EnrĂ©sumĂ©, je disposais de deux Arabo-BerbĂšres illettrĂ©es, dâun garçon de cafĂ© et dâun gourbi quâil fallait, par un coup de baguette magique, transformer en infirmiĂšres, infirmier et dispensaire. Et moi, le magicien, jâĂ©tais un Ă©tudiant en mĂ©decine en fin de cinquiĂšme annĂ©e. Au dĂ©but, tout se passa bien. Les consultations du dispensaire attirĂšrent beaucoup de monde1. Introduction 2. CaractĂ©risation textuelle du roman et du texte narratif Le genre roman » petits rappels Le schĂ©ma narratif au service du rĂ©sumĂ© dâun texte narratif 3. DiffĂ©rents types de rĂ©sumĂ©s de textes narratifs 3. 1 Le rĂ©sumĂ© promotionnel Le rĂ©sumĂ© dâĂ©tape 4. Quelques caractĂ©ristiques linguistiques et stylistiques des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs Le temps des verbes Exercice no 1 passĂ© composĂ© ou plus-que-parfait Le style 5. Applications rĂ©dactionnelles et exercices Ă partir de deux extraits de romans Autour de la syntaxe dans Lâextraordinaire voyage du fakir⊠Exercice no 2 la structure thĂ©matique de la phrase Autour du vocabulaire dans Lâextraordinaire voyage du fakir⊠Exercices no 3 et no 4 les synonymes Exercice no 5 le genre des noms RĂ©sumĂ© guidĂ© du dĂ©but de Lâextraordinaire voyage du fakir⊠RĂ©sumĂ©s guidĂ©s du dĂ©but de ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs La dame blonde Analyser le fonctionnement narratif dâun roman dâaventures Identifier les fonctions des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs DĂ©crire la construction du rĂ©sumĂ© dâun texte narratif selon sa fonction Appliquer des structures syntaxiques aidant Ă rĂ©sumer Faire des choix stylistiques appropriĂ©s au type de rĂ©sumĂ© recherchĂ© Produire des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs rĂ©pondant Ă des critĂšres donnĂ©s Dans le chapitre 1, il a Ă©tĂ© Ă©tabli quâun rĂ©sumĂ© est fonction de sa finalitĂ© pour qui et pourquoi lâĂ©crit-on ? Dans ce deuxiĂšme chapitre, nous travaillerons le rĂ©sumĂ© de textes narratifs en prenant comme matĂ©riau de dĂ©part des chapitres de romans dâaventures. Nous analyserons des rĂ©sumĂ©s de textes narratifs ainsi que des chapitres de romans avant de proposer des tĂąches de rĂ©sumĂ©s. Le genre roman » petits rappels On peut dĂ©finir le genre roman » novel par les traits suivants. Câest un texte littĂ©raire narratif un rĂ©cit de fiction /fictionnel tous les textes narratifs ne sont pas des fictions dâune certaine longueur plus long que la nouvelle, ou short story en anglais ancrĂ© dans une culture, une Ă©cole littĂ©raire ancrĂ© dans un sous-genre mĂȘme si certains romans sont inclassables » roman historique, roman dâamour, roman policier, thriller psychologique, roman dâaventures⊠Le roman dâaventures est un genre regroupant divers types de rĂ©cits oĂč le hĂ©ros, souvent masculin, vit des aventures jonchĂ©es de pĂ©ripĂ©ties qui le mettent rĂ©guliĂšrement en danger. Le rĂ©alisme des situations y est dĂ©laissĂ© au profit dâune trame remplie dâintrigues et de suspense. Ă la fin, il convient que la morale soit sauve et que le bien lâemporte sur le mal. Dans les littĂ©ratures francophone et anglophone, ce genre littĂ©raire a connu ses heures de gloire Ă la fin du XIXe siĂšcle et dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle; on pense notamment Ă des auteurs comme Jules Verne ou Joseph Conrad, ou encore Alexandre Dumas plus tĂŽt au XIXe siĂšcle. Le roman dâaventures a donnĂ© naissance Ă des sous-genres comme le roman policier, avec de nouveaux hĂ©ros populaires parmi lesquels les cĂ©lĂšbres Hercule Poirot dâAgatha Christie, Sherlock Holmes de Conan Doyle et ArsĂšne Lupin de Maurice Leblanc. Le schĂ©ma narratif au service du rĂ©sumĂ© dâun texte narratif Comme narration fictionnelle, le roman est codifiĂ© dans sa structure. Dans les romans grand public, ce sont gĂ©nĂ©ralement les pĂ©ripĂ©ties qui sont le moteur de lâintĂ©rĂȘt du lecteur sâil ne se passe rien, lâintĂ©rĂȘt tombera pour la majoritĂ© des lecteurs. Durant vos Ă©tudes secondaires, vous avez dâailleurs sans doute Ă©tudiĂ© le schĂ©ma narratif » classique Situation initiale ĂlĂ©ment perturbateur PĂ©ripĂ©ties DĂ©nouement ou Ă©lĂ©ment de rĂ©solution Situation finale Ce schĂ©ma aide Ă dĂ©coder le texte, Ă prĂ©voir la suite du rĂ©cit. Il correspond au script attendu Ă partir dâune situation initiale, quelque chose survient qui entraĂźne une sĂ©rie dâĂ©vĂ©nements et de rebondissements qui trouvent leur rĂ©solution, ce qui amĂšne Ă la fin du roman. On peut sâappuyer sur ce schĂ©ma pour construire un rĂ©sumĂ©. Prenons RomĂ©o et Juliette, de Shakespeare, que vous avez sans doute Ă©tudiĂ© au niveau secondaire Situation initiale Deux grandes familles de VĂ©rone, les Capulet et les Montaigu, sâopposent dans une rivalitĂ© fĂ©roce. ĂlĂ©ment perturbateur RomĂ©o un Montaigu tombe amoureux de Juliette une Capulet, ce qui dĂ©clenchera toute une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties. PĂ©ripĂ©ties Ils se marient secrĂštement, ce qui provoquera un enchaĂźnement dâĂ©vĂ©nements, qui culmineront avec la pseudo-mort de Juliette. DĂ©nouement ou Ă©lĂ©ment de rĂ©solution Ce voyant, RomĂ©o se tue. Juliette, Ă son rĂ©veil, voit RomĂ©o mort et, patatras !, se tue aussi. Situation finale Les deux familles se rĂ©concilient. Ce dĂ©coupage en cinq Ă©tapes rĂ©sume lâensemble de la trame narrative, mais ne donne pas particuliĂšrement envie de lire RomĂ©o et Juliette. Le rĂ©sumĂ© est strictement utilitaire on en trouvera sur WikipĂ©dia une version plus longue, qui permet de connaĂźtre lâĆuvre sans lâavoir lue ou vue, comme piĂšce ou en film dĂ©rivĂ©. Si lâon rĂ©sume pour faire mousser lâintĂ©rĂȘt » â pour donner lâenvie dâaller voir la piĂšce, par exemple â on emploiera une langue plus dramatique, un vocabulaire plus riche, plus emphatique, un ton plus interactif, et on nâinsistera pas sur le dĂ©nouement qui, de surcroĂźt, dans ce cas-ci, est connu de tous. Comme nous voulons travailler lâexpression dâun dĂ©roulement dâactions, nous nous concentrerons sur les romans dâaventures , forts en pĂ©ripĂ©ties et rebondissements. Le but est de vous aider Ă acquĂ©rir des savoir-faire rĂ©dactionnels essentiels pour mettre en rĂ©cit un enchaĂźnement dâactions de bonnes reprises, de bons marqueurs chronologiques et une utilisation judicieuse du passĂ© composĂ© pour marquer lâaccompli, ainsi que du plus-que-parfait pour marquer lâantĂ©rioritĂ© par rapport Ă un fait passĂ©. Le rĂ©sumĂ© promotionnel Prenons le cas du best-seller français Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Sur le site de lâĂ©diteur original, Le Dilettante, on trouve le rĂ©sumĂ© suivant, qui, manifestement, vise Ă donner envie de lire le livre RĂ©sumĂ© Premier roman de la RĂ©vĂ©lation de la RentrĂ©e 2013 Romain PuĂ©rtolas Il Ă©tait une fois Ajatashatru Lavash Patel Ă prononcer, selon les aptitudes linguales, jâarrache ta charrue » ou achĂšte un chat roux », un hindou de gris vĂȘtu, aux oreilles forĂ©es dâanneaux et considĂ©rablement moustachu. Profession fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou dĂ©barque un jour Ă Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode dâemploi Ikea, et ce aux fins dây renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur un lit Ă clous. Taxi arnaquĂ©, porte franchie et commande passĂ©e dâun modĂšle deux cents pointes Ă visser soi-mĂȘme, trouvant la succursale Ă son goĂ»t, il sây installe, sây lie aux chalands, notamment Ă une dĂ©licieuse Marie RiviĂšre qui lui offre son premier choc cardiaque, et sây fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire⊠expĂ©diĂ©e tout de go au Royaume-Uni en camion. Digne vĂ©hicule quâil partage avec une escouade de Soudanais clandestins. ApprĂ©hendĂ©s en terre dâAlbion, nos hĂ©ros sont mis en garde Ă vue. RĂ©expĂ©diĂ© en Espagne comme ses compĂšres, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aĂ©roport de Barcelone, le taxi flouĂ© Ă qui il Ă©chappe Ă la faveur dâun troisiĂšme empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain⊠et romancier lâattente en soute Ă©tant longue et poussant Ă lâĂ©criture. ProtĂ©gĂ© de lâactrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de lâair, empruntant une montgolfiĂšre pour se retrouver dans le golfe dâAden puis, cargo aidant, Ă Tripoli. Une odyssĂ©e improbable qui sâachĂšvera festivement en France oĂč Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat dâeuphorie cosmopolite. Sur le mode rebondissant des pĂ©riples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la premiĂšre fois dans votre ville, Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais. Le rĂ©sumĂ© ci-dessus rend compte de toutes les Ă©tapes du schĂ©ma narratif ou presque Situation initiale Un fakir hindou dĂ©barque Ă lâaĂ©roport Roissy Ă Paris pour aller acheter un lit Ă clous Ă IKEA. ĂlĂ©ment perturbateur Il se rend Ă IKEA en taxi, mais arnaque le chauffeur. PĂ©ripĂ©ties Il rencontre une jolie femme, Marie quâil arnaque aussi un peu, et passe la nuit dans le magasin parce quâil nâa pas dâargent pour aller ailleurs. Quand des employĂ©s surviennent, il se cache dans une armoire⊠Lâarmoire part pour lâAngleterre et Ajatashatru Lavash Patel commence ainsi un tour dâEurope, avec une pointe en Afrique, durant lequel il connaĂźt une sĂ©rie dâaventures plus rocambolesques les unes que les autres. DĂ©nouement ou Ă©lĂ©ment de rĂ©solution De retour en France, il retrouve Marie⊠et le