent actions et descriptions au prĂ©sent, retours en arriĂšre au passĂ© composĂ©, anticipations au futur simple. Ces deux systĂšmes ne peuvent pas se mĂ©langer. Par ailleurs, les actions ne sont pas toujours proposĂ©es dans leur ordre chronologique Le narrateur peut revenir en arriĂšre avec des analepses. Le narrateur peut anticiper la suite des Ă©vĂ©nements avec des prolepses. Enfin, le lecteur peut avoir l'impression que le temps s'Ă©coule de maniĂšre irrĂ©guliĂšre La pause est un moment oĂč l'action s'arrĂȘte. Le temps semble aussi s'arrĂȘter. La scĂšne est un Ă©vĂ©nement dĂ©taillĂ©. Elle ralentit le dĂ©filement du temps. Le sommaire est un Ă©vĂ©nement long rĂ©sumĂ©. Il accĂ©lĂšre le dĂ©filement du temps. L'ellipse occulte une partie des Ă©vĂ©nements. C'est un saut dans le temps. BLe texte descriptif faire voir 1Objectif faire voir La description a pour objectif de montrer au lecteur un Ă©lĂ©ment de l'espace du rĂ©cit. Il peut s'agir d'un paysage, d'un bĂątiment, d'un objet, d'une personne, le cas de la description d'une personne, on parle de MisĂ©rables, Paris, Ă©d. Albert Lacroix et CieCet extrait montre Ă  voir la physionomie du personnage nommĂ© Montparnasse. 2Des Ă©tats et des prĂ©cisions La description emploie essentiellement Des verbes d'Ă©tat Des verbes conjuguĂ©s Ă  l'imparfait de l'indicatif L'imparfait, qui caractĂ©rise des durĂ©es indĂ©terminĂ©es, est propice Ă  la description donne Ă  voir des paysages, des objets, des lieux, des personnages. L'auteur prend le temps de dĂ©tailler un Ă©lĂ©ment important du rĂ©cit. Les prĂ©cisions sont apportĂ©es par Des adjectifs qualificatifs souvent apprĂ©ciatifs Des groupes nominaux prĂ©positionnels complĂ©ments du nom Des propositions subordonnĂ©es relatives Des mĂ©taphores et des comparaisons Des champs lexicaux Par ailleurs, les noms et les adjectifs qualificatifs employĂ©s peuvent ĂȘtre connotĂ©s positivement ou nĂ©gativement. On nomme ces prĂ©cisions la caractĂ©risation de la description. Le PĂšre Goriot, Paris, Ă©d. Edmond Werdet, coll. "ScĂšnes de la vie privĂ©e"Cette description de la salle Ă  manger de la pension accumule les verbes d'Ă©tat, les expansions du nom et un lexique connotĂ© nĂ©gativement. Le texte nous fait voir un intĂ©rieur dĂ©fraĂźchi et inhospitalier. 3L'espace dans la description La description donne Ă  voir certains Ă©lĂ©ments importants du rĂ©cit, comme les lieux ou les personnages. Aucune description n'est anodine. L'analyser apprend beaucoup sur la dĂ©marche du description prĂ©sente une organisation du plus gĂ©nĂ©ral au plus prĂ©cis, du haut vers le bas, de la gauche vers la droite, etc.. Cette organisation donne des pistes d'interprĂ©tation sur la dĂ©marche du narrateur. Pour analyser l'organisation de la description, il faut observer La liste des Ă©lĂ©ments dĂ©crits pour en comprendre la progression Les connecteurs spatiaux Les complĂ©ments circonstanciels de lieu Le Ventre de Paris, Paris, Ă©d. Charpentier 1878Cette description des Halles de Paris est organisĂ©e elle part de la charpente pour redescendre sur les Ă©tals. Par ailleurs, les Ă©lĂ©ments dĂ©crits sont caractĂ©risĂ©s par diffĂ©rentes expansions du nom et des mĂ©taphores. CLe texte explicatif 1Objectif informer le lecteur Le texte explicatif a pour fonction de rĂ©pondre Ă  diffĂ©rentes questions que pourrait se poser le lecteur. Le discours est donc centrĂ© sur l' mille lieues sous les mers, Ă©d. Pierre-Jules HetzelDans cet extrait, le capitaine Nemo explique le fonctionnement des diffĂ©rents accessoires de navigation du Nautilus. 2Un discours encyclopĂ©dique Le discours explicatif se caractĂ©rise par L'absence ou l'effacement du locuteur L'utilisation du prĂ©sent de l'indicatif Ă  valeur de vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale Un vocabulaire technique et spĂ©cifique Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert"Calcul", EncyclopĂ©die ou Dictionnaire raisonnĂ© des sciences et des artsDans cet extrait, le locuteur est totalement absent. Par ailleurs, le discours est au prĂ©sent de l'indicatif. On relĂšve l'emploi de termes spĂ©cifiques comme "combinaison". Il s'agit bien d'un article encyclopĂ©dique. 3Une organisation progressive Le discours explicatif est organisĂ©. Il prĂ©sente une progression Soit temporelle logique chronologique Soit logique de la cause vers la consĂ©quence logique dĂ©ductive Soit logique de la consĂ©quence vers la cause logique inductive Il convient donc de relever les connecteurs logiques afin de percevoir la progression du discours. Au Bonheur des Dames, Paris, Ă©d. CharpentierCe texte explicatif prĂ©sente une progression chronologique. Celle-ci est notable Ă  l'utilisation des connecteurs logiques "d'abord" et "puis". DLe texte argumentatif 1Objectif faire adhĂ©rer le lecteur Le discours argumentatif exprime une opinion dĂ©fendue par le locuteur qui Ă©taye, soutient ou rĂ©fute des idĂ©es. Celui-ci veut faire adhĂ©rer le lecteur Ă  cette Badinter, ministre de la JusticeDiscours de Robert Badinter, Ă  l'AssemblĂ©e nationale pour l'abolition de la peine de mort en France, ParisDans cette fin de discours, Robert Badinter s'implique dans son discours et invite l'auditoire, composĂ© de sĂ©nateurs et de dĂ©putĂ©s, Ă  adhĂ©rer Ă  la loi d'abolition de la peine de mort. 2Un locuteur engagĂ© Le locuteur exprime son opinion par divers procĂ©dĂ©s Le prĂ©sent d'Ă©nonciation et le prĂ©sent de vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale Des verbes d'opinion ou de jugement Des adverbes modalisateurs Des figures par opposition antithĂšse, paradoxe, etc., des figures d'amplification Ă©numĂ©ration, gradation, etc. ou encore d'attĂ©nuation euphĂ©misme, litote, etc. La prĂ©sence de la premiĂšre personne du singulier Des adresses au lecteur 2e personne du singulier, questions rhĂ©toriques, etc. Un vocabulaire connotĂ© positivement ou nĂ©gativement Le Rouge et le Noir, Paris, Ă©d. LevasseurDans cet extrait, Julien s'implique en employant la premiĂšre personne du singulier. Par ailleurs, il emploie des termes connotĂ©s et des figures par analogie comme la comparaison. 3Un discours organisĂ© Le discours argumentatif est organisĂ© au moyen de connecteurs logiques exprimant La cause La consĂ©quence L'addition L'opposition Actuelles III. Chroniques 1939-1958. Chroniques algĂ©riennes, Paris, Ă©d. Gallimard, NRF, coll. "Blanche"Dans cet extrait, l'auteur manifeste une progression logique grĂące Ă  des connecteurs comme "en effet" ou "alors". ETableau rĂ©capitulatif des types de textes Texte narratif Texte descriptif Texte explicatif Texte argumentatif Genres littĂ©raires RomanNouvelleFableConte RomanNouvelleFableContePoĂ©sieÉlogeBlĂąme Article de presseArticle de dictionnaire Essai Apologue DialogueArticle de l'EncyclopĂ©die XVIIIe Fonctions Raconter une histoire DĂ©crire un personnage, un objet ou un lieu Informer et dĂ©tailler Convaincre, persuader, dĂ©libĂ©rer, dĂ©montrer CaractĂ©ristiques Temps du rĂ©cit passĂ© simple, imparfait, prĂ©sent de narration Indices spatio-temporels SchĂ©ma narratif situation initiale, Ă©lĂ©ment perturbateur, pĂ©ripĂ©ties, Ă©lĂ©ment de rĂ©solution, situation finale Temps de la description imparfait, prĂ©sent Pause dans l'action Nombreux adjectifs Nombreux complĂ©ments du nom Nombreuses figures de style analogiques Temps du texte explicatif le plus souvent, prĂ©sent de vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale Nombreux connecteurs logiques Pas de marques d'Ă©nonciation, pas de prĂ©sence du narrateur / locuteur Vocabulaire prĂ©cis et clair Phrases courtes Temps de l'argumentation tous les temps mais souvent prĂ©sent Marques d'Ă©nonciation fortes "je", "moi", "Ă  mon avis", "me", etc. Connecteurs logiques Arguments et exemples IIDĂ©crypter le texte pour en comprendre la finalitĂ© ALes diffĂ©rences de registre de langue 1Le registre courant Le registre courant correspond Ă  une utilisation correcte et quotidienne du discours. On le reconnaĂźt Ă  Des phrases simples mais bien construites Un vocabulaire courant et neutre L'absence de figures de style Pot-Bouille, Paris, Ă©d. CharpentierLa simplicitĂ© des phrases et l'absence de vocabulaire connotĂ© montrent un registre courant. 2Le registre soutenu Le registre soutenu manifeste une recherche esthĂ©tique dans la construction du discours. Celui-ci se reconnaĂźt Ă  Des phrases longues, souvent complexes Un vocabulaire spĂ©cialisĂ©, technique, spĂ©cifique ou imagĂ© Des figures de style Du cĂŽtĂ© de chez Swann, Paris, Ă©d. GrassetLa longueur des phrases de cet extrait est caractĂ©ristique du registre soutenu. 3Le registre familier Le registre familier manifeste un relĂąchement du langage. On le reconnaĂźt Ă  Des phrases aux constructions grammaticalement incorrectes La prĂ©sence de mots issus de langues populaires comme l'argot ou du verlan, rĂ©gionales ou Ă©trangĂšres Des analogies en lien avec des Ă©lĂ©ments matĂ©riels Un vocabulaire connotĂ© Voyage au bout de la nuit, Paris, Ă©d. DenoĂ«l et SteeleLe registre familier se reconnaĂźt Ă  la construction incorrecte des phrases et Ă  l'emploi de mots appartenant Ă  l'argot comme "chique". BL'usage du vocabulaire 1Le champ lexical Champ lexical Le champ lexical est un ensemble de mots faisant rĂ©fĂ©rence Ă  un thĂšme champ lexical de la peur est trĂšs rĂ©pandu dans les rĂ©cits fantastiques."Le Horla", dans le recueil de nouvelles Le Horla, Paris, Ă©d. Paul OllendorfCet extrait contient un champ lexical de la peur. En effet, on relĂšve les mots "frisson", "effrayante", "angoisse" et "Ă©pouvantable". 2Le champ sĂ©mantique Champ sĂ©mantique Le champ sĂ©mantique est l'ensemble des sens accordĂ©s Ă  un mot. Le mot "lit" a plusieurs sens. On distingue ainsi L'objet sur lequel s'Ă©tend un ĂȘtre humain. L'espace dans lequel s'Ă©coule un fleuve ou une riviĂšre.