chauffeur de taxi. Situation finale Il se marie avec Marie. Si le rĂ©sumĂ© » de lâĂ©diteur rend bien compte de toutes les Ă©tapes du schĂ©ma narratif, son but est Ă©videmment de susciter un plaisir de lecture par le recours Ă des effets de style reposant surtout sur la cocasserie, Ă commencer par cet hindou de gris vĂȘtu, aux oreilles forĂ©es dâanneaux et considĂ©rablement moustachu », formulation qui peut notamment Ă©voquer le grand mĂ©chant loup aux grandes oreilles et bien velu de plusieurs contes. Au-dessus de ce rĂ©sumĂ©, la maison dâĂ©dition Le Dilettante prĂ©sente le roman dâune façon plus analytique, mais qui rĂ©sume aussi Un voyage low-cost ⊠dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de lâEurope et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire dâamour plus pĂ©tillante que le Coca-Cola, un Ă©clat de rire Ă chaque page mais aussi le reflet dâune terrible rĂ©alitĂ©, le combat que mĂšnent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siĂšcle, sur le chemin des pays libres. On trouve dans ces quelques lignes le pĂ©riple en Europe et en Afrique, les aventures, lâhistoire dâamour, le ton du rĂ©cit et le message que lâauteur veut vĂ©hiculer. Un rĂ©sumĂ© extrĂȘme » donc, auquel se combine un commentaire Ă©valuatif. Câest le genre de texte quâon lit souvent sur la quatriĂšme de couverture » lâarriĂšre du livre, oĂč lâon prĂ©sente le propos de lâouvrage ou encore des commentaires de critiques littĂ©raires. Les prĂ©sentations de films, dans des programmes, prennent aussi cette forme trĂšs succincte avec ou sans commentaire Ă©valuatif. Le rĂ©sumĂ© dâĂ©tape Un rĂ©sumĂ© narratif peut ne couvrir quâune partie du rĂ©cit. Dans les histoires sĂ©rialisĂ©es, on rĂ©sume souvent lâĂ©pisode prĂ©cĂ©dent au dĂ©but de lâĂ©pisode quâon aborde. Cette forme Ă©tait courante dans les romans en feuilletons ou romans-feuilletons » du XIXe siĂšcle, qui Ă©taient publiĂ©s dans les journaux; en anglais, on pensera Ă Dickens; en français, Ă Alexandre Dumas, Ă HonorĂ© de Balzac, Ă EugĂšne Sue moins connu aujourdâhui et aux cĂ©lĂšbres aventures de Rocambole, le personnage haut en couleur des Drames de Paris de Ponson du Terrail, quâon connaĂźt surtout maintenant par lâadjectif rocambolesque » adjectif dâailleurs souvent utilisĂ© pour dĂ©crire Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Le rĂ©sumĂ© dâun Ă©pisode prĂ©cĂ©dent est Ă©galement courant dans les sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es et les websĂ©ries. On retrouve aussi des rĂ©sumĂ©s de lâĂ©pisode prĂ©cĂ©dent ou encore du chapitre Ă venir en tĂȘte de chapitre dans des Ćuvres diverses. Si vous avez lu Candide de Voltaire ou Gulliverâs Travels de Jonathan Swift, vous vous souviendrez peut-ĂȘtre dây avoir vu des rĂ©sumĂ©s en tĂȘte de chapitre Chapitre troisiĂšme. Comment Candide se sauva dâentre les Bulgares, et ce quâil devint Rien nâĂ©tait si beau, si leste, si brillant, si bien ordonnĂ© que les deux armĂ©es. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle quâil nây en eut jamais en enfer. Les canons renversĂšrent dâabord Ă peu prĂšs six [âŠ] CHAPTER I. THE AUTHOR GIVES SOME ACCOUNT OF HIMSELF AND FAMILY HIS FIRST INDUCEMENTS TO TRAVEL. HE IS SHIPWRECKED, AND SWIMS FOR HIS LIFE; GETS SAFE ASHORE IN THE COUNTRY OF LILLIPUT; IS MADE A PRISONER, AND CARRIED UP THE COUNTRY. My father had a small estate in Nottinghamshire; I was the third of five sons. He sent me to Emmanuel College in Cambridge at fourteen years old, where I resided three years, and applied myself close to my studies; but the charge of maintaining me, although I had a very scanty allowance, being too great for a narrow fortune, I was bound apprentice to Mr. James Bates, an eminent surgeon in London, with whom I continued four years; and my father now and then sending me small sums of money, I laid them out in learning navigation, and other parts of the mathematics useful to those who intend to travel, as I always believed it would be, some time or other, my fortune to do. PremiĂšre partie, chapitre un LâAUTEUR REND UN COMPTE SUCCINCT DES PREMIERS MOTIFS QUI LE PORTĂRENT Ă VOYAGER. IL FAIT NAUFRAGE ET SE SAUVE Ă LA NAGE DANS LE PAYS DE LILLIPUT. ON LâENCHAĂNE ET ON LE CONDUIT EN CET ĂTAT PLUS AVANT DANS LES TERRES. Mon pĂšre, dont le bien, situĂ© dans la province de Nottingham, Ă©tait mĂ©diocre, avait cinq fils jâĂ©tais le troisiĂšme, et il mâenvoya au collĂšge dâEmmanuel, Ă Cambridge, Ă lâĂąge de quatorze ans. Jây demeurai trois annĂ©es, que jâemployai utilement. Mais la dĂ©pense de mon entretien au collĂšge Ă©tait trop grande, on me mit en apprentissage sous M. Jacques Bates, fameux chirurgien Ă Londres, chez qui je demeurai quatre ans. Mon pĂšre mâenvoyant de temps en temps quelques petites sommes dâargent, je les employai Ă apprendre le pilotage et les autres parties des mathĂ©matiques les plus nĂ©cessaires Ă ceux qui forment le dessein de voyager sur mer, ce que je prĂ©voyais ĂȘtre ma destinĂ©e. Les romans-feuilletons recouraient aussi le plus souvent Ă ces rĂ©sumĂ©s en tĂȘte de chapitre ou feuilleton. Voici par exemple un rĂ©sumĂ© dâun chapitre du FantĂŽme de lâopĂ©ra, de Gaston Leroux Chapitre 8. OĂč MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin ont lâaudace de faire reprĂ©senter Faust » dans une salle maudite » et de lâeffroyable Ă©vĂ©nement qui en rĂ©sulta. Mais le samedi matin, en arrivant dans leur bureau, les directeurs trouvĂšrent une double lettre de F. de lâO. ainsi conçue Mes chers directeurs, Câest donc la guerre ? Si vous tenez encore Ă la paix, voici mon ultimatum. Il est aux quatre conditions suivantes 1° Me rendre ma loge â et je veux quâelle soit Ă ma libre disposition dĂšs maintenant ; 2° Le rĂŽle de Marguerite » sera chantĂ© ce soir par Christine DaaĂ©. Ne vous occupez pas de la Carlotta qui sera malade ; Dans ces trois cas Candide, Gulliverâs Travels, Le fantĂŽme de lâopĂ©ra, le rĂ©sumĂ© prĂ©sente le chapitre qui commence. Dans dâautres cas, par exemple dans les petits romans du magazine pour enfants Jâaime lire, câest le chapitre prĂ©cĂ©dent qui est rĂ©sumĂ© afin de permettre Ă lâenfant de fractionner sa lecture sâil le souhaite[1] ». Ainsi, en tĂȘte du chapitre 2 du roman Sur la trace du blaireau perdu de CĂ©line Claire, trouve-t-on le rĂ©sumĂ© suivant du premier chapitre Manon et Alex viennent de rejoindre Tonton Jacques Ă vĂ©lo. Il leur montre sa dĂ©couverte un blaireau blessĂ© au bord de la route⊠Jâaime lire, no 459 bis, 2015 Comme on le voit, on peut rĂ©sumer un texte narratif ou un extrait de texte narratif de bien des façons selon la finalitĂ© du rĂ©sumĂ©. Voyons maintenant quelques caractĂ©ristiques linguistiques et stylistiques essentielles du rĂ©sumĂ© du texte narratif. Le temps des verbes Le temps le plus communĂ©ment employĂ© pour rĂ©sumer une narration est le prĂ©sent narratif. Pourquoi ? Parce que le rĂ©sumĂ© nâest pas la narration mĂȘme. DâoĂč la difficultĂ© Ă rĂ©diger le rĂ©sumĂ© au passĂ© simple, qui est un temps du rĂ©cit, un temps qui distancie[2]. Or, le rĂ©sumĂ© dâun texte narratif fonctionne comme un dialogue direct avec le lecteur. MĂȘme le passĂ© composĂ© est difficile on ne raconte pas quelque chose qui est arrivĂ©, on rend compte dâune histoire fictive, comme si on y Ă©tait; le prĂ©sent narratif ou prĂ©sent historique crĂ©e cet effet. Bien Ă©videmment, on aura tout de mĂȘme besoin du passĂ© composĂ© et parfois du plus-que-parfait pour relater des faits antĂ©rieurs Ă ceux qui construisent la chaĂźne narrative de base du rĂ©sumĂ©. Câest bien le prĂ©sent qui est utilisĂ© dans le rĂ©sumĂ© long de Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA ⊠dĂ©barque un jour Ă Roissy, ⊠sây installe⊠nos hĂ©ros sont mis en garde Ă vue prĂ©sent passif ⊠à qui il Ă©chappe ⊠il joue une nouvelle fois la fille de lâair⊠Mais, si on veut rappeler des faits et des situations antĂ©rieurs aux Ă©vĂ©nements quâon est en train de rĂ©sumer, on utilisera le passĂ© composĂ© Lavash Patel dĂ©barque Ă Roissy pour acheter un matelas Ă clous. Il a quittĂ© lâInde la veille avec pour seul pĂ©cule un faux billet de 100 euros. On peut aussi utiliser le passĂ© composĂ© simplement pour marquer lâaspect rĂ©sultatif dâune action par rapport aux autres dans une sĂ©quence Lavash Patel sâinterroge. Lui, un homme bon ? Il sâest plutĂŽt toujours vu comme un charlatan ! Lavash Patel entre dans le magasin, trouve le rayon des lits, choisit le modĂšle et le commande. Il a accompli sa mission. Il peut maintenant se reposer jusquâau lendemain. Pour marquer lâantĂ©rioritĂ© par rapport Ă un moment dont on parle au passĂ© composĂ©, on utilisera le plus-que-parfait Lavash Patel arrive Ă Paris un peu fatiguĂ©. Il a pris lâavion la veille et comme il nâavait jamais pris lâavion avant, il nâa pas fermĂ© lâĆil de la nuit. Ou encore pour marquer une antĂ©rioritĂ© lointaine par rapport au moment du rĂ©cit Lavash Patel se remĂ©more son enfance sa rencontre avec un pĂ©dophile qui lâavait sodomisĂ©, mais aussi la tendresse infinie de sa mĂšre adoptive. Le plus-que-parfait sâutilise aussi pour marquer lâaspect rĂ©sultatif dans le passĂ©. Il Ă©tait heureux. Il avait trouvĂ© lâĂąme sĆur. RAPPELS PassĂ© composĂ© antĂ©rioritĂ© par rapport au prĂ©sent de la narration ou rĂ©sultat dans le prĂ©sent Plus-que-parfait antĂ©rioritĂ© par rapport Ă un moment du passĂ© ou rĂ©sultat dans le passĂ© Le style Comme nous lâavons dit plus haut, le