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Pourchaque chapitre, un bref aperçu historique permet de remettre les traces présentées dans leur contexte. La derniÚre partie du livre est consacrée à
RĂ©sumĂ© et recueil de citations Ă©tablis par Bernard MARTIAL, professeur de lettres en CPGE. Entre 
 changement de page dans l’édition du Livre de poche n°6524. 1Ăšre partie, p. 22 Ă  142 LE FEU Journal d'une escouade 1916. À LA MÉMOIRE DES CAMARADES TOMBÉS À CÔTÉ DE MOI À CROUĆž ET SUR LA CÔTE 119. H. B. I. LA VISION Des hommes sont installĂ©s Ă  la terrasse du premier Ă©tage d’un sanatorium donnant sur la Dent du Midi, l’Aiguille Verte et le Mont Blanc. Silence. Les hommes sont repliĂ©s sur eux-mĂȘmes, et pensent Ă  leur vie et Ă  leur mort ». Une servante, habillĂ©e de blanc, distribue les journaux. C’est chose faite, dit celui qui a dĂ©ployĂ© le premier son journal, la guerre est dĂ©clarĂ©e. [
] 24 — C’est un crime que commet l’Autriche, dit l’Autrichien. — Il faut que la France soit victorieuse, dit l’Anglais. — J’espĂšre que l’Allemagne sera vaincue, dit l’Allemand. » Le silence est plein de la rĂ©vĂ©lation qui vient d’ĂȘtre apportĂ©e La guerre ! » Sur ce paysage, ils croient voir apparaĂźtre la guerre. Des multitudes fourmillent par masses distinctes. Sur des champs, des assauts, vague par vague, se propagent, puis s’immobilisent ; des maisons sont Ă©ventrĂ©es comme des hommes, et des villes comme des maisons, des villages apparaissent en blancheurs Ă©miettĂ©es, comme s’ils Ă©taient tombĂ©s du ciel sur la terre, des chargements de morts et des blessĂ©s Ă©pouvantables changent la forme des plaines. 25 On voit chaque nation dont le bord est rongĂ© de massacres, qui s’arrache sans cesse du cƓur de nouveaux soldats pleins de force et pleins de sang ; on suit des yeux ces affluents vivants d’un fleuve de mort. Au Nord, au Sud, Ă  l’Ouest, ce sont des batailles, de tous cĂŽtĂ©s, dans la distance. On peut se tourner dans un sens ou l’autre de l’étendue il n’y en a pas un seul au bout duquel la guerre ne soit pas. Un des voyants pĂąles, se soulevant sur son coude, Ă©numĂšre et dĂ©nombre les belligĂ©rants actuels et futurs trente millions de soldats. Un autre balbutie, les jeux pleins de tueries — Deux armĂ©es aux prises, c’est une grande armĂ©e qui se suicide. — On n’aurait pas dĂ», dit la voix profonde et caverneuse du premier de la rangĂ©e. Mais un autre dit — C’est la RĂ©volution française qui recommence. — Gare aux trĂŽnes ! annonce le murmure d’un autre. Le troisiĂšme ajoute — C’est peut-ĂȘtre la guerre suprĂȘme. Il y a un silence, puis quelques fronts, encore blanchis par la fade tragĂ©die de la nuit oĂč transpire l’insomnie, se secouent. — ArrĂȘter les guerres ! Est-ce possible ! ArrĂȘter les guerres ! La plaie du monde est inguĂ©rissable. » Quelqu’un tousse. Le calme des paysages submerge ces visions et les parleurs rentrent en eux, prĂ©occupĂ©s par leurs poumons. Le soir, un orage Ă©clate sur le massif du Mont-Blanc et les hommes regardent les coups de tonnerre Ă©clater sur la montagne. 26 — ArrĂȘter la guerre ! disent-ils. ArrĂȘter les orages ! » Les visions de l’orage se confondent avec le spectacle de la guerre Mais les contemplateurs placĂ©s au seuil du monde, lavĂ©s des passions des partis, dĂ©livrĂ©s des notions acquises, des aveuglements, de l’emprise des traditions, Ă©prouvent vaguement la simplicitĂ© des choses et les possibilitĂ©s bĂ©antes
 Celui qui est au bout de la rangĂ©e s’écrie — On voit, en bas, des choses qui rampent. — Oui
 c’est comme des choses vivantes. — Des espĂšces de plantes
 — Des espĂšces d’hommes. VoilĂ  que dans les lueurs sinistres de l’orage, au-dessous des nuages noirs Ă©chevelĂ©s, Ă©tirĂ©s et dĂ©ployĂ©s sur la terre comme de mauvais anges, il leur semble voir s’étendre une grande plaine livide. Dans leur vision, des formes sortent de la plaine, qui est faite de boue et d’eau, et se cramponnent Ă  la surface du sol, aveuglĂ©es et Ă©crasĂ©es de fange, comme des naufragĂ©s monstrueux. Et il leur semble que ce sont des soldats. La plaine, qui ruisselle, striĂ©e de longs canaux parallĂšles, creusĂ©e de trous d’eau, est immense, et ces naufragĂ©s qui cherchent Ă  se dĂ©terrer d’elle sont une multitude
 Mais les trente millions d’esclaves jetĂ©s les uns sur les autres par le crime et l’erreur, dans la guerre de la boue, lĂšvent leurs faces humaines oĂč germe enfin une volontĂ©. L’avenir est dans les mains des esclaves 27, et on voit bien que le vieux monde sera changĂ© par l’alliance que bĂątiront un jour entre eux ceux dont le nombre et la misĂšre sont infinis. » II. DANS LA TERRE Sur le champ de bataille le ciel, la terre et l’eau. La tranchĂ©e 28 Des espĂšces d’ours c’est nous ! Je vois des ombres Ă©merger de ces puits latĂ©raux, et se mouvoir, masses Ă©normes et difformes des espĂšces d’ours qui pataugent et grognent. C’est nous ». EnterrĂ©s au fond d’un champ de bataille depuis plus de quinze mois, depuis cinq cents jours. PrĂ©sentation des hommes de l’escouade Paradis 29, Volpatte et Firmin 30, Lamuse, Biquet, Tirette, le pĂšre Blaise 31, Barque
 Blaire se fĂącha. Ses sourcils se froncĂšrent sous son front oĂč s’accumulait la noirceur. — Qu’est-c’ que tu m’embĂȘtes, toi ? Et pis aprĂšs ? C’est la guerre. Et toi, face d’haricot, tu crois p’t’ĂȘtre que ça n’te change pas la trompette et les maniĂšres, la guerre ? Ben, r’garde-toi, bec de singe, peau d’fesse ! Faut-il qu’un homme soye bĂȘte pour sortir des choses comme v’lĂ  toi ! » 32 
 Marthereau, Tirloir, PĂ©pin 33, Tulacque. Regroupement de l’escouade de Bertrand et de la moitiĂ© de la section Ă  un coude de la tranchĂ©e 34. Notre compagnie occupe en rĂ©serve, une parallĂšle de 2e ligne. La nuit travaux de terrassement, le jour attente. DĂ©but de l’aube. Les divers accoutrements des hommes PĂ©pin, Barque, Lamuse, Eudore, Tulacque, les casques 35 Biquet, Cadilhac, les jambes ! Volpatte, Mesnil AndrĂ©, Tirette, Marthereau, PĂ©pin, Barque 36. Histoire des bottes du fantassin allemand prises par Caron Ă  un mitrailleur bavarois abattu prĂšs de la route des PylĂŽnes et confiĂ©es Ă  Poterloo au moment de son Ă©vacuation. Comment chacun s’occupe Mesnil Joseph, blaire, Marthereau, Lamuse, Eudore, Volpatte, Mesnil AndrĂ© 37 Barque. Trois gĂ©nĂ©rations de soldats Nos Ăąges ? Nous avons tous les Ăąges. Notre rĂ©giment est un rĂ©giment de rĂ©serve que des renforts successifs ont renouvelĂ© en partie avec de l’active, en partie avec de la territoriale. Dans la demi-section, il y a des des bleus et des demi-poils. Fouillade a quarante ans. Blaire pourrait ĂȘtre le pĂšre de Biquet, qui est un duvetier de la classe 13. Le caporal appelle Marthereau grand-pĂšre » ou vieux dĂ©tritus » selon qu’il plaisante ou qu’il parle sĂ©rieusement. Mesnil Joseph serait Ă  la caserne s’il n’y avait pas eu la guerre. Cela fait un drĂŽle d’effet quand nous sommes conduits par notre sergent Vigile, un gentil petit garçon qui a un peu de moustache peinte sur la lĂšvre, et qui, l’autre jour, au cantonnement, sautait Ă  la corde avec des gosses. Dans notre groupe disparate, dans cette famille sans famille, dans ce foyer sans foyer qui nous groupe, il y a, cĂŽte Ă  cĂŽte, trois gĂ©nĂ©rations qui sont lĂ , Ă  vivre, Ă  attendre, Ă  s’immobiliser, comme des statues informes, comme des bornes ». Originaires de toutes les rĂ©gions Nos races ? Nous sommes toutes les races ». Poterloo, mineur de Calonne, Fouillade, batelier de Cette 38, Cocon de Lyon, Biquet le Breton, AndrĂ© Mesnil le Normand, Lamuse, paysan du Poitou, Barque, le Parisien,, Tirette de Clichy-la-Garenne, Paradis du Morvan. Nos mĂ©tiers ? Un peu tout dans le tas ». Laboureurs et ouvriers pour la plupart. Lamuse, valet de ferme, Paradis, charretier, Cadilhac a des terres, PĂšre Blaise, mĂ©tayer dans la Brie, barque, garçon livreur, le Caporal Bertrand, contremaĂźtre dans une manufacture de gainerie 39, Tirloir, peintre de voitures, Tirloir, bistrotier Ă  la barriĂšre du TrĂŽne, Eudore tient un estaminet prĂšs du front, Mesnil AndrĂ©, pharmacien, son frĂšre Mesnil Joseph, vendeur de journaux dans une gare, Cocon, quincailler, Becuwe Adolphe et Poterloo, mineurs. Plus ceux dont on ne se rappelle pas le mĂ©tier ou que l’on confond PĂ©pin qui n’en a pas. Pas de profession libĂ©rale autour de moi. Des instituteurs sont sous-officiers Ă  la compagnie ou infirmiers. Dans le rĂ©giment, un frĂšre mariste est sergent au service de santĂ© ; un tĂ©nor, cycliste du major ; un avocat, secrĂ©taire du colonel ; un rentier, caporal d’ordinaire Ă  la Compagnie Hors Rang. Ici, rien de tout cela. Nous sommes des soldats combattants, nous autres, et il n’y a presque pas d’intellectuels, d’artistes ou de riches qui, pendant cette guerre 40, auront risquĂ© leurs figures aux crĂ©neaux, sinon en passant, ou sous des kĂ©pis galonnĂ©s ». On diffĂšre profondĂ©ment
 mais pourtant on se ressemble diversitĂ©s d’ñges, d’origine, de situation, mĂȘmes silhouettes, mĂȘmes mƓurs, mĂȘmes habitudes, mĂȘme caractĂšre simplifiĂ© d’hommes revenus Ă  l’état primitif », mĂȘme parler, fait d’un mĂ©lange d’argots et de patois. Et puis, ici, attachĂ©s ensemble par un destin irrĂ©mĂ©diable, emportĂ©s malgrĂ© nous sur le mĂȘme rang, par l’immense aventure, on est bien forcĂ©, avec les semaines et les nuits, d’aller se ressemblant. L’étroitesse terrible de la vie commune nous serre, nous adapte, nous efface les uns dans les autres. C’est une espĂšce de contagion fatale. Si bien qu’un soldat apparaĂźt pareil Ă  un autre sans qu’il soit nĂ©cessaire, pour voir cette similitude, de les regarder de loin, aux distances oĂč nous ne sommes que des grains de la poussiĂšre qui roule dans la plaine ». On attend et on se fatigue d’attendre On attend toujours, dans l’état de guerre. On est devenus des machines Ă  attendre ». On attend la soupe, puis les lettres 41 ; aprĂšs on attend autre chose. RĂ©criminations pour la soupe. 42-43 ArrivĂ©e du ravitaillement. 44-45 Satisfaction et plaisanteries obscĂšnes. 46 Du cafĂ© et du tabac. Conversations et altercations dispute entre PĂ©pin et Tulacque 47, Lamuse s’interpose 48. Hier, c’était Plaisance qui voulait se battre avec Fumex, me dit Paradis. La journĂ©e s’avance. Brouillard et humiditĂ©. Cocon explique la situation des tranchĂ©es Il y a dans le secteur du rĂ©giment quinze lignes de tranchĂ©es françaises, les unes abandonnĂ©es, envahies par l’herbe et quasi nivelĂ©es, les autres entretenues Ă  vif et hĂ©rissĂ©es d’hommes. Ces parallĂšles sont rĂ©unies par des boyaux innombrables qui tournent et font des crochets comme de vieilles rues. Le rĂ©seau est plus compact encore que nous le croyons, nous qui vivons dedans. Sur les vingt-cinq kilomĂštres de largeur qui forment le front de l’armĂ©e, il faut compter mille kilomĂštres de lignes creuses tranchĂ©es, boyaux, sapes. Et l’armĂ©e française a dix armĂ©es. Il y a donc, du cĂŽtĂ© français, environ dix mille kilomĂštres de 49 tranchĂ©es et autant du cĂŽtĂ© allemand
 Et le front français n’est Ă  peu prĂšs que la huitiĂšme partie du front de la guerre sur la surface du monde ». Conversation entre les hommes C’est vrai, quand on y pense, qu’un soldat — ou mĂȘme plusieurs soldats — ce n’est rien, c’est moins que rien dans la multitude, et alors on se trouve tout perdu, noyĂ©, comme quelques gouttes de sang qu’on est, parmi ce dĂ©luge d’hommes et de choses » dit Barque 50. Il faut empĂȘcher les Boches de passer caporal Bertrand. Fouillade rouspĂšte. Moi, dit Barque, je ne rouspĂšte plus. Au commencement, je rouspĂ©tais contre tout le monde, contre ceux de l’arriĂšre, contre les civils, contre l’habitant, contre les embusquĂ©s. Oui, j’rouspĂ©tais, mais c’était au commencement de la guerre, j’étais jeune. Maint’nant, j’prends mieux les choses ». Prendre les choses comme elles viennent, vivre au jour le jour, faire ce qu’on nous dit de faire Faut vivre au jour le jour, heure par heure mĂȘme, si tu peux [
] Les faces cuites, tannĂ©es, incrustĂ©es de poussiĂšre, opinent, se taisent. Évidemment, c’est lĂ  l’idĂ©e de ces 51 hommes qui ont, il y a un an et demi, quittĂ© tous les coins du pays pour se masser sur la frontiĂšre ». Renoncement Ă  comprendre, et renoncement Ă  ĂȘtre soi-mĂȘme ; espĂ©rance de ne pas mourir et lutte pour vivre le mieux possible. Faire ce qu’on doit et se dĂ©merder Chacun pour soi, Ă  la guerre ! » Souvenirs de Barque, Tirloir, Lamuse, Paradis, Blaire, PĂ©pin le bon temps » passĂ© Ă  Soissons ville quasi Ă©vacuĂ©e pendant plusieurs mois 52. Une Ă©poque d’abondance du poulet, du lapin, de l’argent. Au milieu de tout ça, on courait aprĂšs le feu. le cantonnement de la Martin CĂ©sar, le cuistot qui trouvait toujours de quoi faire du feu un violon, des queues de billard 53, des fauteuils de salon, un vieux meuble. Les chapardages le lieutenant Virvin dĂ©fonçant la porte d’une cave Ă  coups de hache, Saladin, l’officier de ravitaillement volant deux bouteilles de blanc. Le cuistot est mort d’une crise cardiaque, on l’a enterrĂ© 54. Les soldats essaient de se dĂ©brouiller pour Ă©viter les corvĂ©es sauf quand les copains sont en danger ex. de Lamuse, virtuose du tirage au flanc qui a sauvĂ© la vie Ă  des blessĂ©s en allant les chercher dans la fusillade. Presque tous les gars de l’escouade ont quelque haut fait militaire Ă  leur actif et, successivement, les croix de guerre se sont alignĂ©es sur leurs poitrines ». Aux attaques de mai, Biquet a attrapĂ© quatre Allemands. il y a deux mois, Tulacque en a tuĂ© neuf. Tulacque 55, Tirloir, Eudore n’ont rien contre les simples soldats allemands mais ils en veulent aux officiers. En tous cas, on n’est pas fixĂ© pour les hommes, reprend Tirloir, mais les officiers allemands, non, non, non pas des hommes, des monstres. Mon vieux, c’est vraiment une sale vermine spĂ©ciale. Tu peux dire que c’est les microbes de la guerre. Il faut les avoir vus de prĂšs, ces affreux grands raides, maigres comme des clous, et qui ont tout de mĂȘme des tĂȘtes de veaux ». Tirloir se souvient d’un colonel prussien aristocrate qui le mĂ©prisait. Il lui a donnĂ© un coup de pied au cul. Blaire 56 et PĂ©pin Ă©voquent les allemands qu’ils n’hĂ©siteront Ă  tuer et tous leurs objets qu’ils pourront revendre couvercles d’argent, pistolets, jumelles, casques. PĂ©pin compte bien avoir les frusques d’un galonnĂ© de Guillaume. — T’en fais pas j’saurai bien goupiller ça avant que la guerre finisse. — Tu crois Ă  la finition de la guerre, toi ? demande l’un. — T’en fais pas, rĂ©pond l’autre ». ArrivĂ©e d’un groupe deux officiers d’état-major avec des civils. Des touristes des tranchĂ©es 57. Le capitaine leur montre une banquette de tir. Deux hommes s’approchent de nous Ah ! ah ! fait le premier monsieur, voilĂ  des poilus
 Ce sont de vrais poilus, en effet » 58. Les hommes nous regardent en train de boire notre cafĂ© comme des animaux au zoo. — C’est bon, mes amis ? [
] — C’est trĂšs bien, c’est trĂšs bien, mes amis. Vous ĂȘtes des braves ! ». Nous rĂ©alisons en entendant un officier que ces hommes Ă©taient des journalistes ; Barque se moque de la propagande et des mensonges des journalistes Le kronprinz est fou, aprĂšs avoir Ă©tĂ© tuĂ© au commencement de la campagne, et, en attendant, il a toutes les maladies qu’on veut. Guillaume va mourir ce soir et remourir demain. Les Allemands n’ont plus de munitions, becquĂštent du bois ; ils ne peuvent plus tenir, d’aprĂšs les calculs les plus autorisĂ©s, que 59 jusqu’à la fin de la semaine. On les aura quand on voudra, l’arme Ă  la bretelle. Si on attend quĂšq’jours encore, c’est que nous n’avons pas envie d’quitter l’existence des tranchĂ©es ; on y est si bien, avec l’eau, le gaz, les douches Ă  tous les Ă©tages. Le seul inconvĂ©nient, c’est qu’il y fait un peu trop chaud l’hiver
 Quant aux Autrichiens, y a longtemps qu’euss i’ s n’tiennent plus i’ font semblant
 » V’lĂ  quinze mois que c’est comme ça et que l’directeur dit Ă  ses scribes Eh ! les poteaux, j’tez-en un coup, tĂąchez moyen de m’dĂ©crotter ça en cinq sec et de l’dĂ©layer sur la longueur de ces quatre sacrĂ©es feuilles blanches qu’on a Ă  salir. » Le caporal fait remarquer aux hommes qu’ils sont les premiers Ă  vouloir lire les journaux. L’attention se disperse. Une partie de manille. Cocon et Tirette Ă©voquent leurs souvenirs de caserne sujet de conversation inĂ©puisable 60. Les anecdotes des ex-troupiers dĂ©fi Ă  un gradĂ©. ArrivĂ©e du vaguemestre militaire chargĂ© du service postal. De mauvaise humeur. Il distribue le courrier 61 et transmet les ordres du gĂ©nĂ©ral commandant l’armĂ©e dĂ©fense de porter des capuchons, ordre de tailler les barbes. D’autres nouvelles aussi incertaines que fantaisistes la division serait relevĂ©e pour aller soit au repos soit au Maroc ou en Egypte 62. On veut savoir d’oĂč viennent ces informations. Le bon sens reprend le dessus et chasse le rĂȘve. Les lettres reçues et celles qu’il faut Ă©crire Tirloir et Eudore. Barque est inspirĂ© 63, Lamuse beaucoup moins, Eudore est Ă©mu. Le moment des lettres est celui oĂč l’on est le plus et le mieux ce que l’on fut. Plusieurs hommes s’abandonnent au passĂ© [
]. Sous l’écorce des formes grossiĂšres et obscurcies, d’autres cƓurs laissent murmurer tout haut un souvenir » Le pĂšre Blaire fabrique une bague pour sa 64 femme. Dans ces trous dĂ©nudĂ©s de la terre, ces hommes [
] ont l’air encore plus sauvages, plus primitifs, et plus humains, que sous tout autre aspect » Un adjudant passe avec une compagnie de territoriaux chargĂ©s dans le secteur des travaux de terrassement de seconde ligne et de l’entretien des boyaux d’arriĂšre. Des petits vieux mal fagotĂ©s ou de gros poussifs avec leurs outils 65. Tirette et Barque se moquent d’eux ; ils prennent Ă  partie deux hommes ce qui fait rire les autres. Il n’en faut pas davantage pour exciter encore les 66 deux compĂšres que le dĂ©sir de placer un mot jugĂ© drĂŽle par un public peu difficile incite Ă  tourner en dĂ©rision les ridicules de ces vieux frĂšres d’armes qui peinent nuit et jour, au bord de la grande guerre, pour prĂ©parer et rĂ©parer les champs de bataille. Et mĂȘme les autres spectateurs s’y mettent aussi. MisĂ©rables, ils raillent plus misĂ©rables qu’eux. » Les soldats continuent leurs railleries. Le dĂ©filĂ© des vĂ©tĂ©rans se termine au milieu des sarcasmes. 67 CrĂ©puscule. DĂ©filĂ© d’une troupe de tabors soldats marocains avec un tirailleur sĂ©nĂ©galais. Ceux-lĂ , on ne s’en moque pas. Leur passage est l’indice d’une attaque prochaine. Ce sont des soldats courageux. 68 — Au fond, ce sont de vrais soldats. — Nous ne sommes pas des soldats, nous, nous sommes des hommes, dit le gros Lamuse. L’heure s’est assombrie et pourtant cette parole juste et claire met comme une lueur sur ceux qui sont ici, Ă  attendre, depuis ce matin, et depuis des mois. Ils sont des hommes, des bonshommes quelconques arrachĂ©s brusquement Ă  la vie. Comme des hommes quelconques pris dans la masse, ils sont ignorants, peu emballĂ©s, Ă  vue bornĂ©e, pleins d’un gros bon sens, qui, parfois, dĂ©raille ; enclins Ă  se laisser conduire et Ă  faire ce qu’on leur dit de faire, rĂ©sistants Ă  la peine, capables de souffrir longtemps. Ce sont de simples hommes qu’on a simplifiĂ©s encore, et dont, par la force des choses, les seuls instincts primordiaux s’accentuent instinct de la conservation, Ă©goĂŻsme, espoir tenace de survivre toujours, joie de manger, de boire et de dormir ». La nuit tombe. Ordre de rassemblement de la deuxiĂšme demi-section devant le dĂ©pĂŽt d’outils 69. Chacun prend une pelle et une pioche. Coups de tonnerre dans le ciel. DESCENTE ArrivĂ©e du 6e Bataillon Ă  la fin de la nuit dans un champ prĂšs du bois des Alleux 70. Nous attendons le reste du 5e Bataillon qui Ă©tait en premiĂšre ligne. La relĂšve qui a commencĂ© hier Ă  six heures et a durĂ© toute la nuit est finie. La 18e Compagnie a eu dix-huit tuĂ©s et une cinquantaine de blessĂ©s Ă  cause des bombardements. ArrivĂ©es de la 17e, de la 18e et de la 20e. Le capitaine de la 18e compagnie passe avec sa canne 71. Je vais au devant de la 18e. Des hommes qui reviennent de l’enfer. Vacarme Ă©pouvantable. La 2e section avec son sous-lieutenant. Des onze hommes de l’escouade du caporal Marchal, il n’en reste plus que trois. Marchal m’apprend la mort de Barbier 72 samedi Ă  23h, de Besse un obus lui a traversĂ© le ventre et l’estomac, de BarthĂ©lĂ©my et Baubex atteints Ă  la tĂȘte et au cou, de Godefroy le milieu du corps emportĂ©, Gougnard jambes hachĂ©es, Mondain dimanche matin, poitrine dĂ©foncĂ©e par l’écroulement de la guitoune, Franco colonne vertĂ©brale cassĂ©e par cet Ă©croulement, Vigile idem, tĂȘte aplatie 73. Marchal est accaparĂ© par ses camarades. Un rescapĂ© Vanderborn, le tambour. Les soldats sont gais, heureux de s’en ĂȘtre sortis. Ils sont soulagĂ©s pour six semaines. Les soldats de la guerre ont, pour les grandes et les petites choses, une philosophie d’enfant ils ne regardent jamais loin ni autour d’eux, ni devant eux. Ils pensent Ă  peu prĂšs au jour le jour. Aujourd’hui, chacun de ceux-lĂ  est sĂ»r de vivre encore un bout de temps. C’est pourquoi, malgrĂ© la fatigue qui les Ă©crase, et la boucherie toute fraĂźche dont ils sont Ă©claboussĂ©s encore, et leurs frĂšres arrachĂ©s tout autour de chacun d’eux, malgrĂ© tout, malgrĂ© eux, ils sont dans la fĂȘte de survivre, ils jouissent de la gloire infinie d’ĂȘtre debout ». 74 IV. VOLPATTE ET FOUILLADE Le sergent et le capitaine sont en colĂšre. Volpatte et Fouillade ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©s et emmenĂ©s en premiĂšre ligne par le 5e Bataillon. Le caporal Bertrand me demande d’aller les chercher avec Farfadet. On fait le chemin Ă  l’envers en remontant la cĂŽte. Farfadet a du mal Ă  suivre. En sortant du bois, on les retrouve 75. Volpatte n’entend rien, il a des bandages autour de la tĂȘte. Fouillade explique qu’ils reviennent du lieu oĂč le 5e Bataillon les a mis jeudi et
 les a oubliĂ©s. Ils sont restĂ©s quatre jours et quatre nuits dans un trou d’obus puant et sous les balles 76. On leur avait dit de se tenir lĂ  et de tirer. Le lendemain, ils ont eu la visite d’un type de liaison du 5e qui s’est enfui. Ils ont tenu avec une boule de son, un seau de vin et une caisse de cartouches. Farfadet donne Ă  boire Ă  Volpatte qui grelotte. Ils ont fait prisonniers deux allemands qui sont tombĂ©s dans leur trou et les ont attachĂ©s. OubliĂ©s par le type de liaison, par le 6e et par le 18e 77, ils ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s par ceux du 204 Ă  qui ils ont remis les Boches. Au passage, ils ont mĂȘme sorti le sergent Sacerdote de son trou. Volpatte a Ă©tĂ© blessĂ© aux oreilles par l’explosion d’un obus. Retour. Farfadet et moi, nous portons le barda de Volpatte. Il se rĂ©jouit car avec sa blessure, il va ĂȘtre Ă©vacuĂ© 78. Dix heures sonnent au village. Volpatte imagine dĂ©jĂ  son Ă©vacuation comme ce qui est arrivĂ© Ă  Jules Crapelet. Il montre la photo de sa femme et de ses deux garçons. Il dit que ses oreilles repousseront pendant sa convalescence et que d’ici lĂ  la guerre sera peut-ĂȘtre finie J’irai en convalo, dit Volpatte, et pendant qu’mes oreilles se recolleront, la femme et les p’tits me regarderont 79, et je les regarderai. Et pendant c’temps-lĂ  qu’elles r’pouss’ront comme des salades, mes amis, la guerre, elle s’avancera
 Les Russes
 On n’sait pas, quoi !