rĂ©sumĂ© dâun texte narratif Ă©crit vise Ă donner aux lecteurs potentiels lâenvie de lire lâouvrage il doit ĂȘtre expressif et susciter des reprĂ©sentations quasi cinĂ©matographiques des personnages et du cadre de lâaction; sa visĂ©e est publicitaire. Lorsque le rĂ©sumĂ© porte seulement sur une partie du roman, un chapitre par exemple, la langue peut ĂȘtre plus sobre le but premier est alors dâaider le lecteur Ă se remĂ©morer ce qui prĂ©cĂšde ou Ă sauter des parties du rĂ©cit; cela nâempĂȘche cependant pas de chercher Ă reconstruire lâatmosphĂšre, Ă reproduire le ton, ou lâeffet de suspense sâil y en a. Vous trouverez ci-dessous deux parcours dâapplications rĂ©dactionnelles et dâexercices. Le premier porte sur les trois premiers chapitres de Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Le second sur lâun des romans de la cĂ©lĂšbre sĂ©rie des ArsĂšne Lupin ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs La dame blonde. Autour de la syntaxe dans Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA Pour bien rĂ©sumer, il faut faire des phrases qui condensent lâinformation, ce qui passe notamment par une syntaxe dense, autant dans la partie thĂ©matique the topic de la phrase, câest-Ă -dire ce qui est en dĂ©but de phrase circonstants en tĂȘte de phrase et sujet, que dans la partie rhĂ©matique the comment, câest-Ă -dire le verbe et ses complĂ©ments ainsi que les circonstants placĂ©s en fin de phrase. Remplissez le tableau que vous trouverez ici avec les structures demandĂ©es sujets comprenant une subordonnĂ©e relative explicative, diffĂ©rentes formes syntaxiques de complĂ©ments circonstanciels de cause antĂ©posĂ©s, etc.; dans la colonne 3, vous placez des exemples tirĂ©s des troispremiers chapitres du roman; dans la colonne 4, vous construisez des exemples qui pourraient sâintĂ©grer dans votre rĂ©sumĂ©. Le but de lâexercice est de vous aider Ă enrichir vos dĂ©buts de phrases en vous amenant Ă avoir une vision synthĂ©tique des constructions les plus courantes qui densifient les thĂšmes et structurent la progression du texte. Autour du vocabulaire dans Lâextraordinaire voyage du fakir⊠a Les synonymes Savoir choisir le mot qui convient le mieux parmi une sĂ©rie de mots de sens proches est au coeur de toute Ă©criture. Parmi les outils les plus efficaces pour comprendre les nuances de sens entre synonymes et mots de sens proches, Antidote figure en trĂšs bonne place, en raison, notamment, de la convivialitĂ© de lâinterface de son sous-dictionnaire des synonymes. Sans doute dâailleurs, lâutilisez-vous dĂ©jĂ , la plupart des universitĂ©s Ă©tant abonnĂ©es Ă Antidote. Les deux exercices qui suivent vous amĂšneront Ă travailler systĂ©matiquement avec Antidote pour explorer des champs synonymiques autour de thĂšmes clĂ©s de Lâextraodinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Exercice no 3 Explorez les synonymes des mots voyage et aventure dans Antidote, puis faites lâexercice autocorrigĂ© que vous trouverez ici. Exercice no 4 Explorez les synonymes du mot bizarre, dans Antidote, puis faites lâexercice autocorrigĂ© que vous trouverez ici. b Le genre des noms Apprendre des noms en français, câest les apprendre avec leur genre grammatical masculin ou fĂ©minin ! Lisez le premier chapitre de Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA, puis faites lâexercice suivant pour vĂ©rifier si vous avez la mĂ©moire du genre grammatical. Cet exercice vise Ă vous entraĂźner Ă mobiliser une petite partie de votre attention pour observer le genre et le retenir. Il est conçu de façon Ă vous permettre de le faire rapidement la liste des noms suit le chapitre 1, de la page 13 Ă la page 16. Dans certains cas, le genre des noms est donnĂ© dans le texte ex. son costume, sa cravate et parfois non ex. Ă mi-voix ne dit pas si voix est un nom masculin ou fĂ©minin â et on dit bien un choix, mais une noix. Avec ou sans lâaide du livre, vous devriez trouver la majoritĂ© des rĂ©ponses. Ă la deuxiĂšme tentative, vous devriez obtenir 30 sur 30. Ajoutez un » ou une » devant les noms. RĂ©sumĂ© guidĂ© du dĂ©but de Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA est un roman de Romain PuĂ©rtolas, paru en 2013. Grand succĂšs de librairie en France, le livre a Ă©tĂ© traduit dans plusieurs langues; un film en a aussi Ă©tĂ© est alerte et un rebondissement[3] nâattend pas lâautre. Quoi de mieux pour un exercice de rĂ©sumĂ© dâun texte narratif? Quelques exercices accompagnent la tĂąche de rĂ©sumĂ© proprement dite. Vous trouverez sur le site du Livre de poche[4] les trois premiers mini-chapitres de Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA Lisez ces trois mini-chapitres en pensant aux Ă©tapes du schĂ©ma narratif. Ensemble, ils prĂ©sentent la situation initiale et lâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur... Ălaborez mentalement un rĂ©sumĂ© et racontez oralement le dĂ©but du rĂ©cit Ă quelques autres Ă©tudiants de votre cours. En Ă©coutant les rĂ©sumĂ©s des autres, relevez les diffĂ©rences dâun rĂ©sumĂ© Ă lâautre Quâest-ce qui est dit, quâest-ce qui nâest pas dit ? Comment les phrases sâenchaĂźnent-elles ? Emploie-t-on beaucoup de complĂ©ments circonstanciels pour exprimer les circonstances[5] ? La phrase qui clĂŽt le petit rĂ©sumĂ© a-t-elle du punch ? Ouvre-t-elle sur la suite ?.. Pour bien rendre compte de la situation initiale et de lâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur, pensez Ă camper le dĂ©cor le lieu, les personnages et lâarnaque en termes vivants quâest-ce qui arrive Ă qui et pourquoi ? Ouvrez sur les pĂ©ripĂ©ties Ă venir, comme le fait la fin du chapitre 3.⊠RĂ©digez un rĂ©sumĂ© de 150 Ă 200 mots des trois premiers chapitres de Lâextraordinaire voyage du fakir qui Ă©tait restĂ© coincĂ© dans une armoire IKEA. Imaginez que vous Ă©crivez votre rĂ©sumĂ© pour un ami francophone qui nâaurait pas encore lu le livre. Faites un bon usage de la subordonnĂ©e relative et de lâapposition, notamment pour dĂ©crire les personnages. Soignez la progression thĂ©matique nâutilisez pas toujours le fakir » ou il » en sujet; mettez des complĂ©ments circonstanciels en tĂȘte de phrase. ⊠RĂ©sumĂ©s guidĂ©s de sĂ©quences de ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs La dame blonde ArsĂšne Lupin, câest le cĂ©lĂšbre personnage de gentleman-cambrioleur dâune sĂ©rie de romans du dĂ©but du XXe siĂšcle. PubliĂ©s au dĂ©part en feuilleton dans la revue encyclopĂ©dique Je sais tout, les romans de Maurice Leblanc mettant en scĂšne ArsĂšne Lupin ont connu une telle postĂ©ritĂ© quâon ne compte plus les Ćuvres qui en sont dĂ©rivĂ©es films, sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es, chansons, bandes dessinĂ©es, mangas, jeuxâŠ[6]ArsĂšne Lupin contre Herlock SholmĂšs rassemble trois rĂ©cits. Nous travaillerons ici le premier chapitre du premier rĂ©cit, La dame blonde. Si la sociĂ©tĂ© dĂ©peinte est Ă©videmment bien diffĂ©rente du monde que vous connaissez, vous verrez en lisant le premier chapitre que la langue nâest pas particuliĂšrement vieillotte; en fait, le texte se lit trĂšs facilement. Vous verrez aussi que les rebondissements[7] ne manquent Lecture guidĂ©e du premier chapitre Faites une premiĂšre lecture au complet du chapitre 1, Le numĂ©ro 514-sĂ©rie 23 » de La dame blonde. Certains mots et Ă©lĂ©ments culturels sont expliquĂ©s. Vocabulaire. Cherchez dans Antidote ou le Petit Robert cinq synonymes du verbe voler to steal que vous pourriez rĂ©utiliser dans vos rĂ©sumĂ©s. Faites une phrase pour chacun. b RĂ©sumĂ©s de la premiĂšre sĂ©quence du premier chapitre La premiĂšre sĂ©quence du chapitre, qui se termine sur lâannonce de lâenlĂšvement de Suzanne Gerbois, a Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©e en 12 Ă©tapes dans un tableau MS Word ici . RĂ©sumez lâessentiel de chaque Ă©tape en 1-3 phrases courtes et expressives, en gardant lâintensitĂ© dramatique. Des exemples sont donnĂ©s pour les premiĂšres Ă©tapes. En vous aidant de vos mini-rĂ©sumĂ©s pour chaque Ă©tape de la sĂ©quence, composez un rĂ©sumĂ© global dâenviron 200 mots. NâhĂ©sitez pas Ă remanier abondamment pour que le rĂ©sumĂ© coule bien. Comme dans le rĂ©sumĂ© du dĂ©but de Lâextraordinaire voyage du fakirâŠ, faites un bon usage de la subordonnĂ©e relative et de lâapposition, notamment pour dĂ©crire les personnages. Soignez la progression thĂ©matique en variant les sujets et en mettant des complĂ©ments circonstanciels en tĂȘte de phrase. Produisez un second rĂ©sumĂ© plus objectif, moins dramatique nâutilisez pas un ton exclamatif. Faites des phrases plus complexes, plus analytiques. c RĂ©sumĂ©s de la deuxiĂšme sĂ©quence du premier chapitre Produisez deux rĂ©sumĂ©s dâenviron 200 mots de la deuxiĂšme sĂ©quence du chapitre dans le premier, vous jouerez des effets dramatiques exclamations, modalisations Ă©motives fortesâŠ; dans le second, vous utiliserez un ton plus sobre, plus neutre.
Untirailleur en enfer Pinguilly, Yves (1944-.) Résumé. Tierno, un jeune Peul de 17 ans, est enrÎlé malgré lui pour partir en France livrer bataille aux Allemands pendant la PremiÚre Guerre mondiale. Son histoire est celle des tirailleurs sénégalais recrutés pour renforcer les troupes françaises engagées sur le front de 14-18. Publication. Paris : Nathan, DL 2008. Importance
Un tirailleur en enferEn replaçant le lecteur au cĆur des pĂ©riodes difficiles de notre Histoire, les Romans de la MĂ©moire, fondĂ©s sur une information historique rigoureuse, proposĂ©s par la direction de la mĂ©moire, du patrimoine et des archives du ministĂšre de ta dĂ©fense, en partenariat avec tes Ă©ditions Nathan, se veulent une contribution Ă son approche de la d'occasion Ă©crit par Yves Pinguillyparu en 2015 aux Ă©ditions Nathan, Nathan Jeunesse, Les romans de la Fetkann ! de la Jeunesse 200412 ans et +, Romans, tĂ©moignages & Co, Romans, tĂ©moignages & Co133 pages, BrochĂ©Code ISBN / EAN 9782092520888La photo de couverture nâest pas contractuelle.
Histoired'en Lire est un site sur la littĂ©rature de jeunesse et plus particuliĂšrement les documentaires et fictions historiques : albums, bandes dessinĂ©es, contes, documentaires, poĂ©sies, premiĂšres lectures, romans. Des livres pour les enfants et adolescents, de la Maternelle au LycĂ©e. Toutes les pĂ©riodes historiques sont reprĂ©sentĂ©esBIOGRAPHIES COLUCHE (PHILIPPE BOGGIO) Le rĂ©sumĂ© du livre. Michel Colucci, dit Coluche, est un humoriste et comĂ©dien français, nĂ© le 28 octobre 1944 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 19 juin 1986 Ă Opio (Alpes-Maritimes). Fils dâun immigrĂ© italien et dâune Française, Michel Colucci grandit Ă Montrouge.
RĂ©sumĂ© du document Joey n'est encore qu'un poulain de 6 mois Ă peine quand il est sĂ©parĂ© de sa mĂšre et achetĂ© dans une foire par un homme saoul qui semble bien brutal et qui l'a achetĂ© juste pour contrarier un de ses confrĂšres. Cet homme ne sait pas s'y prendre avec les chevaux et semble mĂȘme en avoir peur ... Sommaire PrĂ©sentation gĂ©nĂ©rale niveau de lecture, genre, contexteI RĂ©sumĂ© dĂ©taillĂ© de l'histoireII Conclusion, avis personnel Extraits [...] Ce sont les deux meilleurs chevaux de leur escadron de cavalerie. Lors de leur premier assaut contre les Allemands, le capitaine Nicholls est tuĂ©. Joey continue droit devant sans cavalier et les tirailleurs allemands, effrayĂ©s, s'Ă©parpillent. Un groupe de soldats allemands est fait prisonnier et la cavalerie anglaise gagne cet assaut ; seulement, un quart de l'escadron a pĂ©ri sous le feu ennemi. Joey est maintenant attribuĂ© au soldat Warren, qui s'occupe trĂšs bien de lui mais n'est pas un bon cavalier car il a Ă©tĂ© traumatisĂ© lors d'un prĂ©cĂ©dent assaut oĂč son cheval a Ă©tĂ© abattu sous lui. [...] [...] Ils sont trĂšs heureux. Mais un jour, un escadron d'artillerie allemand passe par la ferme et rĂ©quisitionne les deux chevaux pour faire partie d'un attelage tirant un canon. Ils se dĂ©placent alors le long de la ligne de front, vivent constamment dehors par tous les temps et sont de plus beaucoup moins bien nourris et soignĂ©s qu'avant. Beaucoup de chevaux meurent durant l'hiver. Topthorn lui-mĂȘme montre des signes de faiblesse. Un vĂ©tĂ©rinaire signale que, mĂȘme s'il peut continuer, cette vie est trop difficile pour des pur-sang et qu'ils doivent tout de mĂȘme les mĂ©nager au maximum. [...] [...] On y voit surtout la vie Ă l'arriĂšre des tranchĂ©es. Joey partage l'existence et la lutte des soldats pour survivre dans l'enfer des champs de bataille. On rencontre dans ce roman des soldats Ă figure humaine, quelque soit leur camp, qui doutent, qui s'interrogent sur le bien-fondĂ© de cette guerre, qui ont peur et qui peuvent mĂȘme discuter amicalement avec les soldats ennemis dans un moment de trĂȘve. Joey navigue entre les deux camps et son parcours permet de montrer Ă quel point les sentiments et les Ă©motions des combattants Ă©taient les mĂȘmes de part et d'autre de la ligne de front. [...] [...] Mais un jour, alors que les soldats s'accordent une pause au bord d'une riviĂšre, Topthorn tombe et ne se relĂšve plus. Il est mort. Le vĂ©tĂ©rinaire dĂ©clare que son cĆur a lĂąchĂ© et qu'il avait prĂ©venu que ce travail Ă©tait trop dur pour un cheval de race. Friedrich est effondrĂ© et Joey empli de tristesse. Soudain, l'armĂ©e ennemie envoie des obus sur les Allemands. C'est la dĂ©bandade. Friedrich, qui tarde Ă quitter le corps de Topthorn, est fauchĂ© par un obus et tombe mort au cĂŽtĂ© du cheval. [...] [...] David est tuĂ©, laissant Albert effondrĂ©. Enfin l'Armistice est annoncĂ©. Les chevaux doivent ĂȘtre vendus aux enchĂšres sur place avant le rapatriement des troupes. L'escadron d'Albert tente par tous les moyens d'acheter Joey, mais c'est un vieil homme qui remporte les enchĂšres le grand-pĂšre d'Emilie. Il raconte que la jeune fille est morte il y a peu, sans doute de chagrin, et qu'il lui avait promis de retrouver les deux chevaux. Cependant, constatant l'amour que porte Albert pour Joey, il accepte de lui laisser le cheval Ă condition qu'il parle d'Emilie pour entretenir sa mĂ©moire. [...] LesEnsablĂ©s - Le SiĂšge de Bruxelles (1996) de Jacques Neirynck. Au milieu des annĂ©es 1990 paraĂźt ce dĂ©tonnant roman Ă clefs, une politique-fiction imaginant la fin de la Belgique par la Le contexte de lâĆuvre En 1921 a Ă©tĂ© créé Ă Paris le ComitĂ© aux hĂ©ros de lâArmĂ©e noire prĂ©sidĂ© par le gĂ©nĂ©ral Louis ARCHINARD, ancien commandant supĂ©rieur du Soudan français, assistĂ© du gĂ©nĂ©ral MARCHAND. Ce comitĂ©, placĂ© sous le haut patronage du prĂ©sident de la RĂ©publique, du prĂ©sident du Conseil, des ministres des Affaires Ă©trangĂšres, de la Guerre et des Colonies, du commissaire gĂ©nĂ©ral des Troupes noires et des marĂ©chaux de France, avait pour mission de faire Ă©riger en mĂ©tropole et en Afrique, un monument Ă la mĂ©moire des soldats indigĂšnes morts pour la France au cours de la 1Ăšre guerre mondiale, Ă lâaide des souscriptions des communes de France et des Amis des Troupes noires françaises ». Deux villes ont Ă©tĂ© rapidement retenues Reims en mĂ©tropole, et Bamako capitale du Soudan français actuel Mali , sur les rives du Niger en Afrique. Ădouard Daladier, ministre des Colonies, Ă la tribune Photographie conservĂ©e au musĂ©e Saint-Remi de Reims La description du monument de Reims rĂ©plique de celui de Bamako Le monument Ă lâArmĂ©e noire de Reims est lâĆuvre de deux Parisiens, le sculpteur Paul MOREAU-VAUTHIER et lâarchitecte Auguste BLUYSEN. Il Ă©tait constituĂ© dâun socle en granit de 4 mĂštres de haut rapportĂ© dâAfrique, en forme de Tata », fortin traditionnel africain, sur lequel Ă©taient gravĂ©s les noms des principales batailles de la 1Ăšre guerre mondiale au cours desquelles les troupes africaines ont Ă©tĂ© engagĂ©es. Ce socle Ă©tait surmontĂ© dâun bronze de trois mĂštres de haut reprĂ©sentant un groupe de soldats du corps dâarmĂ©e colonial constituĂ© de quatre tirailleurs africains rassemblĂ©s autour dâun drapeau français portĂ© par un officier blanc. Câest un groupe de cinq combattants. Un sous-lieutenant imberbe Ă©treint un drapeau tandis quâĂ sa droite, un tirailleur en chĂ©chia semble guetter encore lâennemi, du cĂŽtĂ© de la Pompelle. Ă gauche, un autre tirailleur semble avoir Ă©tĂ© surpris au moment oĂč il se lĂšve pour sortir de la tranchĂ©e. DerriĂšre, deux colosses noirs semblent dire Nous sommes lĂ , si lâon a besoin de nous ». Un murmure dâadmiration parcourt la foule, qui reconnaĂźt le symbole du dĂ©vouement et de la fidĂ©litĂ© de nos soldats noirs. LâĂclaireur de lâEst, 14 juillet 1924 Le monument Aux hĂ©ros de lâArmĂ©e noire », Ă©rigĂ© Ă Reims en tĂ©moignage de reconnaissance envers les Enfants dâadoption de la France, morts en combattant pour la LibertĂ© et la Civilisation », Ă©tait la rĂ©plique du monument inaugurĂ© le 3 janvier 1924 Ă Bamako. Le monument de Bamako Archives municipales et communautaires de Reims Le monument dĂ©mantelĂ© par les autoritĂ©s allemandes dâoccupation en septembre 1940 Pendant la 2e guerre mondiale, dĂšs le dĂ©but de lâOccupation, la statuaire de bronze a Ă©tĂ© dĂ©montĂ©e par les Allemands, embarquĂ©e sur un wagon de chemin de fer pour une destination inconnue. Elle a sans doute Ă©tĂ© fondue pour en rĂ©cupĂ©rer le mĂ©tal, tandis que le socle du monument Ă©tait dĂ©truit. Marcel COCSET est parvenu Ă photographier clandestinement lâenlĂšvement du monument en septembre 1940, puis des membres de sa famille venus dĂ©poser des fleurs Ă lâemplacement du monument disparu au dĂ©but du mois dâoctobre 1940. En 1961, la municipalitĂ© de Reims et la dĂ©lĂ©gation locale de lâAssociation française des coloniaux et anciens combattants dâoutre-mer ont pris lâinitiative de crĂ©er un ComitĂ© du Monument aux soldats dâoutre-mer Ă Reims, dĂ©clarĂ© en sous-prĂ©fecture le 30 mars 1961, dont la mission Ă©tait de faire Ă©difier Ă Reims un Monument en remplacement du Monument Ă lâArmĂ©e noire dĂ©truit sous lâOccupation ». Le monument de 1963, dĂ©signĂ© sous le nom de Monument aux soldats dâOutre-mer par le ComitĂ© dâĂ©rection et qualifiĂ© de Monument Ă la mĂ©moire des morts de lâArmĂ©e noire sur le dĂ©cret ministĂ©riel approuvant son Ă©rection, est constituĂ© de deux obĂ©lisques de 7 mĂštres de haut en pierre dâEurville, Ă©rigĂ©s sur un bloc dâune tonne, et entourĂ© dâun dallage de schistes de Rimogne. Les deux obĂ©lisques symbolisent lâunion des combattants mĂ©tropolitains et africains, et le bloc la rĂ©sistance de Reims et de ses dĂ©fenseurs pendant la 1Ăšre guerre mondiale. En 2008 la Ville de Reims prenait lâinitiative de reconstruire Ă lâidentique le Monument aux hĂ©ros de lâArmĂ©e noire Ă©rigĂ©e en 1924 Voici une reproduction de lâĆuvre historique, par lâartiste Jean-François Gavoty, mise en place Ă lâautomne 2013, visible aujourdâhui au parc de Champagne Le monument