 ». Fouillade en est presque jaloux et Farfadet comprend maintenant ce que veut dire une bonne blessure » la seule chose qu’un pauvre soldat puisse espĂ©rer qui ne soit pas fou ». On approche du village ; on contourne le bois. On voit une femme blonde. Fouillade nous apprend qu’elle s’appelle Eudoxie, qu’elle est rĂ©fugiĂ©e et qu’elle est Ă  Gamblin dans une famille 80. Lamuse s’intĂ©resse Ă  elle. Il apparaĂźt. Il veut porter les affaires de Volpatte et de Fouillade. En fait 81, il cherche Eudoxie. Elle rĂ©apparaĂźt et je comprends que c’est Ă  Farfadet que la bohĂ©mienne s’intĂ©resse. Lamuse n’a rien vu mais le plus blessĂ© n’est peut-ĂȘtre pas celui qu’on pense. On redescend au village 82 et les camarades se rassemblent sur la place de l’église V. L’ASILE Marche du rĂ©giment en quĂȘte d’un nouveau gĂźte sur la route qui monte au milieu du bois. Cohue endiguĂ©e par les talus et vacarme nocturne. On n’y voit rien 83. Spectacle de l’aube aprĂšs plusieurs haltes. On sort de cette nuit de marche. Le nouveau cantonnement Gauchin-l’AbbĂ©. D’aprĂšs la rumeur, il y a tout ici Brigade, Conseil de Guerre 84, une espĂšce de terre promise. AprĂšs vingt-huit kilomĂštres dans la nuit, on arrive prĂšs des maisons au petit jour mais on ne s’arrĂȘte pas. Brouillard et froid. Le soleil perce enfin 85 et devient ardent. BientĂŽt il fait chaud dans ce pays de craie. Long nuage de calcaire et de poussiĂšre, les pieds semblent barboter dans des auges de maçons. On s’écarte pour laisser passer un convoi de camions qui soulĂšve un nuage de poussiĂšre qui nous recouvre 86. On ressemble Ă  des statues de plĂątre. On se remet en route. ArrivĂ©e au cantonnement sur le coup de midi. Le rĂ©giment envahit la seule rue de Gauchin-l’AbbĂ©. Les hommes s’engouffrent dans les bĂątiments. Nous allons jusqu’au bout du village puis revenons Ă  l’entrĂ©e 87. Fatigue et impatience au sein de l’escouade oĂč chacun est pressĂ© de trouver un coin Ă  louer chez l’habitant. Ce sera difficile trois compagnies arrivent aprĂšs la nĂŽtre, quatre sont arrivĂ©es avant et il y a beaucoup de gens plus puissants que les simples soldats. La grange dĂ©volue Ă  l’escouade. On dĂ©chante mais il faut se dĂ©pĂȘcher de trouver la meilleure place 88. L’escouade se scinde en deux patrouilles qui partent dans la rue. J’ai l’impression d’une sorte de combat dĂ©sespĂ©rĂ© entre tous les soldats, dans les rues du village qu’on vient d’occuper. — Pour nous, dit Marthereau, la guerre, c’est toujours la lutte et la bataille, toujours, toujours ! » Partout des refus de la part des habitants. Les trois rues du village noires de monde. La foule 89. J’aperçois Eudoxie dans une ruelle. Je ne dis rien Ă  Lamuse qui ne l’a pas vue. Pour le moment, il faut trouver un coin. Barque nous entraĂźne vers une porte jaune. Devant, on rencontre Blaire 90 qui attend la voiture-dentiste. NĂ©gociations avec les habitants pour s’installer. Un local trĂšs sombre en terre battue, encombrĂ© de linge sale 91. Une vieille porte sur deux tonneaux fera office de table. On sera une douzaine. La femme a peur qu’on lui vole sa planche. 92 — Mais nous, on n’est pas des voleurs, insinue Lamuse, avec modĂ©ration pour ne pas irriter la crĂ©ature qui dispose de notre bien-ĂȘtre. — J’dis pas, mais vous savez, les soldats, i’s abĂźment tout. Ah quelle misĂšre que c’te guerre ! » Vingt sous par jour. On essaie de protester. La femme prĂ©vient qu’elle peut trouver d’autres clients. On voudrait acheter du vin. La femme dit qu’elle n’en vend pas. — Vous comprenez, l’autoritĂ© militaire force ceux qui tiennent du vin Ă  le vendre quinze sous. Quinze sous ! Quelle misĂšre que c’te maudite guerre ! On y perd, Ă  quinze sous, monsieur. Alors, j’n’en vends pas d’vin. J’ai bien du vin pour nous. J’dis pas que quĂ©qu’fois, pour obliger, j’en cĂšde pas Ă  des gens qu’on connaĂźt, des gens qui comprennent les choses, mais vous pensez bien, messieurs, pas pour quinze sous ». Elle accepte finalement de vendre un litre de vin Ă  Lamuse pour vingt-deux sous 93. Elle nous conduit dans le cellier oĂč il y a trois gros tonneaux. Barque ronchonne. La mĂ©gĂšre devient agressive — Vous ne voudrez pas qu’on se ruine Ă  cette misĂšre de guerre ! C’est assez de tout l’argent qu’on perd Ă  ci et Ă  ça. Barque s’accroche avec elle. On s’interpose. Le mari appelle sa femme Palmyre qui s’en va. ColĂšre de Barque et de Marthereau contre les hĂŽtes 94 et contre Lamuse. — J’sais bien que c’est partout et toujours la mĂȘme histoire, mais c’est Ă©gal
 — I’s’ dĂ©merde l’habitant, ah ! oui ! I’ faut bien qu’i’ y en ait qui fassent fortune. Tout le monde ne peut pas s’faĂźre tuer. — Ah ! les braves populations de l’Est ! — Ben, et les braves populations du Nord ! — 
 Qui nous accueillent les bras ouverts !