reconstruit aujourdâhui au parc de Champagne. Ted Yoho, un membre rĂ©publicain du CongrĂšs amĂ©ricain, aurait Ă©tĂ© surpris en train dâinvectiver la reprĂ©sentante politique sur les marches du Capitole. Depuis, il a prĂ©sentĂ© ses excuses Ă Alexandria Ocasio-Cortez pour ces propos insultants. Mais la dĂ©mocrate a balayĂ© du revers de la main ses excuses, dans un discours prononcĂ© le jeudi 23 juillet 2020. Je ne demandais rien Ă personne, je montais les marches, et Ted Yoho a agitĂ© son doigt sous mon nez, a-t-elle expliquĂ©, le jeudi 23 juillet. Il mâa dit que jâĂ©tais dĂ©goutante ». Il mâa dit que jâĂ©tais folle ». Avant dâajouter Devant un journaliste, Ted Yoho mâa traitĂ©e â je cite â de put*** de sal*** ». Ce sont les termes quâil a employĂ©s contre une femme membre du CongrĂšs.» La dĂ©mocrate a ainsi refusĂ© les excuses du RĂ©publicain. Traiter une femme de salope est ce du sexisme Ă votre avis ? Est ce grave ou pas du tout ? Vous rĂ©pondrez Ă ces deux questions en introduction . Ecoutez la formidable rĂ©ponse dâ Alexandria Ocasio-Cortez Ă lâagression dont elle a Ă©tĂ© victime . Vous devez dĂ©velopper une rĂ©ponse , sans reprendre ses mots et en vous aidant de la vidĂ©o ci dessous , pour ces 2 questions Pourquoi et comment notre sociĂ©tĂ© doit elle lutter contre les violences verbales ordinaires contre les femmes ? POUR ALLER PLUS LOIN⊠Depuis le 27 novembre 2018, un nouveau service en ligne permet de discuter en direct avec un policier ou un gendarme spĂ©cialiste des violences sexistes ou sexuelles, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Vous pouvez lui expliquer votre situation personnelle sans donner votre identitĂ©, signaler des faits de violences sexuelles et/ou sexistes dont vous ĂȘtes victime ou tĂ©moin. Vous pouvez aussi demander des informations, des conseils ou de lâaide. Chantage, humiliation, injures, coups⊠Les femmes victimes de violences peuvent contacter le 3919. Pour ceux qui souhaitent enregistrer leur voix sur une image ou une vidĂ©o, rien de plus simple, suivez le mode dâemploi ci dessus ! Textedu Chapitre "IV" Atramenta. Retour Ă l'accueil Atramenta . Quatre mois de l'expĂ©dition de Garibaldi en Sicilie et Italie Par Henri Durand-Brager. Ćuvre du domaine public. Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 Ă 13h29. Vous ĂȘtes en mode "plein Ă©cran". Lire en mode normal (façon ereader) IV. Messine, Ă peine remise du bombardement de 1848, devait ressentirFigure 1 La campagne de MacĂ©doine © Colonel F. Feyler, 1920, la campagne de MacĂ©doine 1916-1917, GenĂšve, Ăditions dâart, Boissonnas 1LâĂ©chec de la campagne des Dardanelles porte gravement atteinte au prestige des alliĂ©s. ParallĂšlement, lâĂ©tĂ© 1915 voit lâĂ©puisement de la Serbie face Ă lâAutricheâHongrie et, le 6 septembre, la Bulgarie sâallie aux puissances centrales. Les menaces qui se prĂ©cisent sur la Serbie et sâintensifient alors ont pour consĂ©quence le dĂ©placement du front dâOrient. La lutte contre les Turcs est abandonnĂ©e au profit dâune stratĂ©gie plus rĂ©aliste. La France et la GrandeâBretagne dĂ©cident dâintervenir et conduisent dans un premier temps Ă Salonique les troupes repliĂ©es progressivement de la presquâĂźle de Gallipoli. Les alliĂ©s en Orient vont comprendre des troupes françaises, britanniques, serbes, russes puis italiennes et, enfin, grecques. 2DĂšs le 5 octobre 1915 a lieu le premier dĂ©barquement Ă Salonique, sous le commandement du gĂ©nĂ©ral Sarrail, avec lâaccord du Premier ministre grec, VenizĂ©los. LâidĂ©e Ă©tait de marcher sur Nis pour arrĂȘter la progression des Bulgares sur la Serbie, et de maintenir ainsi un second front oriental contre les puissances centrales. La situation militaire ne rĂ©pondant pas aux espĂ©rances, il a fallu se replier sur Salonique, ville refuge encerclĂ©e de loin par les troupes de la Triple Alliance. TransformĂ©e en camp retranchĂ© solidement tenu Ă lâest, le long de la Struma et Ă lâouest, sur le Vardar, elle accueille, dans lâĂ©tĂ© 1916, prĂšs de 300 000 hommes Français, Britanniques, Serbes, Italiens et Russes. Figure 2 Salonique, les fronts, les reliefs de lâarriĂšre-pays macĂ©donien © CP, APA 3La prĂ©sence des troupes francoâanglaises en MacĂ©doine provoque une grave crise en GrĂšce. En effet, lâEntente qui craignait un front uni Allemagne-AutricheâHongrie-Bulgarie-Empire ottoman, pour maintenir la Bulgarie dans la neutralitĂ©, propose Ă la GrĂšce, si elle la rejoint, des terres sur les cĂŽtes dâAsie Mineure, mais Ă condition de cĂ©der Ă la Bulgarie la rĂ©gion de Kavala ; un peu plus tard, lâoffre concernera Chypre. Le Premier ministre VenizĂ©los, persuadĂ© de la victoire future de lâEntente, est prĂȘt Ă discuter. Mais accepter lâidĂ©e dâune possible cession dâune partie de la MacĂ©doine aux Bulgares, Ă peine deux ans aprĂšs avoir affrontĂ© ces mĂȘmes Bulgares, est une faute politique qui renforce ses ennemis. Il sâoppose Ă la volontĂ© de neutralitĂ© du roi Constantin, persuadĂ©, lui, de la supĂ©rioritĂ© allemande, et doit dĂ©missionner quand celuiâci refuse la participation de son pays Ă lâexpĂ©dition des Dardanelles, le 6 mars 1915. Vainqueur des Ă©lections lĂ©gislatives en juin, il redevient Premier ministre le 16 aoĂ»t et, le 2 octobre 1915, il autorise les troupes de lâEntente Ă dĂ©barquer Ă Salonique. Le 5 octobre, jour du premier dĂ©barquement, le roi le convoque et lui signifie son renvoi. La situation politique grecque se tend pendant lâannĂ©e 1916, des partisans du roi et dâautres, de VenizĂ©los, sâaffrontent violemment dans les rues dâAthĂšnes et des petites villes de province ; en mai 1916, le roi cĂšde sans combat le fort frontalier de Rupel aux forces bulgaroâallemandes, et lâEntente riposte par un blocus naval de la GrĂšce, tout en exigeant la dĂ©mission du gouvernement. En aoĂ»t, les forces bulgares occupent toute la MacĂ©doine orientale et se trouvent donc en mesure de menacer Salonique. Le 29 aoĂ»t, des officiers vĂ©nizĂ©listes proclament dans cette ville le mouvement de DĂ©fense nationale et, trois semaines plus tard, VenizĂ©los y constitue un gouvernement provisoire et dĂ©clare la guerre aux puissances centrales. La GrĂšce est divisĂ©e en deux, lâopinion grecque Ă©galement. Le 22 octobre, lâEntente exige du roi quâil lui livre la majeure partie de la flotte grecque encore sous son contrĂŽle et la moitiĂ© de ses armements lourds ; refus. AprĂšs cinq mois de blocus, le roi ne voulant pas cĂ©der, la flotte angloâfrançaise, le 1er dĂ©cembre 1916, bombarde le palais royal, des soldats de lâEntente dĂ©barquent Ă AthĂšnes, mais se heurtent Ă la rĂ©action de la population, les combats de rues entre les royalistes et les vĂ©nizĂ©listes sâamplifient. La France dĂ©cide alors une intervention plus musclĂ©e. Le 30 mai, les FrancoâAnglais exigent la dĂ©mission et le dĂ©part du roi. Finalement, le 10 juin 1917, le hautâcommissaire alliĂ©, Jonnart, dĂ©barque 10 000 soldats au PirĂ©e et obtient lâabdication du roi en faveur de son second fils, Alexandre ; le 26 juin, VenizĂ©los arrive Ă AthĂšnes. Les rapports politiques entre lâEntente et la GrĂšce sont donc longtemps difficiles, et compliquent la situation de Sarrail et de ses hommes Ă Salonique, ce dâautant plus que les habitants de la MacĂ©doine, quâils soient slavophones ou hellĂ©nophones, sont particuliĂšrement concernĂ©s par les effets dâune possible dĂ©faite ou victoire devant la Bulgarie ; le sort des populations de la rĂ©gion de Kavala sert dâexemple aux uns et aux autres. Ce nâest, en dĂ©finitive, que dans lâĂ©tĂ© 1918 que les troupes alliĂ©es, bloquĂ©es depuis 1916, reprennent la guerre de mouvement contre la Bulgarie en ayant intĂ©grĂ© des troupes grecques. 4Mais en octobre 1915, devant la dĂ©route de lâarmĂ©e serbe, les hommes de Sarrail sont brutalement dĂ©tournĂ©s de leur destination un temps envisagĂ©e un dĂ©barquement sur les cĂŽtes dâAsie Mineure et reçoivent lâordre de dĂ©barquer Ă Salonique et de remonter vers le nord. Cette action Ă©choue et cĂšde la place Ă une guerre de position. Les trois annĂ©es suivantes voient se multiplier les difficultĂ©s. ComplĂ©tant les quatre divisions arrivĂ©es de France ou des Dardanelles Ă la fin de lâannĂ©e 1915 et au dĂ©but de 1916, la France renforce ses effectifs en Orient par lâenvoi de deux autres divisions, les 11e et 16e DIC, Ă la fin de lâannĂ©e 1916. Au dĂ©but du mois dâaoĂ»t 1916, les alliĂ©s, sur le point dâeffectuer une action, sont surpris par une offensive bulgare sur leurs deux flancs quâils contiennent avec peine. Si une contreâoffensive permet de refouler les assauts sur le flanc ouest, au nord de Monastir, elle ne peut cependant rĂ©ussir Ă lâest, et laisse les Bulgares se fixer le long de la vallĂ©e de la Struma. Enfin, face Ă la gravitĂ© de lâaffaire grecque et Ă lâĂ©preuve de force que reprĂ©sente lâaffrontement Ă AthĂšnes avec les troupes fidĂšles au roi Constantin en dĂ©cembre 1916, deux divisions, la 76e et la 30e DI, sont acheminĂ©es pour soutenir lâaction visant Ă obtenir la destitution du roi. 2 Facon, 1977, chapitre 4. 