 — La main ouverte, oui
 — J’te dis, rĂ©pĂšte Marthereau, que c’est un’ honte et une dĂ©gueulasserie ». On annonce la nouvelle au cantonnement. Courses pour le dĂ©jeuner. Barque a rĂ©ussi Ă  se faire donner les pommes de terre et la viande constituant la portion des quinze hommes de l’escouade. Il a aussi achetĂ© du saindoux et des petits pois en conserve. La boĂźte de veau Ă  la gelĂ©e de Mesnil AndrĂ© servira de hors d’Ɠuvre. 95. La cuisine. Une marmite de plus sur la cuisiniĂšre de fonte. La femme se plaint. Les autres arrivent. CrĂ©puscule de cave. Farfadet se frotte contre le mur et se salit. Puis il fait tomber sa cuiller qu’il retrouve charbonneuse 96. Repas abondant. Lueur par le soupirail. Biquet raconte ses tribulations avec une blanchisseuse, Tulacque parle de la queue devant l’épicerie et du rapport qui prĂ©voit des sanctions sĂ©vĂšres en cas de dĂ©prĂ©dations chez l’habitant. Volpatte va ĂȘtre Ă©vacuĂ© et PĂ©pĂšre va aller Ă  l’arriĂšre avec les hommes de la classe 93. Leur hĂŽtesse a des soldats Ă  sa table les infirmiers des mitrailleurs. PĂ©pin parle d’une vieille qui reçoit gratuitement les gars de la 9e parce que son vieux, qui est mort il y a cinquante ans, Ă©tait voltigeur 97. Palmyre apporte le cafĂ©. Pourquoi que vous appelez l’adjudant le juteux ? [
] Toujours ça a Ă©tĂ© ». Dix sous le cafĂ©. Visite de Charlot, un garçon de la maison de la cĂŽtĂ©. Il raconte que ses parents ont aussi des soldats et qu’ils leur vendent tout ce qu’ils veulent. — Dis donc, petit, viens un peu ici, dit Cocon, en prenant le bambin entre ses genoux. Écoute bien. Ton papa i’ dit, n’est-ce pas Pourvu que la guerre continue ! » hĂ© ? — Pour sĂ»r, dit l’enfant en hochant la tĂȘte, parce qu’on devient riche. Il a dit qu’à la fin d’mai on aura gagnĂ© cinquante mille francs. — Cinquante mille francs ! C’est pas vrai ! — Si, si ! trĂ©pigne l’enfant. Il a dit ça avec maman. Papa voudrait qu’ça soit toujours comme ça. Maman, des fois, elle ne sait pas, parce que mon frĂšre Adolphe est au front. Mais on va le faire mettre Ă  l’arriĂšre et, comme ça, la guerre pourra continuer ». Bruit de querelles le mari reproche Ă  sa femme de ne pas savoir y faire 98. On sort de notre souterrain. Les mouches. Dans le bric-Ă -brac de la maison, un vieux monsieur. Il se prĂ©tend le beau-pĂšre de quelqu’un qui est ici. Palmyre le laisse faire en passant le balai sans rien dire 99. Des commĂšres parlent de la façon de doser le Picon. Les bestioles se multiplient Ă  cause de la chaleur. Je vais flĂąner avec Lamuse l’aprĂšs-midi. Corvisart voudrait bien venir avec nous mais il est de corvĂ©e de colombins. Des cris Barque en proie Ă  une mĂ©nagerie de mĂ©nagĂšres. La scĂšne est observĂ©e par une fillette 100. Six hommes, conduits par un caporal-fourrier, portent des capotes neuves et des chaussures. Lamuse voudrait de nouvelles chaussures. Un aĂ©roplane ronfle. Lamuse ne croit pas au progrĂšs — Ces machines-lĂ , jamais ça ne deviendra pratique, jamais. — Comment peux-tu dire ça ! On a fait tellement de progrĂšs, si vite
 — Oui, mais on s’arrĂȘtera lĂ . On ne fera jamais mieux, jamais ». Il prĂ©fĂšre me parler d’Eudoxie. Elle est lĂ . Je fais semblant de ne pas m’en ĂȘtre aperçu 101. Mon vieux, veux-tu que je te dise ? Elle est venue pour moi ». Il veut Ă©pouser cette Eudoxie Dumail, cette paysanne plus belle qu’une Parisienne. Il a du mal Ă  exprimer ses sentiments 102. C’est parti pour le commerce local avec les soldats. CortĂšge d’un enterrement militaire. Nous avons dĂ©passĂ© les derniĂšres maisons. Au bout de la rue, le train rĂ©gimentaire et le train de combats se sont installĂ©s avec leur matĂ©riel, les chevaux, la forge. Au bord du camp, la fameuse voiture stomatologique que cherchait Blaire 103. Il est lĂ  et interpelle Sambremeuse, l’infirmier, qui revient de ses courses. Suite de la promenade dans un sentier. Puis, nous nous trouvons face-Ă -face avec Eudoxie 104. DĂ©claration d’amour de Lamuse Ă  Eudoxie qui le repousse. Il veut l’embrasser. Elle suffoque. Je m’interpose. Elle s’en va. J’entraĂźne le pauvre Lamuse 105. Les hommes du corps de garde Bigornot, Cornet, Canard, La Mollette parlent d’un marchand de vin, de PĂ©pĂšre, des femmes. Les autres regardent des avions ennemis. 106 On rentre. Carassus et Cheyssier annonce le dĂ©part de PĂ©pĂšre Ă  l’arriĂšre. Des bandes de poilus en conversations dans le village. Cohue autour d’un marchand de journaux. Fouillade, Paradis. Biquet nous parle de sa tenue qu’il va devoir nettoyer. Montreuil a une lettre pour lui c’est sa mĂšre qui s’inquiĂšte pour lui. Au centre du village 107, l’affluence augmente. On salue le commandant, et l’aumĂŽnier noir. On est interpellĂ©s par Pigeon, Guenon, le jeune Escutenaire, le chasseur Clodore. Bizouarne, Chanrion, Roquette parlent du dĂ©part de PĂ©pĂšre. Biquet de la lettre de sa mĂšre. Elle date de dix jours. On rejoint notre asile. On est bien maintenant ». Biquet Ă©crit Ă  sa mĂšre 108. VI. HABITUDES Poule noire, deux poussins, un vieux coq dans la basse-cour. Commentaires de Paradis et de Volpatte. On est bien, dit Barque » 109. Les petits canards. Au-delĂ  de cette cour de ferme, un verger, une prairie, des abeilles, un prĂ©, une pie. Les soldats s’étirent sur un banc de pierre. VoilĂ  dix-sept jours qu’on est lĂ . Des poilus se promĂšnent. Tellurure 110. On croyait aussi qu’on s’rait malheureux ici comme dans les autres cantonnements. Mais cette fois-ci, c’est le vrai repos, et par le temps qu’i’ dure, et par la chose qu’il est ». Pas trop d’exercices, pas trop de corvĂ©es. Au bout du banc, le vieux bonhomme au trĂ©sor. Autrefois, il aimait les femmes ; maintenant, il ne pense plus qu’à l’argent. Il repart chercher son trĂ©sor et entre dans la maison 111. Dans la chambre, une petite fille joue Ă  la poupĂ©e trĂšs sĂ©rieusement. On regarde le temps qui passe. Nous nous sommes attachĂ©s Ă  ce coin de pays oĂč le hasard nous a maintenus, au milieu de nos perpĂ©tuels errements, plus longtemps et plus en paix qu’ailleurs ». Le mois de septembre. On s’est habituĂ©s, ces lieux et nous, Ă  ĂȘtre ensemble et on ne pense plus rĂ©ellement au dĂ©part. La 11e Division est restĂ©e un mois et demi au repos et la 375e neuf semaines. — On finirait bien la guerre ici
 Barque s’attendrit et n’est pas loin de le croire — AprĂšs tout, elle finira bien un jour, quoi ! » 112 Farfadet est plus heureux que nous Ă  cause de son idylle avec Eudoxie. Il va nous quitter il va ĂȘtre appelĂ© Ă  l’arriĂšre, Ă  l’Etat-major de la Brigade 113. VII. EMBARQUEMENT Une alerte nous a, dans la nuit, arrachĂ©s au sommeil et au village de Gauchin-l’AbbĂ© et on a marchĂ© jusqu’à une gare. On est sentinelles sur le quai. Une locomotive empĂȘche Barque de parler 114. Des rames de quarante Ă  soixante wagons. Les convois, les bĂątiments de la gare. Des voitures militaires, des camions, des files de chevaux dans des terrains vagues 115. On embarque des canons camouflĂ©s. Un cheval peint. Sur le soir, des soldats arrivent, de plus en plus nombreux. Les statistiques de Cocon C’est rien ça encore, dit Cocon, l’homme-statistique. Rien qu’à l’ État-Major du Corps d’ArmĂ©e, 116 il y a trente autos d’officier, et tu sais pas, ajouta-t-il, combien i’ faudra de trains de cinquante wagons pour embarquer tout le Corps – bonhommes et camelote – sauf, bien entendu, les camions, qui rejoindront le nouveau secteur avec leurs pattes ? N’cherche pas, bec d’amour. Il en faudra quatre-vingt-dix ». Il y en a trente-neuf. Gare surpeuplĂ©e. Le soir, les lumiĂšres s’allument 117. La gare prend un aspect fantastique. Cavaliers et fantassins s’avancent. On embarque des chevaux. Des voitures sur des wagons-tombereaux. La Section des projecteurs 118. — Il y a quatre Divisions, Ă  cette heure, au Corps d’ArmĂ©e, rĂ©pond Cocon. Ça change quelquefois c’est trois, des fois, c’est cinq. Pour le moment, c’est quatre. Et chacune de nos divisions, reprend l’homme-chiffre que notre escouade a la gloire de possĂ©der, renferme trois – rĂ©giments d’infanterie ; deux – bataillons de chasseurs Ă  pied ; – un – rĂ©giment d’infanterie territoriale – sans compter les rĂ©giments spĂ©ciaux, Artillerie, GĂ©nie, Train, etc., sans non plus compter l’ État-Major de la et les services non embrigadĂ©s, rattachĂ©s directement Ă  la Un rĂ©giment de ligne Ă  trois bataillons occupe quatre trains un pour l’ la Compagnie de mitrailleuses et la compagnie hors rang, et un par bataillon. Toutes les troupes n’embarqueront pas ici les embarquements s’échelonneront sur la ligne selon le lieu des cantonnements et la date des relĂšves ». Tulacque est fatiguĂ© parce qu’on ne leur donne pas assez Ă  manger. — Je m’suis renseignĂ©, reprend Cocon. Les troupes, les vraies troupes, ne s’embarqueront qu’à partir du milieu de la nuit. Elles sont encore rassemblĂ©es çà et lĂ  dans les villages Ă  dix kilomĂštres Ă  la ronde. C’est d’abord tous les services du Corps d’ArmĂ©e qui partiront et les – Ă©lĂ©ments non endivisionnĂ©s, explique obligeamment Cocon, c’est-Ă -dire rattachĂ©s directement au ». Parmi les tu ne verras pas le Ballon, ni l’Escadrille c’est des trop gros meubles, qui naviguent par leurs seuls moyens avec leur personnel, leurs bureaux, leurs infirmeries. Le rĂ©giment de chasseurs est un autre de ces [
] 119 Comme du Corps d’ArmĂ©e, y a l’Artillerie de Corps, c’est-Ă -dire l’artillerie centrale qui est en plus de celle des divisions. Elle comprend l’ – artillerie lourde, – l’ – artillerie de tranchĂ©es, – les – parcs d’artillerie, – les auto-canons, les batteries contre-avions, est-ce que je sais ! Il y a le GĂ©nie, la PrĂ©vĂŽtĂ©, Ă  savoir le Service des cognes Ă  pied et Ă  cheval, le Service de SantĂ©, le Service vĂ©tĂ©rinaire, un escadron du Train des Ă©quipages, un rĂ©giment territorial pour la garde et les corvĂ©es du – Quartier GĂ©nĂ©ral, – le Service de l’Intendance avec le Convoi administratif, qu’on Ă©crit pour ne pas l’écrire comme le Corps d’ArmĂ©e. Il y a aussi le Troupeau de BĂ©tail, le DĂ©pĂŽt de Remonte, etc. ; le Service Automobile – tu parles d’une ruche de filons dont j’pourrais t’parler pendant une heure si j’voulais – le Payeur, qui dirige les TrĂ©sors et Postes, le Conseil de Guerre, les TĂ©lĂ©graphistes, tout le Groupe Ă©lectrogĂšne. Tout ça a des directeurs, des commandants, des branches et des sous-branches, et c’est pourri de scribes, de plantons et d’ordonnances, et tout l’bazar Ă  la voile. Tu vois d’ici au milieu d’quoi s’trouve un gĂ©nĂ©ral commandant de Corps ! » À ce moment, nous fĂ»mes environnĂ©s par un groupe de soldats porteurs, en plus de leur harnachement, de caisses et de paquets ficelĂ©s dans du papier, qu’ils traĂźnaient cahin-caha et posĂšrent Ă  terre en faisant ouf. — C’est les secrĂ©taires d’État-Major. Ils font partie du – du Quartier GĂ©nĂ©ral – c’est-Ă -dire de quelque chose comme la suite du GĂ©nĂ©ral. Ils trimbalent, quand ils dĂ©mĂ©nagent, leurs caisses d’archives, leurs tables, leurs registres et toutes les petites saletĂ©s qu’il leur faut pour leurs Ă©critures. Tiens, tu vois, ça, c’est une machine Ă  Ă©crire que ces deux-lĂ  – ce vieux papa et c’petit boudin – emportent, la poignĂ©e enfilĂ©e dans un fusil. Ils sont en trois bureaux, et il y a aussi la Section du Courrier, la Chancellerie, la – Section Topographique du Corps d’ArmĂ©e – qui distribue 120 les cartes aux divisions et fait des cartes et des plans, d’aprĂšs les aĂ©ros, les observateurs et les prisonniers. C’est les officiers de tous les bureaux qui, sous les ordres d’un sous-chef et d’un chef – deux colons – forment l’État-Major du Mais le proprement dit, qui comprend aussi des ordonnances, des cuisiniers, des magasiniers, des ouvriers, des Ă©lectriciens, des gendarmes, et les cavaliers de l’Escorte, est commandĂ© par un commandant ». Des hommes essaient de faire monter une voiture sur un wagon. L’un d’entre eux bouscule Barque. On gĂȘne partout 121. Les hommes commentent ces Ă©vĂ©nements. On se tait et alors on entend Cocon qui dit — Pour voir passer toute l’armĂ©e française qui tient les lignes – je ne parle pas de c’qui est installĂ© en arriĂšre, oĂč il y a deux fois plus d’hommes encore, et des services comme des ambulances qu’ont coĂ»tĂ© 9 millions et qui vous Ă©vacuent des 7000 malades par jour – pour la voir passer dans des trains de soixante wagons qui se suivraient sans arrĂȘt Ă  un quart d’heure d’intervalle, il faudrait quarante jours et quarante nuits ». Les hommes se dĂ©sintĂ©ressent de ces chiffres et suivent d’un Ɠil larmoyant le train blindĂ© qui passe 122. VIII. LA PERMISSION Eudore rentre de permission. Il rencontre un tringlot soldat du train puis quatre hommes qui reviennent de la corvĂ©e de vin 123. Ils lui demandent s’il a vu sa femme Mariette. Oui, mais une seule fois. Eudore raconte son histoire. Ils tiennent un estaminet dans une des quatre maisons de Villiers-l’AbbĂ©. En vue de sa permission, Mariette avait demandĂ© un laissez-passer, bien Ă  l’avance, pour Mont-Saint-Eloi oĂč habitent les parents d’Eudore. Mais la permission est arrivĂ©e plus tĂŽt que prĂ©vue si bien qu’elle n’avait pas reçu le papier. Eudore a attendu chez ses parents et Ă  la fin du sixiĂšme et dernier jour, il a reçu une lettre de Mariette, par l’intermĂ©diaire du fils de Florence, pour le prĂ©venir qu’elle n’avait pas encore le laissez-passer. Il a finalement dĂ©cidĂ© d’aller Ă  Villiers-l’AbbĂ© 124. AprĂšs une visite au maire, il s’est mis en route 125 d’abord en train puis Ă  pied, sous la pluie qui tombait sans discontinuer depuis six jours. Il arrive Ă  la station avec quatre autres permissionnaires. Ils passent devant la ferme des Alleux qui est la premiĂšre maison. DĂ©truite 126 comme la deuxiĂšme. Ils arrivent Ă  celle d’Eudore et Mariette, la troisiĂšme. Eudore retrouve sa femme et il dit Ă  ses camarades de rentrer. Ils ne pourront aller de nuit jusqu’à Vauvelles. Eudore propose alors de les accompagner jusqu’à la derniĂšre maison, la ferme du Pendu 127. Mais un sous-officier de garde leur dit que la ferme est devenue un poste de police et qu’ils ont des prisonniers allemands. Ils doivent repartir. Eudore revient donc chez lui avec les permissionnaires. Ils voudraient bien dormir dans la cave mais elle est inondĂ©e et il n’y a pas de grenier. Ils s’apprĂȘtent Ă  partir 128. Il est neuf heures du soir. Eudore et Mariette les empĂȘchent de s’en aller. Ils sont restĂ©s comme ça toute la nuit. Au matin 129, les premiers clients arrivent Ă  l’estaminet pour boire un cafĂ©. Mariette s’affaire Ă  le prĂ©parer. Les permissionnaires dont un gros MacĂ©donien viennent remercier Mariette et s’excuser du dĂ©rangement 130. Ils veulent payer le cafĂ© mais Mariette leur offre. Ils s’en vont mais dĂ©jĂ  un autre client arrive. Mariette a prĂ©parĂ© un paquet pour Eudore un jambonneau, un litre de vin et du pain. — Pauv’ Mariette, soupire Eudore. Y avait quinze mois que je ne l’avais vue. Et quand est-ce que je la reverrai ! Et est-ce que je la reverrai ? » Eudore va partager ce colis avec ses camarades de l’escouade 131. IX. LA GRANDE COLÈRE Volpatte rentre de deux mois de convalescence, renfrognĂ©. Ses camarades lui demandent de parler. Il ne veut rien dire. AprĂšs une mĂątinĂ©e de terrassement, on se retrouve pour 132 le repas dans un boyau d’arriĂšre. Pluie torrentielle. On mange debout. Barque et Blaire interrogent Volpatte qui finit par dire ce qu’il a sur le cƓur il y a trop d’embusquĂ©s Ă  l’arriĂšre 133. Barque lui conseille de ne pas se soucier d’eux. Volpatte gronde — J’suis pas maboul tout Ă  fait, et j’sais bien qu’des mecs de l’arriĂšre, l’en faut. Qu’on aye besoin d’traĂźne-pattes, j’veux bien
 Mais y en a trop, et ces trop-lĂ , c’est toujours les mĂȘmes, et pas les bons, voilĂ  ! » Volpatte commence Ă  expliquer. Tous les planquĂ©s bien au chaud qu’il a vus dans le premier patelin oĂč on l’a envoyĂ© et qui diront ensuite qu’ils ont Ă©tĂ© Ă  la guerre Ah ! mon vieux, ruminait notre camarade, tous ces mecs qui baguenaudent et qui papelardent lĂ -dedans, astiquĂ©s, avec des kĂ©brocs et des paletots d’officiers, des bottines – qui marquent mal, quoi – et qui mangent du fin, s’mettent, quand ça veut, un cintiĂšme de casse-pattes dans l’cornet, s’lavent plutĂŽt deux fois qu’une, vont Ă  la messe, n’dĂ©fument pas et l’soir s’empaillent dans la plume en lisant sur le journal. Et ça dira, aprĂšs J’suis t’étĂ© Ă  la guerre. » Une chose a frappĂ© Volpatte ces planquĂ©s-lĂ  s’installent Ă  leur aise chez les gens au lieu de manger sur le pouce comme les soldats 134. Tant mieux pour eux », dit le voisin de Volpatte qui n’est pas content de cette remarque. Le voisin lui dit qu’il voudrait bien ĂȘtre Ă  leur place. — Pour sĂ»r, mais qu’est-ce que ça prouve, face de fesse ? D’abord, nous, on a Ă©tĂ© au danger et ce s’rait bien not’ tour. C’est toujours les mĂȘmes, que j’te dis, et pis, pa’ce qu’y a lĂ -d’dans des jeunes qu’est fort comme un bƓuf, et balancĂ© comme un lutteur, et pis pa’c’qu’y en a trop. Tu vois, c’est toujours trop » que j’dis, parce que c’est ça ». Le voisin cherche Ă  provoquer Volpatte il faut bien que quelqu’un fasse marcher les affaires 135. Le temps se calme. Volpatte parle d’un gars qu’il a rencontrĂ© dans un hĂŽpital d’évacuation et qui l’a guidĂ© dans le dĂ©pĂŽt pour lui montrer tout ce qui se passait. Mais lui n’est pas retournĂ© aux tranchĂ©es comme Volpatte. L’lendemain, i’ s’était fait coller ordonnance, pour couper Ă  un dĂ©part, vu qu’c’était son tour de partir depuis l’commencement d’la guerre ». Sur le pas de sa porte oĂč il dormait dans un lit, il passait son temps Ă  cirer les chaussures de son chef. Jamais, mon vieux, i’ n’avait Ă©tĂ© envoyĂ© sur le front, quoique de la classe 3 et un costaud bougre, tu sais. L’danger, la fatigue, la mocherie de la guerre, c’était pas pour lui, pour les autres, oui. I’ savait que si i’ mettait l’pied sur la ligne de feu, la ligne prendrait toute la bĂȘte, aussi i’ coulait de toutes les pattes pour rester sur place. On 136 avait essayĂ© de tous les moyens pour le possĂ©der, mais c’était pas vrai, il avait glissĂ© des pinces de tous les capitaines, de tous les colonels, de tous les majors, qui s’étaient pourtant bougrement foutus en colĂšre contre lui. I’ m’racontait ça. Comment qu’i’ f’sait ? I’ s’laissait tomber assis. I’ prenait un air con. I’ faisait l’saucisson. I’ d’venait comme un paquet de linge sale. J’ai comme une espĂšce de fatigue gĂ©nĂ©rale », qu’i’ chialait. On savait pas comment l’prendre et, au bout d’un temps, on le laissait tomber, i’ s’faisait vomir par tout un chacun. V’lĂ . I’ changeait sa maniĂšre aussi suivant les circonstances, tu saisis ? Qué’qu’fois, l’pied y faisait mal, dont i’ savait salement bien s’servir. Et pis, i’ s’arrangeait, l’était au courant des binaises, savait toutes les occases. Tu parles d’un mecton qui connaissait les heures des trains ! Tu l’voyais s’rentrer en s’glissant en douce dans un groupe du dĂ©pĂŽt oĂč c’était l’filon, et y rester, toujours en douce poil-poil, et mĂȘme, i’ s’donnait beaucoup d’mal pour que les copains ayent besoin de lui. I’ s’levait Ă  des trois heures du matin pour faire le jus, allait chercher de l’eau pendant que les autres bouffaient ; enfin quoi, partout oĂč i’ s’était faufilĂ©, il arrivait Ă  ĂȘtre d’la famille, c’pauv’ type, c’te charogne ! Il en mettait pour ne pas en mettre. I’ m’faisait l’effet d’un mec qu’aurait gagnĂ© honnĂȘtement cent balles avec le travail et l’emmerdement qu’il apporte Ă  fabriquer un faux billet de cinquante. Mais voilĂ  I’ raboulera sa peau, çui-lĂ . Au front, i’ s’rait emportĂ© dans l’mouvement, mais pas si bĂȘte ! I’ s’fout d’ceux qui prennent la bourre sur la terre, et i’ s’foutra d’eux plus encore quand i’s seront d’ssous. Quand i’s auront fini tous de s’battre, i’ r’viendra chez lui. I’ dira Ă  ses amis et connaissances Me v’lĂ  sain t’et sauf », et ses copains s’ront contents, parce que c’est un bon type, avec des magnes gentilles, tout saligaud qu’il est, et – c’est bĂȘte comme tout – mais c’t’enfant d’vermine-lĂ , tu l’gobes ». Il y en a beaucoup comme lui dans chaque dĂ©pĂŽt, ajoute Volpatte 137. C’est pas nouveau, ajoute Barque. Mais Volpatte n’en revient pas d’avoir vu autant de gens dans les bureaux. — Y a les bureaux ! ajouta Volpatte, lancĂ© dans son rĂ©cit de voyage. Y en a des maisons entiĂšres, des rues, des quartiers. J’ai vu que mon tout petit coin de l’arriĂšre, un point, et j’en ai plein la vue. Non, j’n’aurais pas cru qu’pendant la guerre y avait tant d’hommes sur des chaises 
 » La pluie s’arrĂȘte. On se met en marche. On entend encore le bruit de Volpatte dans le bruit des pas. Il en veut maintenant aux gendarmes. Plus on s’éloigne du front, plus on en voit. Tulacque lui aussi a une rancune contre eux. Ils embĂȘtent les gars qui essaient de se dĂ©brouiller. Un gars essaie de les dĂ©fendre 138 mais Tulacque et Volpatte insistent. Volpatte prĂ©cise que certains gendarmes pestent contre les rĂšglements qui changent sans arrĂȘt T’nez, le service prĂ©vĂŽtal ; eh bien, vous apprenez c’qui fait le principal chapitre de la chose, aprĂšs c’n’est plus ça. Ah ! quand cette guerre s’ra-t-elle finie ? » qu’i’ disait. — I’s font ce qu’on leur dit de faire, ces gens, hasarda Eudore. — Bien sĂ»r. C’est pas d’leur faute, en somme. N’empĂȘche que ces soldats de profession, pensionnĂ©s, mĂ©daillĂ©s – alors que nous, on est qu’des civils – auront eu une drĂŽle de façon de faire la guerre ». Volpatte Ă©voque un forestier qui se plaignait du traitement que leur rĂ©servaient les civils alors qu’ils avaient fait quatre ans de service Dans les on nous fait nettoyer, et enlever les ordures. Les civils voient c’traitement qu’on nous inflige et nous dĂ©daignent. Et si tu as l’air de rouspĂ©ter, c’est tout juste si on n’parle pas de t’envoyer aux tranchĂ©es, comme les fantassins ! Qu’est-ce que devient notre prestige ! Quand nous serons de retour dans les communes, comme gardes, aprĂšs la guerre – si on en revient, de la guerre – les gens, dans les communes et les forĂȘts, diront Ah ! c’est vous que vous dĂ©crottiez les rues Ă  X
 ? » 139 Lamuse a vu un gendarme qui Ă©tait juste mais qui a reconnu que certains abusaient de leur pouvoir. Un jour, Paradis a pris un gendarme pour un sous-lieutenant. Un peu plus tard, alors qu’ils sont assis le long d’un mur, Volpatte continue son dĂ©ballage. Il Ă©tait dans le bureau de la comptabilitĂ© au DĂ©pĂŽt. Il avait fait une demande pour ĂȘtre reversĂ© dans son rĂ©giment. Il tombe sur un sergent 140 en train d’engueuler un scribe pour des histoires de procĂ©dure. Il attend la fin de l’engueulade et le sergent lui dit qu’il n’a pas de temps. Il est dans tous ses Ă©tats Ă  cause de sa machine Ă  Ă©crire. Puis il s’en prend Ă  quelqu’un d’autre pour une histoire de bordereau de cartes. A cotĂ©, un autre s’occupe des circulaires. D’autres causent. Au bout de la grande table un homme 141 chargĂ© des permissions se retrouve sans rien Ă  faire depuis que la grande attaque a commencĂ© et que les permissions ont Ă©tĂ© suspendues. Il y a encore beaucoup d’autres tables dans d’autres salles. Tulacque Ă©voque le cas d’un chauffeur bien habillĂ© et galonnĂ© appuyĂ© sur une voiture. Tout le monde a son couplet sur les filoneurs ». Les exemples 
 planton au Service Routier, pis Ă  la Manute, pis cycliste au ravitaillement du XIe Groupe, porteur de pli au Service de l’Intendance, au Canevas du Tir, Ă  l’Équipage des Ponts, et le soir Ă  l’ et Ă  l’ ordonnance que les femmes 142 prenaient pour des soldats, un autre qui a fait une tournĂ©e d’confĂ©rences en AmĂ©rique avec mission du ministre.