5La France envoie donc en tout huit divisions sur le front dâOrient. Patrick Facon note que le nombre de soldats qui furent affectĂ©s Ă lâarmĂ©e dâOrient varie, selon les estimations, entre 370 000 et 600 000 hommes, il retient le nombre de 378 000 hommes en sâappuyant sur les chiffres fournis par Franchet dâEspĂšrey ; si lâon Ă©tudie les chiffres moyens par annĂ©e, lâannĂ©e 1917 vient en tĂȘte avec une moyenne de 156 750 hommes. Lâensemble de la pĂ©riode est marquĂ© par le problĂšme du renouvellement des troupes en raison de lâĂ©loignement des bases et des rĂ©ticences de lâĂtat-Major Ă envoyer des renforts. Patrick Facon affirme que cette armĂ©e a souffert de façon endĂ©mique du manque de soldats » et que les dĂ©ficits ne cessent de se dĂ©velopper et de prĂ©occuper le commandement2 ». 3 Bernadotte, 1921a, p. 186. 4 Burnet in Ancel, 1921, p. 153. Il est restĂ© 27 mois en Orient. 6Dans la guerre de mouvement, les officiers voient fondre le nombre de leurs hommes ; le 2 septembre 1916, le lieutenant Bernadotte apprend que son rĂ©giment subit une opĂ©ration de dissection » qui consiste Ă supprimer une compagnie par bataillon, chacun comprendra dĂ©sormais trois compagnies au lieu de quatre3. Dans le secteur de la Cerna, en 1918, les effectifs sont tels que les bataillons restent 27 jours en ligne pour 9 jours au repos, et que certains rĂ©giments sont restĂ©s sans relĂšve pendant 110 jours4. LouisâGaston Giguel, sapeur, est nommĂ© caporal en septembre 1916, son escouade comprend six poilus câest peu, Ă©critâil, mais câest lâescouade la plus forte de ma section. Les autres ne comptent que trois ou quatre hommes ». AndrĂ© Ducasse parle, quant Ă lui, de rĂ©giments squelettiques ». 7En plus des blessures, les ravages du paludisme imposent de nombreux rapatriements. Quand on dĂ©cide, en 1917, de relever les soldats aprĂšs 18 mois en Orient, 45 000 soldats ont dĂ©jĂ passĂ© les 18 mois indiquĂ©s, 9 000 ont besoin dâĂȘtre rapatriĂ©s avant la saison des Ă©pidĂ©mies ; et, comme lâarmĂ©e hĂ©site Ă envoyer de jeunes recrues avant la fin de la saison des fiĂšvres, finalement les 18 mois ne seront pas appliquĂ©s. Le projet Pottevin du nom du dĂ©putĂ© qui lâa proposĂ© prĂ©voit dâenvoyer en Orient un maximum de soldats indigĂšnes, malgrĂ© les problĂšmes que leur posent le froid et le gel hivernal ; on dĂ©nombre ainsi, en septembre 1918, 23 bataillons de tirailleurs sĂ©nĂ©galais, 4 bataillons dâIndochinois, 3 bataillons de Malgaches, sans compter les spahis marocains et les chasseurs dâAfrique, soit environ 1/5e du contingent français. LâarmĂ©e dâOrient fonctionne en permanence en sousâeffectif, et en utilisant des malades qui restent en poste. 8Le caractĂšre original de ce front reste le fait que les troupes sont implantĂ©es en MacĂ©doine grecque depuis 1913, sur des territoires peu contrĂŽlĂ©s et contrĂŽlables, oĂč lâadhĂ©sion des autochtones Ă leur cause nâest pas acquise, compte tenu des divergences qui opposent les Grecs entre eux, et de la prĂ©sence de partisans de la cause bulgare parmi la population locale, en particulier dans lâouest de la rĂ©gion. Ces soldats ont Ă©tĂ© envoyĂ©s sauver les Grecs » des Bulgares et constatent que les Bulgares nâavancent plus, que les Grecs » ne les attendaient pas et que, dâailleurs, en MacĂ©doine, surtout en milieu rural, ils ne sont pas majoritaires. De quoi les dĂ©stabiliser⊠9LâĂ©tude de cette pĂ©riode et de la perception quâen ont eue les combattants français peut se diviser en trois ensembles, le premier concerne la guerre elleâmĂȘme, le second, la vie quotidienne des combattants et un dernier ensemble est consacrĂ© au cas particulier de la ville de Salonique. La guerre de position organisation militaire de lâespace macĂ©donien 10Hormis les deux couloirs que sont la vallĂ©e du Vardar et la PĂ©lagonie Ă lâouest, le front est situĂ© Ă cheval sur de hautes montagnes comparables aux PyrĂ©nĂ©es. Ă partir de dĂ©cembre 1915, Ă la suite de la retraite de Serbie et de lâarrĂȘt de la poursuite bulgare, lâarmĂ©e dâOrient prend progressivement la maĂźtrise dâun territoire qui varie peu jusquâĂ la grande offensive du 15 septembre 1918. Il se prĂ©sente comme un vaste rectangle de 300 km de long, et de 100 km de large environ, le front correspondant Ă la longueur du cĂŽtĂ© nord. Salonique se trouve au niveau de la longueur au sud, mais dĂ©calĂ©e vers lâest, ce qui rend plus lointains, vus de la ville, les espaces situĂ©s au nordâouest. 11Quatre aurĂ©oles aux fonctions diffĂ©rentes peuvent ĂȘtre repĂ©rĂ©es, se dĂ©veloppant Ă partir du port de Salonique, point de dĂ©barquement des troupes. La premiĂšre correspond Ă lâespace urbain salonicien et Ă ses extensions traitĂ©e avec lâĂ©tude de la ville. La seconde aurĂ©ole correspond au territoire organisĂ© Ă lâintĂ©rieur du camp retranchĂ© dont les travaux de dĂ©fense sont entrepris entre dĂ©cembre 1915 et le printemps 1916. La troisiĂšme aurĂ©ole est une zone dans laquelle on trouve au milieu dâespaces dĂ©sertĂ©s, de petites villesârelais, situĂ©es sur les axes, oĂč sâĂ©tablissent des structures dâaccueil pour les soldats, les blessĂ©s et le ravitaillement. Câest militairement une zone de passage avec des lieux dâĂ©tapes et de repos et de nombreux hĂŽpitaux, VĂ©ria, Florina, Karasouli aujourdâhui Polykastro. Elle est constituĂ©e par un ensemble de camps de base Ă partir desquels les soldats rejoignent le front. Comme dans les campagnes coloniales, les soldats font la guerre, se dĂ©placent, effectuent des dĂ©placements sur des territoires dĂ©pourvus dâĂ©quipements Ă©lĂ©mentaires, sans faire confiance aux autochtones, une guerre bien diffĂ©rente de celle du front occidental. Enfin, la quatriĂšme aurĂ©ole est celle du front et de son arriĂšre immĂ©diat qui sâest fixĂ© sur des zones frontaliĂšres, pour la plupart des cas, en montagne. Un espace structurĂ© par les voies de communication » 5 Villebonne, 1919, p. 68. 12Cet espace est structurĂ© par les deux lignes de chemin de fer Ă voie unique, au dĂ©part de Salonique, lâune le long du Vardar, lâautre rejoignant Monastir. Ce train paraĂźt peu confortable et bien dĂ©suet aux soldats avec de petits wagons Ă trois portiĂšres comme nous en avions il y a quarante ans5 » 6 Lacoste, 1923, p. 50. Nous nous installons dans la seule voiture de voyageurs que comporte le train. Les carreaux sont brisĂ©s, les coussins couverts de souillures. Les filets pendent avec leurs appliques dĂ©vissĂ©es, la lampe clignote dans son ampoule renversĂ©e et pleine dâhuile qui suinte. Les portiĂšres ferment mal6⊠13Et surtout, le tracĂ© de la voie vers Monastir prĂ©sente des dĂ©nivellations impressionnantes qui offrent des sensations fortes en descente quand le train semble comme emballĂ© » 7 Cordier in Facon, 1977, p. 32. InstallĂ©s [âŠ] dans un train comme on nâen voit quâici, nous dĂ©valons Ă une allure de toboggan. Pas de tunnels ; la voie Ă travers des croupes fait dâĂ©normes entailles. De temps en temps, une Ă©chappĂ©e sur les cascades de la Voda, dĂ©versoir du lac dâOstrovo [aujourdâhui Arnissa] ; dâinquiĂ©tants ponts de fer aux piliers grĂȘles7⊠14Peu de soldats, Ă part les officiers en mission, ont lâoccasion de bĂ©nĂ©ficier de ce service pour leurs dĂ©placements, car, en raison de lâencombrement de la voie, la prioritĂ© est donnĂ©e aux blessĂ©s et au matĂ©riel lourd. Lâessentiel des dĂ©placements des troupes se fait donc Ă pied. En effet, la plupart des routes ne sont pas carrossables, ce sont des routes de terre, boueuses, enneigĂ©es, poussiĂ©reuses selon les saisons, et dĂ©gradĂ©es par les guerres balkaniques. Les premiers vĂ©hicules dĂ©barquĂ©s Ă Salonique ne purent sortir de la ville. Pierre Maridort, arrivĂ© en novembre 1915, raconte son premier voyage en voiture du camp de Zeitenlik vers la ville, soit une vingtaine de kilomĂštres seulement en plaine 8 Maridort, 1918, p. 16. Il Ă©tait mĂ©decin Ă la 122e DI. La route a quelques plaies profondes, si bien que mon voisin, lancĂ© de notre banc, le casse en y retombant, malgrĂ© lâĂ©paisseur du bois ; câest un petit accident qui nâĂ©meut pas le soldat, habituĂ© Ă parcourir les ravins en araba, petite voiture sans ressorts, et sans appuis. Je me demande comment je nâai pas Ă©tĂ© prĂ©cipitĂ© de mon siĂšge, lors de quelque dĂ©placement analogue8. 9 Ducasse, 1964, p. 161. Fantassin au 227e RI. 15La prĂ©sence de reliefs sĂ©parĂ©s par des dĂ©pressions marĂ©cageuses compromet les dĂ©placements, la ligne droite dans les Balkans est rarement la plus courte ; dâailleurs, elle nâest jamais droite et câest un chemin coupĂ© de fondriĂšres, dans un dĂ©sert de bosses et de cailloux, parfois de marĂ©cages9 ». Les trois quarts du parcours de Salonique Ă Kozani se font dans une plaine marĂ©cageuse, impraticable en hiver dâaprĂšs Jacques Ancel ; Ă lâarrivĂ©e des alliĂ©s, la route de Monastir nâest quâune piste impraticable aux automobiles et souvent coupĂ©e par les boues. 16Le matĂ©riel apportĂ© de France est en pratique totalement inadaptĂ© Ă ces conditions. De gros efforts sont faits au printemps 1916 presque toutes les voitures ont cĂ©dĂ© la place Ă des arabas Ă deux roues et deux chevaux ou des mulets ; mais la charge utile dâune araba est de 400 kg au maximum et celle dâun mulet de 100 kg, aussi une division traĂźne avec elle une caravane imposante, pas moins de 3 000 chevaux, plus de 3 000 mulets de bĂąt, prĂšs de 600 voitures, soit, en tenant compte dâun intervalle minimum entre les animaux et les voitures ou deux voitures, une file qui sâallonge sur plus de trois kilomĂštres. 