DEVOIR: Dans cette ballade sanglante et mélancolique à la fois, Léopold Sédar Senghor nous propose une vibrante célébration des trajectoires de ses compatriotes sénégalais, tout en revendiquant le devoir de mémoire, la nécessité du ressouvenir. Senghor fait entendre sa voix pour mieux trouer à rebrousse-poil le silence de l'oubli, ajoutant un chapitre sur la France,

L’Enfer de Dante Alighieri rĂ©sumĂ© des chants de I Ă  IX. Il est 
 PlacĂ© dans un orphelinat sordide, il glisse vers la dĂ©linquance. RĂ©sumĂ©. Adolescent, il est marin et navigue sur plusieurs cargos. RĂ©sumĂ© du document. Bagarreur, il ne tarde pas Ă  s’attirer des ennuis. James, placĂ© dans un orphelinat sordide Ă  la mort de sa mĂšre, ne tarde pas Ă  tomber dans la dĂ©linquance. Aventure Roman Ecole Cherub. Mission 1 – 100 jours en enfer. À seize ans, il a dĂ©jĂ  fait le tour du monde. Sera-t-il capable de rĂ©sister 100 jours ? Cherub - 100 jours en enfer. Afficher/masquer le rĂ©sumĂ© . Le dernier jour d'un condamnĂ© est un roman Ă©crit par Victor Hugo en 1829. Password. 1. James, placĂ© dans un orphelinat sordide Ă  la mort de sa mĂšre, ne tarde pas Ă  tomber dans la dĂ©linquance. Bruce. PubliĂ© Ă  l’origine en feuilleton en 1865 dans Gil Blas puis en volume, Bel Ami relate le parcours d’initiation d’un jeune homme voulant conquĂ©rir la capitale et y rĂ©ussir. RĂ©sumĂ© chapitre XII Phileas Fogg et ses compagnons ont dĂ©cidĂ© de voyager Ă  dos d’élĂ©phant Ă  travers la jungle indienne pour gagner du pari fonctionne, car ils ont une douzaine d’heures d’avance. Le directeur de l’Incubation parcourt les longs couloirs suivis par des jeunes studieux qui interrompent ses explications, de temps Ă  autre, par des questions. AprĂšs une bagarre plus violente que d'habitude, James est renvoyĂ© de l'Ă©cole. Titre Cherub mission 1 100 jours en enfer Auteur Robert Muchamore AnnĂ©e 2004 Angleterre/2007 France Traducteur Antoine Pinchot Edition Casterman Genre Espionnage, aventure, jeunesse L'histoire Nous suivons James, un jeune garçon de onze ans qui vit avec sa mĂšre, une alcoolique, sa petite soeur Lauren et son beau-pĂšre, un homme violent. James doit suivre un Ă©prouvant programme d’entraĂźnement avant de se voir confier sa premiĂšre mission d’agent secret. 100 Jour en enfer 586 mots 3 pages Montre plus 1 Introduction J’ai choisi de vous prĂ©sentez se livre car moi il m’a Ă©normĂ©ment plus, il m’a donnĂ© le goĂ»t de la lecture moi qui limite dĂ©teste lire. Elle travaille en relation avec le M15 
 Les personnages principaux de cette chanson sont le pape CĂ©lestine V et Charon. Dans le vestibule de l’Enfer une zone qui prĂ©cĂšde le vĂ©ritable Enfer, Dante trouve les Ignavi, qu’il traite avec un profond mĂ©pris parmi eux, le pape CĂ©lestin V qui a abandonnĂ© la dignitĂ© papale, incapable de diriger l’Église. 23 FĂ©vrier 2009 2. 9782203200579. Une Ă©criture trĂšs efficace 34 7. Quel est le nom de l'orphelinat oĂč est placĂ© James ? Livraison Ă  partir de 0,01 € en France mĂ©tropolitaine. Elle reçoit la visite du garde. DĂ©but du rĂ©sumĂ© un pari comme point de dĂ©part de l’aventure. Le voyage, long de neuf jours, n'a jusqu'alors pas Ă©tĂ© trĂšs agrĂ©able pour l'adolescent. Il passera alors un test pour se faire accepter dans l’agence et pouvoir commencer le camp d’entraĂźnement de 100 jours. Victor Hugo dans ce roman traite bien Ă©videmment de la peine de mort, de la libertĂ©, de l'absence de libertĂ© et de la torture psychologique du condamnĂ© Ă  mort dans ses derniers instants. Sera-t-il capable de rĂ©sister 100 jours ? RĂ©sumĂ©. À la mort de cette derniĂšre, il est placĂ© dans un orphelinat. Remember me on this computer. TĂ©lĂ©charger le livre Cherub Tome 1 100 jours en enfer de Robert Muchamore - Éditeur Casterman Jeunesse - en version numĂ©rique. Espagne Les Éditions Casterman. Le dernier jour d'un condamnĂ© est un roman Ă©crit par Victor Hugo en 1829. Il est alors recrutĂ© par CHERUB, une mystĂ©rieuse organisation gouvernementale. RĂ©sumĂ© des chapitres Candide Chapitre I La Vesphalie, le paradis Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le jeune Candide, docile et ingĂ©nu. Retour sous 15 jours. RĂ©sumĂ© du document. Il est alors recrutĂ© par CHERUB et va suivre un Ă©prouvant programme d'entraĂźnement avant de se voir confier sa premiĂšre mission d'agent secret. Guy de Maupassant, Bel Ami rĂ©sumĂ© chapitre par chapitre, personnages et analyse. Chapitre 1. Un homme est introduit dans un salon sans fenĂȘtre et sans issue. Ce programme comprend des parcours combats, des stages de survie dans la forĂȘt, et d’autres types d’épreuves mettant les qualitĂ©s physiques et morales Ă  l’épreuve. Les participants Objet Une lecture captivante mais prĂ©visble ChĂšre Madame, DerniĂšrement, jÊŒai fait la lecture du roman 100 jours en enfer. Des paris sont faits dans tout le royaume. Les aventures de James sont menĂ©es tambour battant, sans nĂ©gliger la psychologie ni les questionnements d’un prĂ©-adolescent confrontĂ© Ă  des choix graves. 100 Jours en enfer. Sera-t-il capable de rĂ©sister 100 jours ? 46 avis - 46 sur les autres formats . 100 jours en enfer Cherub Mission ; 1 James, 11 ans, n’a pas grandi dans un environnement favorisĂ© pĂšre inconnu, mĂšre alcoolique. Lisez votre ebook - Cherub Tome 1 100 jours en enfer - sur votre liseuse oĂč que vous soyez - - Furet du Nord Yves Pinguilly est nĂ© Ă  Brest en 1944. Ils n'arrivaient pas tous Ă  la fin du voyage. Portrait 
 1. 9782203200555. Le rĂ©cit s’ouvre sur un jeune homme marchant dans la nuit, sous un “ciel sans Ă©toiles”. RĂ©sumĂ© James n’a que 12 ans lorsque sa vie tourne au cauchemar. 3 coups de cƓur des libraires. À Greendale, Sabrina s'essaie Ă  une nouvelle activitĂ© et honore une mission dĂ©rangeante. Il a des notes catastrophiques. Fantine coupa donc ses magnifiques cheveux blonds. A l'intĂ©rieur, le garçon a une sensation Ă©trange de dĂ©jĂ -vu et pire, il entend la Voix, perceptible aussi par son protecteur. Edition NATHAN Romans de la mĂ©moire Biographie de l’auteur. Les 100 The 100 en V,O est le premier roman de la sĂ©rie littĂ©raire Les 100 de Kass Morgan,PubliĂ© le 3 septembre 2013 en version originale par la maison d’édition Little, Brown and Company, puis en version française traduit par Fabien Le Roy le 23 janvier 2014 par les Éditions Robert Laffont,, RĂ©sumĂ©, Pour les rĂ©sumĂ©s des chapitres, voir /RĂ©sumĂ©, 100 Jours En Enfer 2. À seize ans, il a dĂ©jĂ  fait le tour du monde. Pendant que James attend Lauren, des mĂšres de famille lui passent une commande pour sa mĂšre. 0 vote . Mais son soulagement est de courte durĂ©e. Sera-t-il capable de rĂ©sister 100 jours ? Question 1/16. RĂ©sumĂ© du tome 1 James, placĂ© dans un orphelinat sordide Ă  la mort de sa mĂšre, ne tarde pas Ă  tomber dans la dĂ©linquance. Le meilleur des mondes dĂ©bute par une visite guidĂ©e d’étudiants au Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. John. Adam ne s'intĂ©resse qu'Ă  Cathy. Il est alors recrutĂ© par CHERUB et va suivre un Ă©prouvant programme d'entraĂźnement avant de se voir confier sa premiĂšre mission d'agent secret. La jeune femme a Ă©tĂ© condamnĂ©e pour avoir tuĂ© un garde, une trahison sur la Colonie. Mais pour la 1re fois, il dĂ©couvre le sourire de son pĂšre, car la moisson s'annonçait excellente et il n'y avait d'yeux que pour ses terres. rĂ©volutionnaire, pour rĂ©parer l’injustice et combattre l’esclavage des ouvriers. RĂ©sumĂ© James Choke est un garçon un peu mal dans sa peau. 54 votes . Clarke Griffin est enfermĂ©e Ă  l'Isolement. Sa mĂšre, malade et obĂšse, est riche d'argent mal acquis, son beau-pĂšre le 
 poop sr tkelekecdx rrb pch xc journal des travaux dela societe historique algerienne par les membres de la societe sous la direction du president publication honoree de souscriptions du ministre de l’ instruction publique, du gouvernement general db l’algerie des conseils generaux des departements d’alger et d’oran. La premiĂšre bande dessinĂ©e CHERUB ! 1930 misĂšre, Ă©pidĂ©mie + description de sa petite famille. Un tirailleur en enfer. La jeune femme a Ă©tĂ© condamnĂ©e pour avoir tuĂ© un garde, une trahison sur la Colonie. Cherub est un dĂ©partement ultrasecret des services de renseignement britanniques composĂ© d'agents agĂ©s de 10 Ă  17 ans. 100 jours en enfer a Ă©tĂ© Ă©crit en 2003. 100 jours en enfer - Chapitre 2 Modifier RĂ©sumĂ© Lauren James attend sa sƓur devant son Ă©cole. Salina aime le jeune Kano mais c'est Ă  son frĂšre, Saro, que le clan Djimba veut la marier. Date de publication 2003. + d' un million et demi de livres disponibles. 1 . CHERUB, une organisation trĂšs spĂ©ciale 11 2. AprĂšs une bagarre plus violente que d’habitude, James est renvoyĂ© de l’école. CHERUB Tome 1 - 100 Jours en enfer Tome 1 BD Tome 2 - Trafic Tome 2 BD Tome 3 - Arizona Max Tome 4 - Chute libre Tome 15 - Black Friday Tome 16 - Hors-la-loi Tome 17 - Commando Adams Henderson's Boys Tome 1 - L'Ă©vasion Tome 2 - Le jour de l'aigle Tome 3 - L'ArmĂ©e secrĂšte Tome 4 - OpĂ©ration U-Boot Tome 5 - Le prisonnier Tome 6 - Tireurs d'Ă©lite Feuilleter Format Poche. Lire, dire et penser la transgression Ă  la lumiĂšre des supplices . MatĂ©riel autorisĂ© seulement le dictionnaire pour corriger votre français Ă©crit. Nouveau membre. Une mĂšre obĂšse, dĂ©pressive et dĂ©linquante, un pĂšre alcoolique disparu de longue date, un avenir sans issue. Il se prĂ©parait pour la moisson. Ils n'avaient pas Ă  boire, ni Ă  manger. Yves Pinguilly est nĂ© Ă  Brest en 1944. Au dĂ©but, certains pensent que Fogg peut gagner, mais au bout de cinq jours, seuls 
 Mais Ron est un moins que rien, qui passe son temps Ă  soutirer de l’argent Ă  sa mĂšre. Playing via Spotify Playing via YouTube. RĂ©sumĂ© NĂ© de pĂšre inconnu, James vit avec Lauren sa demi-sƓur et une mĂšre obĂšse et alcoolique, dans la banlieue londonienne. Les antibiotiques qu’utilisent les agriculteurs et agricultrices Ă  travers le monde pour Ă©viter que leurs animaux ne soient mal Ce roman d’espionnage haletant a un cĂŽtĂ© si rĂ©aliste qu’il est difficile de croire que l’unitĂ© envoyant des enfants en mission dangereuse n’a pas existĂ©. Kyle est le meilleur ami de James. AprĂšs une bagarre plus violente que d’habitude, James est renvoyĂ© de l’école. MalgrĂ© ça, j’ai lu tout les livres a chaque intriguĂ© par qu’elle sera leur prochaine mission. Montre plus. Trois hĂ©ros d’Arizona Max 22 4. M. miss1995. 0 / 5. Époque contemporaine de celle de l’auteur, 1872. 100 jours en enfer
 Le hĂ©ros du rĂ©cit de Voyage de Jules Verne s’appelle Phileas Fogg. PlacĂ© dans un orphelinat sordide, il glisse vers la dĂ©linquance. Titre Verdun 1916. Cet examen est axĂ© sur votre comprĂ©hension de la littĂ©rature du XIXe siĂšcle. Chapitre 1 Candide, dont le nom traduit Ă  la fois la naĂŻvetĂ© et la crĂ©dulitĂ©, vit auprĂšs de la cour d'un magnifique chĂąteau situĂ© en Westphalie rĂ©gion d'Allemagne. Chapitre 4 Le jour de paie, les ouvriers constatent la baisse de leurs salaires. Le chant de l’Enfer, qui fait partie du vaste poĂšme “La Divine ComĂ©die”, de Dante Alighieri, commence par le cĂ©lĂšbre vers “Au milieu de la marche de notre vie, je me suis retrouvĂ© dans une forĂȘt sombre, que le droit chemin Ă©tait perdu”. Jules Verne, Le Tour du Monde en quatre-vingts jours rĂ©sumĂ© chapitre par chapitre Chapitre I Dans lequel Phileas Fogg et Passepartout s’acceptent rĂ©ciproquement, l’un comme maĂźtre, l’autre comme domestique. Cherub mission ; 100 jours en enfer - James, placĂ© dans un orphelinat sordide Ă  la mort de sa mĂšre, ne tarde pas Ă  tomber dans la dĂ©linquance. 100 jours en enfer. RĂ©sumĂ© James, onze ans, a une sale vie bien qu'il ne manque de rien. 100 jours en enfer
 Le Centre Alabama . JEAN-PAUL SARTRE, HUIS CLOS RESUME SCENE PAR SCENE. ISBN 2-85203-100-0 La farce de MaĂźtre Pierre Pathelin farce anonyme, entre 1464 et 1469, texte Ă©tabli et traduit, introduction, notes, bibliographie, chronologie et index par Jean Dufournet. 100 jours en enfer - Chapitre 1 Modifier RĂ©sumĂ© Un simple accident Suite Ă  de nombreuses moqueries concernant le poids de sa mĂšre de la part de Samantha Jennings, James Choke la saisit par le col et la plaque contre le mur de la salle de classe. 100 jours en enfer. 334 mots 2 pages. Chapitre 1. Ce quiz a Ă©tĂ© proposĂ© par arthurdu46, nÂŽhĂ©sitez pas Ă  lui envoyer un message pour vos remarques ou remerciements. Des enfants et des adolescents en premiĂšre ligne 17 3. Il a Ă©tĂ© diffusĂ© pour la premiĂšre fois le 24 janvier 2020 sur Netflix. Ce tome a Ă©tĂ© adaptĂ© en bande dessinĂ©e, parue le 11 avril 2012 en France. Une Ă©dition collector en tirage limitĂ© a Ă©tĂ© publiĂ©e le 6 novembre 2013 par Casterman. Cette Ă©dition inclut des documents confidentiels, tels que des ordres de mission, les plans du campus ou encore des scĂšnes coupĂ©es. RĂ©sumĂ© Chapitre V Le chapitre V se concentre sur le retentissement, le bruit que produit le pari de Fogg en Angleterre quelques jours aprĂšs son dĂ©part. Clarke pense qu'il s'agit lĂ  de son heure elle sera bientĂŽt exĂ©cutĂ©e. Titre Cherub mission 1 - 100 jours en enfer; Auteur Robert Muchamore; Titre original The recruit; ISBN 9782203002029; Éditeur Casterman; AnnĂ©e de publication 2004; Nombre de pages 320 pages; Niveau de difficultĂ© dĂ©butant ; Public cible 12 ans et plus; Genre Aventure; Mots-clĂ©s Espionnage, AmitiĂ©, École; Fiche technique. × Close Log In. Le baron de Thunder-ten-tronckh, l’ un des plus puissants seigneurs de la Vestphalie », et probablement son oncle, l’a accueilli dans un chĂąteau protĂ©gĂ© et clos, qui fait rempart Ă  toute violence extĂ©rieure. je me suis taper une bĂąche et j'ai Ă©tĂ© coller et en punition rĂ©sumĂ© les 6 chapitre 1 par 1 si vous conĂ©sĂ© un site ou il y a des rĂ©sumĂ© chapitre par chapitre le livre c'est "le bal" de IrĂšne NĂ©mirovsky merci . Lorsque sa mĂšre meurt assomĂ©e par les barbituriques, James, placĂ© dans un orphelinat, sombre encore un peu plus. La presse, les journaux du pays s’emparent de l’histoire, discutent des chances de succĂšs. 100 jours en enfer - Chapitre 1 Un simple accident 100 jours en enfer - Chapitre 2 Lauren 100 jours en enfer - Chapitre 3 Rouge sang 100 jours en enfer - Chapitre 4 Seuls au monde 100 jours en enfer - Chapitre 5 La chasse au trĂ©sor 100 jours en enfer - Chapitre 6 Kyle 100 jours en enfer - Chapitre 7 Sur le divan 100 jours en enfer - Chapitre 8 Joyeux anniversaire 100 
 Temps de lecture 2 min — RepĂ©rĂ© sur Wired. Romans dĂšs 13 ans par sĂ©rie; Cherub; 100 jours en enfer; Cherub - Mission 1, Edition 2019 100 jours en enfer Voir aussi Cherub Robert Muchamore Auteur Antoine Pinchot Traduction Paru le 29 mai 2019 Roman adolescent dĂšs 13 ans Poche 5. C’est un gentleman anglais qui a pariĂ© avec ses amis du Reform Club qu’il pourrait faire le tour du monde en 80 jours. Ce livre est un roman d’espionnage fantastique. Date de publication 2003. Cherub Tome 1100 jours en enfer. Elle a eu un autre enfant avec Ron, une fille, Lauren, que James adore. En rĂ©sumĂ© ils Ă©taient traitĂ©s comme des bĂȘtes. 100 jours en enfer... RĂ©sumĂ© chapitre par chapitre Ordre de mission pour l'affaire Solomon Gold Ă©pisode de la villa Ordre de mission de James Adams ScĂšnes coupĂ©es Adolescent, il est marin et navigue sur plusieurs cargos. C’est un gentleman anglais qui a pariĂ© avec ses amis du Reform Club qu’il pourrait faire le tour du monde en 80 jours. Personnage principale James Shoke. Cette organisation a Ă©tĂ© créée aprĂšs la seconde guerre mondiale en 1946. Enter the email address you signed up with and we'll email you a reset link. Sera-t-il capable de rĂ©sister 100 jours ? Les mineurs dĂ©linquants face Ă  la loi 26 5. Un tirailleur en enfer. or. Ewart. Auteur Yves Pinguilly. Londres, logement de Phileas Fogg 7 Saville-row. Avantages Objet Une lecture captivante mais prĂ©visble ChĂšre Madame, DerniĂšrement, jÊŒai fait la lecture du roman 100 jours en enfer. Il se compose de 49 chapitres et seulement 97 pages. Read about 100 jours en enfer by Chapitre 17 and see the artwork, lyrics and similar artists. Galates 2/16 NĂ©anmoins, sachant que ce n’est pas par les Ɠuvres de la loi que l’homme est justifiĂ©, mais par la foi en JĂ©sus ... beaucoup de choses et particuliĂšrement pour votre vie de tous les jours. Heureusement pour lui, au lieu d’ĂȘtre puni, il sera plutĂŽt recrutĂ© par CHERUB, une agence d’espionnage. Le rĂ©sumĂ© de la 1Ăšre partie du tome 9 d’Outlander Un Essaim d’Abeilles dans la Carcasse d’un Lion Chapitre 1 Les MacKenzie sont lĂ  The MacKenzies Are Here. Ferme Ă  Vendre Hectares Cantal, Comment Rattacher Mon Conjoint Ă  Ma Carte Vitale, Le Barbier De SĂ©ville RĂ©sumĂ© ScĂšne Par ScĂšne, Maison De L'avocat Limoges, Piscine Municipale Le Pradet, SynthĂšse Dissertation,
RĂ©sumĂ©de l’éditeur : Il met en scĂšne deux tirailleurs sĂ©nĂ©galais pendant la 1Ăšre guerre mondiale. Il s’agit d’un livre Ă©poustouflant, dont l’écriture incantatoire vous entraĂźne dans la folie du narrateur. Folie autorisĂ©e, folie inacceptable, horreur de ces jeunes gens jetĂ©s comme chair Ă  canon, ce roman incarne la guerre, incarne la vie de ces hommes oubliĂ©s. Chose
ï»żRĂ©ponsebonjour je ne sais pas si cela peut t'aider mais j'ai pris ce resumer je n'ai jamais lu ce livre, aprĂšs tu a sĂ»rement un resumer derriĂšre ton livre. Explications A travers l’histoire de Tierno, un jeune homme peulh de dix-sept ans originaire du Fouta-djalon, une rĂ©gion de l’actuelle rĂ©publique de GuinĂ©e, Yves Pinguilly retrace le destin de ces 600 000 Africains arrachĂ©s Ă  leur famille, leur village, leurs traditions, et propulsĂ©s dans l’enfer des combats. Nous sommes en 1915, Tierno fait la fiertĂ© de sa famille parce qu’il a le privilĂšge de pouvoir poursuivre ses Ă©tudes Ă  Dakar, mais lĂ , il sera embarquĂ© de force, en compagnie d’Aboubacar, un Soussou qui devient son ami, par un recruteur, Ă  destination du sud de la France oĂč, comme lui, des milliers de jeunes Africains vont apprendre Ă  faire la guerre avant de faire la guerre ». Puis ce sera l’horreur de Verdun, la boue, les tranchĂ©es, la peur, la mort des camarades et les hommes qu’il faut tuer pour se sauver soi-mĂȘme. soirĂ©e !!
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