17La majoritĂ© des dĂ©placements sâeffectue donc Ă pied, mĂȘme au dĂ©part de Salonique, ce qui signifie des centaines de kilomĂštres sous un poids dâune trentaine de kilos, et Ă lâarrivĂ©e, pas le temps de se reposer ! Lucien Cadoux doit se prĂ©senter Ă Monastir, il sort de lâhĂŽpital aprĂšs une grave crise de paludisme et sây rend Ă pied, et Ă lâarrivĂ©e, au bout de 180 kilomĂštres 10 Cadoux, 1959, p. 205. Lâinvraisemblable se produisit. DĂ©jĂ les agents de liaison de chaque compagnie arrivaient pour prendre livraison, si lâon peut dire, de leur contingent de renfort. En quelques minutes, tous ces compagnons de marche qui avaient peinĂ©, souffert ensemble [âŠ] Ă©taient divisĂ©s en petits groupes et dispersĂ©s, sans avoir eu le temps de se dire au revoir, sans le moindre repos. Tout cela laissait dans les cĆurs une impression de brimade10. 18De nombreux tĂ©moins dĂ©crivent ces marches Ă©puisantes 160 km, dont la moitiĂ© en forte pente entre le lac Prespa et Florina en 5 jours Lucien Lamoureux, dix Ă©tapes de 10 kilomĂštres, du 3 au 15 janvier 1917, pour surveiller la frontiĂšre entre les deux GrĂšce » acculĂ©es Ă la guerre civile Lucien Lamoureux, une marche de Salonique Ă AthĂšnes par Ă©tapes de 50 kilomĂštres en juillet 1917 M. Santini, le trajet SaloniqueâGoriza aujourdâhui Korça en Albanie en 19 jours en janvier 1917 Marcel Brochard dans la neige et la glace, sans ravitaillement sinon les conserves quâils portent. Le 27 juillet 1917, un trajet de 20 kilomĂštres Ă vol dâoiseau demande 18 heures dâune marche harassante en raison du relief⊠11 Ibid., p. 202. 19Beaucoup dâhommes ne sont pas dans une condition physique assez bonne pour assurer ces marches, ceux qui arrivent des Dardanelles oĂč ils avaient piĂ©tinĂ© de longs mois peinent Ă brutalement effectuer un long trajet, et le paludisme affaiblit la grande majoritĂ© dâentre eux. Certains sâĂ©vanouissent au soleil dâĂ©tĂ©, donc, on marche de nuit, mais beaucoup dorment en marchant. Au bout de quelques jours, on ne ressent plus rien, Ă©crit Lucien Cadoux, car le corps est brisĂ©, il est adaptĂ©, rien ne le heurte plus⊠il est rĂ©signĂ©. On peut alors lui demander de marcher pendant des semaines⊠il marche comme il respire11 ». 20Les soldats ont du mal Ă Ă©valuer les distances Ă vue, en raison de lâabsence totale de repĂšres, et ils dĂ©couvrent que les bornes » ne sont pas kilomĂ©triques 12 Ibid., p. 166. On avait beau regarder sa montre, puis les bornes, puis, mieux encore, consulter ses jambes, le compte nây Ă©tait pas. On sait bien ce quâun fantassin abat de kilomĂštres Ă lâheure. On ne peut pas sây tromper câest tant dâune pause Ă lâautre, et câest tant par Ă©tape. Eh bien, sur la route de Salonique Ă SerrĂšs, ce nâĂ©tait pas cela. Le temps y Ă©tait bien, mais les kilomĂštres nây Ă©taient pas. Ă la fin de lâĂ©tape, on avait fait 22 bornes. Il nây avait pas de doute, les chiffres Ă©taient marquĂ©s, mais en rĂ©alitĂ© on avait fait au moins 26 kilomĂštres. Tout le monde en tombait dâaccord [âŠ] Tant et si bien que cela passa en dicton dans le rĂ©giment faux comme un kilomĂštre grec »⊠Câest tard que jâappris que [âŠ] ces kilomĂštres Ă©taient des stades comme en tĂ©moignaient les lettres inscrites sur les bornes, et que le stade grec mesure douze cents mĂštres12⊠21Trop Ă©puisĂ©s par le poids de leur barda, certains abandonnent en route des objets quâils avaient pris dans les villages et quâils jugent finalement inutiles ; dâautres les ramassent et tentent de les Ă©changer pour de la nourriture⊠La traversĂ©e des villages est lâoccasion de consignes strictes 13 Santini-Allaman, s. d. Attention ! Voici un village. Sans attendre dâordres, on rectifie sa tenue, on se boutonne, lâarme sur lâĂ©paule droite ! Pas cadencĂ©. Marche ! Tous se redressent, les talons frappent le sol en cadence, Ă©nergiquement. On nâest pas lĂ en touristes ! On est prĂȘts Ă tout. Sachezâle bien ! Elle sait bien la section, elle sait bien pourquoi elle est lĂ ! Elle sait que câest peutâĂȘtre son attitude qui va Ă©pargner le coup de poignard » dans le dos aux petits copains qui se battent lĂ âhaut, dans les montagnes serbes ; le village passĂ©, le rythme reprend13. 14 Cadoux, 1959, p. 213. 15 Santini-Allaman, s. d. Lâarticle citĂ© ici sâappelle Les longues marches. 22Au cours de ces marches en effet, les soldats traversent des bourgades oĂč ils ne sâarrĂȘtent pas, pour rĂ©duire la propagation du paludisme et des maladies infectieuses, comme si, presque tous malades, ils Ă©taient ainsi rejetĂ©s par le pays mĂȘme quâils Ă©taient venus dĂ©fendre14. Ils sont donc contraints dâĂ©tablir un campement Ă lâĂ©cart des lieux habitĂ©s, de ne manger que des conserves et ils ont bien du mal Ă trouver du combustible. De plus, dans certains secteurs, les populations, bulgarophiles ou favorables au roi Constantin, leur sont hostiles ; le lieutenant Santini, qui fait partie du 40e RI, envoyĂ© Ă pied vers le PĂ©loponnĂšse en maiâjuin 1917 lors de la destitution du roi, Ă©crit que chaque soir, en installant le bivouac, les hommes Ă©rigent des murettes en mottes de terre pour se protĂ©ger contre les coups de fusil intempestifs », en plus des rigoles pour canaliser les eaux de pluie15. Ă partir de 1917, les conditions de cantonnement sâamĂ©liorent, car des gĂźtes dâĂ©tape sont créés le long des voies, et des hangars sont montĂ©s dans les lieux les plus frĂ©quentĂ©s, mĂȘme si lâhygiĂšne, le chauffage ou les boissons chaudes manquent encore. Le camp retranchĂ© de Salonique 23Ă cĂŽtĂ© de cette aurĂ©ole occupĂ©e » essentiellement par des points dâappui et quelques postes, dans une zone peu habitĂ©e, les autres espaces sâorganisent Ă©galement. Afin de protĂ©ger Salonique contre un Ă©ventuel siĂšge par les troupes bulgares, les autoritĂ©s militaires alliĂ©es mettent en place une organisation dĂ©fensive en sâappuyant sur des hauteurs situĂ©es Ă environ trente kilomĂštres de la ville. Câest le camp retranchĂ© » ou birdcage » selon les Britanniques, qui mesure environ 115 kilomĂštres du golfe dâOrfano Ă lâest, jusquâaux marais du KaraâAsmak, un affluent du bas Vardar Ă lâouest. Une sĂ©rie de lacs allongĂ©s et sĂ©parĂ©s par des passes facilement contrĂŽlables constituent prĂšs de la moitiĂ© de la ligne, lâautre moitiĂ© est partagĂ©e entre Anglais 20 Ă 25 km et les Français une quarantaine de kilomĂštres. Lâensemble ne forme pas une ligne continue de tranchĂ©es, seuls les points stratĂ©giques, des buttes, forment des centres de rĂ©sistance et de contrĂŽle et sont armĂ©s. 16 Saison, 1918, p. 236-237. Il Ă©tait artilleur Ă la 57e DI. 17 Descriptions dĂ©taillĂ©es dans Jean Saison et Ernest Stocanne qui a laissĂ© Ă©galement des photographie ... 24LâamĂ©nagement du camp retranchĂ© demande des travaux colossaux qui sont effectuĂ©s par les soldats Ă partir de la miâdĂ©cembre 1915, câestâĂ âdire aprĂšs une premiĂšre retraite, dans le froid, la boue, sous la pluie, et sans quâaucun des Ă©lĂ©ments matĂ©riels destinĂ©s Ă amĂ©liorer leur vie ne soit encore arrivĂ©. Chaque centre de rĂ©sistance est sous la responsabilitĂ© dâun officier dont il porte le nom, et qui cumule les tĂąches de construction, dâorganisation et de dĂ©fense. Chacun est constituĂ© par des groupes de tranchĂ©es espacĂ©es en profondeur et orientĂ©es sur des directions Ă battre. Ils renferment des abris pour la garnison, creusĂ©s en galeries de mines, un poste de commandement souterrain avec chambre de repos et poste tĂ©lĂ©phonique16 ». Selon le terrain, sa nature, la nature des roches, lâemplacement, chacun a un caractĂšre spĂ©cifique ; dans certains cas, pour amĂ©liorer la vue, il faut Ă©lever des parapets en utilisant des blocs de marne crayeuse, et, pour Ă©viter les repĂ©rages aĂ©riens de lâennemi, dissimuler ces parapets sous des branchages et des herbes sĂšches17. Les artilleurs camouflent leurs piĂšces sous des claies, du treillage de fil de fer qui permet de mettre de lâherbe et un important rĂ©seau de barbelĂ©s protĂšge les premiĂšres lignes. 25Sur les contreâpentes, les hommes creusent des abris 18 Stocanne, 2005, janvier-fĂ©vrier 1916. Je fais creuser par mes servants, Ă flanc de coteau, un rectangle de six mĂštres sur 2,5 m que nous recouvrons dâune bonne toiture de tĂŽle ondulĂ©e et que nous fermons sur le flanc avec des toiles de tente. Ă lâintĂ©rieur, nous installons une planche Ă paquetage nous amĂ©nageons un four avec cheminĂ©e percĂ©e dans la terre, dont le tirage nous permet de faire du feu pour rĂ©chauffer lâair et en sĂ©cher lâhumiditĂ©. Nous installions un rĂątelier pour y placer les armes et dĂ©gageons aussi des cavitĂ©s oĂč nous mettons des Ă©tagĂšres. Nous logeons lĂ âdedans mes six servants et moi18. 26Au fil des mois, des amĂ©liorations sont apportĂ©es, les officiers reçoivent tous un lit de camp et un paletot de cuir, tandis que les hommes de troupe dorment sur le sol, puis se fabriquent des lits avec ce quâils peuvent trouver ; selon les endroits, lâeau est plus ou moins accessible, certains sont juste auâdessus dâun ruisseau, dâautres doivent faire deux kilomĂštres pour en trouver. Figure 3 Le camp retranchĂ© de Salonique © Colonel F. Feyler, 1920, La campagne de MacĂ©doine 1916-1917, GenĂšve, Ăditions dâart, Boissonnas, APA 27Ces travaux sont effectuĂ©s en quelques semaines, mais ces efforts nâont finalement servi Ă rien, puisque les Bulgares se sont arrĂȘtĂ©s dâeuxâmĂȘmes dans la zone frontaliĂšre, ce qui, une fois de plus, laisse un souvenir amer chez les soldats. 19 Bernadotte, 1931, p. 5. Pendant quatre mois, sous la pluie et la neige, nous avons jonglĂ© avec la pelle et la pioche pour Ă©riger ce camp retranchĂ© » qui restera cĂ©lĂšbre dans les Annales de lâArmĂ©e dâOrient comme lâexpression mĂȘme du maximum dâefforts dans le minimum de temps ». Pendant ces quatre mois, nous avons attendu lâoffensive en nous enfermant un peu plus chaque jour dans nos ouvrages de fortifications de campagne et rien de suspect, nâa bougĂ©19. 28PlacĂ©s Ă environ 25 kilomĂštres de Salonique, les hommes qui gardent le camp retranchĂ©, hormis les officiers, nâont ni le droit ni la possibilitĂ© de se rendre Ă la ville dont ils voient les lumiĂšres la nuit au loin. Progressivement, certains secteurs du camp sont abandonnĂ©s et une partie des soldats est envoyĂ©e au sudâest de Salonique vers le centre de la Chalcidique, pour protĂ©ger la ville par le sud et prĂ©parer lâaccueil de lâarmĂ©e serbe regroupĂ©e Ă Corfou. Ils construisent alors une route stratĂ©gique destinĂ©e Ă desservir les hauteurs et les villages de Galatista et Livadi. Mais⊠le camp retranchĂ© de Salonique, finalement, ne sera jamais attaqué⊠La tenue dâun front de montagne 29Les Bulgares sâĂ©tant arrĂȘtĂ©s Ă la frontiĂšre grecque lors de la retraite alliĂ©e de Serbie, le front se stabilise dans une zone de hautes montagnes et commence alors une guerre trĂšs mal connue en France. 20 Burnet, 1921, p. 10. Un officier lui montre de loin la zone du front. Burnet Ă©tait officier. LĂ âbas, câest le monde des armĂ©es. Tu connais ces insectes qui flottent dans lâair au bout dâune soie quâils ont filĂ©e ? Ainsi sont suspendues nos armĂ©es au bout de ces quelques routes et chemins de fer qui leur portent leur subsistance. Malheur si ce fil venait Ă se rompre. LĂ , on se bat, on souffre, on meurt20. 30La vie sur ce front est trĂšs diffĂ©rente de la vie sur le front français le combattant souffre moins des effets directs de la guerre. Les deux adversaires, Ă©loignĂ©s de leur base, isolĂ©s de tout, sans accĂšs facile, ont des moyens rĂ©duits en hommes et en armes ; les premiĂšres lignes ne sont pas des tranchĂ©es continues, des points forts sont organisĂ©s et se flanquent mutuellement. Mais, le simple fait de survivre, isolĂ© et mal ravitaillĂ© sur un piton, ne permet pas de maintenir des effectifs importants et sape le moral 21 GuĂ©nard, 1919, p. I et II. LaissĂ©s en rideau sur la frontiĂšre, Ă cinquante ou cent kilomĂštres en avant de lâarmĂ©e, dispersĂ©s par infimes unitĂ©s sur des Ă©tendues palustres ou dans des postes de montagne, nous savions ne devoir compter que sur nous. Et câĂ©taient dâimmenses territoires qui se trouvaient confiĂ©s Ă notre garde. Dans lâinexorable solitude qui se refermait sur nos pelotons, nous restions isolĂ©s du monde des vivants. Sept ou huit mois durant, nos bivouacs furent des bivouacs dâalerte oĂč lâon sâattendait de jour et de nuit Ă voir surgir lâennemi en force. Sept ou huit mois durant, nous couchĂąmes vĂȘtus et bottĂ©s, prĂȘts Ă sauter en selle21. 31Le matĂ©riel est insuffisant, Marcel Brochard note quâen six mois, il nâa tirĂ© en moyenne que deux Ă trois obus par jour, les munitions sont maigres 22 Lacoste, 1923, p. 163-164. Il ne peut plus ĂȘtre question ici de caissons ni de camions. Sur le faĂźte de cette montagne, les obus ne seront portĂ©s quâĂ dos de mulet ou de cheval. On les met par dix, liĂ©s dans deux sacs, qui en contiennent chacun cinq. On accouple avec une corde les deux sacs, et on les laisse pendre des deux cĂŽtĂ©s de lâanimal. Il faut quâil y ait une selle, sans quoi la bĂȘte pourrait ĂȘtre blessĂ©e par le dur frottement de 30 kg de mĂ©tal sur ses flancs. LâĂ©vacuation des douilles vides sâeffectue de la mĂȘme façon. Seulement on en met alors dix par sac. Pour alimenter dâun jour de feu le groupe des trois batteries, câestâĂ âdire de 3 600 coups, 1 200 par batterie, 300 coups par piĂšce, il faut 360 voyages de chevaux ! Imaginez lâextraordinaire circulation nocturne que cela nĂ©cessite Ă travers dâĂ©troits chemins en lacets et le long de prĂ©cipices qui sont de vrais abĂźmes. Par suite de la difficultĂ© et de la longueur du parcours, chaque conducteur a deux chevaux lâun sur lequel monte le convoyeur, lâautre qui porte les obus22. 32Les commentaires des soldats qui ont souvent changĂ© de secteur distinguent le front de montagne et le front de plaine ou de piĂ©mont oĂč les conditions de vie sont un peu moins dures. Mais, dans les deux cas, les soldats sont engagĂ©s dans des opĂ©rations locales sans intĂ©rĂȘt militaire, destinĂ©es Ă maintenir lâesprit offensif au sein des troupes. Ces actions sont pĂ©rilleuses, ne seraitâce que par la mĂ©diocritĂ© des moyens mis en Ćuvre, et certains dĂ©plorent lâinutilitĂ© coĂ»teuse de certains coups de main, ainsi Georges de Lacoste 23 Lacoste, 1923, p. 137. Il est alors au nord de Monastir. Le 3 septembre [1917], on prĂ©para et on ordonna un coup de main, de lâavis de tous parfaitement inutile, puisquâon Ă©tait revenu sur ses positions de dĂ©part. CâĂ©tait Ă quatre heures du matin. Il y avait 400 mĂštres Ă franchir. On rĂ©ussit, on fait 25 prisonniers, on rapporte une mitrailleuse ennemie. Mais lâordre est de revenir. Il y a une contreâattaque Ă 7 h du soir, elle est repoussĂ©e. Ă 23 h, tout est fini. Pertes chez nous cent hors de combat. Vies brisĂ©es, familles en deuil23⊠33Certains chefs renoncent parfois Ă exĂ©cuter quelquesâunes de ces opĂ©rations qui ne sont que de modestes coups de main. Lucien Cadoux annule une opĂ©ration Ă la miâdĂ©cembre 1916, dans la vallĂ©e de la Cerna, alors que son groupe se trouve Ă 150 mĂštres des Bulgares, protĂ©gĂ©s par un rĂ©seau dense de barbelĂ©s 24 Cadoux, 1959, p. 207-208. Peu Ă peu commença la prĂ©paration dâartillerie ; quelques obus deâci deâlĂ . Nous nous disions tout Ă lâheure, ils vont enfin tirer sĂ©rieusement et accabler de projectiles le rĂ©seau de barbelĂ©s, car il faut avant tout quâils nous ouvrent un passage. Or, le temps passait, et le bombardement nâaugmentait pas dâintensitĂ©. Plus quâune demiâheure, plus que vingt minutes, et lâartillerie continuait de sâamuser Ă lancer de temps en temps un obus⊠et, devant nous, un rĂ©seau de barbelĂ©s intact et serrĂ©. Et pour atteindre ce rĂ©seau, 150 mĂštres de glacis plat, sans le moindre repli de terrain pour manĆuvrer. Alors nous avons compris nous Ă©tions dĂ©libĂ©rĂ©ment sacrifiĂ©s⊠personne ne disait mot dans la tranchĂ©e⊠Plus que cinq minutes⊠on mourra, avec son fusil inutile dans les mains⊠la nouvelle circule le long de la tranchĂ©e on nâattaque pas⊠Notre colonel avait refusĂ© dâenvoyer ses hommes Ă une mort inutile et certaine24. 34Le relief cloisonne lâoccupation des lignes et empĂȘche toute mobilitĂ© transversale, il empĂȘche Ă©galement lâapproche de lâartillerie, donnant aux affrontements un caractĂšre de guĂ©rilla qui use les hommes sans aucun profit militaire. La guerre de mouvement en MacĂ©doine 35Nous nous contenterons ici dâĂ©voquer les deux actions les plus dĂ©crites par les tĂ©moins que sont la campagne de Serbie â octobre-dĂ©cembre 1915 â et la contreâoffensive repoussant Ă lâautomne 1916 les Bulgares qui sâĂ©taient avancĂ©s jusquâau lac dâOstrovo. La grande offensive du 15 septembre 1918 ne figure pas ici, faute de tĂ©moignages directs. La campagne de Serbie, octobreâdĂ©cembre 1915 36Les soldats qui arrivent des Dardanelles sont pleins dâespoir, ils vont enfin agir 25 Ibid., p. 155. Ici, la terre est libre avec ses plaines, ses vallĂ©es et ses montagnes ; on aura de la place pour manĆuvrer ; on ne se fera pas coincer dans un boyau, dans un couloir, comme Ă Gallipoli. Et cette impression dâespace [âŠ] est bonne et tonique pour des soldats [âŠ] Enfin nous allions faire quelque chose25. 37Mais la campagne de Serbie nâest quâun infructueux allerâretour jusquâau confluent de la riviĂšre Cerna et du fleuve Vardar. Elle sâaccompagne de rudes combats en zone montagneuse face Ă des Bulgares dĂ©cidĂ©s et plus habiles sur le terrain, oĂč de nombreux soldats trouvĂšrent la mort. Cette campagne militaire impressionne profondĂ©ment les hommes et suscite le plus grand nombre de tĂ©moignages chez les soldats français. 38Nous en avons retenu trois, particuliĂšrement documentĂ©s, venant de combattants ayant appartenu aux trois divisions françaises engagĂ©es dans ces opĂ©rations dans des secteurs diffĂ©rents. La 122e et la 57e DI, considĂ©rĂ©es comme des divisions fraĂźches arrivĂ©es de France sont engagĂ©es le plus en profondeur vers le nord, au niveau du confluent de la Cerna, la premiĂšre sur la rive droite, la seconde sur la rive gauche, dans le but dâentrer en contact avec les Serbes en repli ; ces engagements sont dĂ©crits ici par Julien ArĂšne et Henri Libermann. La 3e division, arrivĂ©e des Dardanelles, a pour rĂŽle de contenir les assauts bulgares au kilomĂštre dit 103 » qui correspond Ă la gare de Stroumitza ; cette zone, qui devait ĂȘtre particuliĂšrement protĂ©gĂ©e en raison de la proximitĂ© de la frontiĂšre bulgare, est dĂ©crite par le lieutenant de Bernadotte et Ernest Stocanne qui appartient au 156e RI. ComposĂ©e en partie dâhommes Ă©puisĂ©s, elle se voit confier le rĂŽle de couverture en bordure du saillant que dessine la frontiĂšre et qui gĂȘne le contrĂŽle de la voie de chemin de fer, colonne vertĂ©brale du dispositif alliĂ©. LâopĂ©ration de jonction avec les Serbes Ă©choua, imposant le repli des troupes françaises le long de cet axe, devant la poussĂ©e bulgare. 39Trois thĂšmes principaux apparaissent Ă travers ces rĂ©cits qui correspondent Ă trois phases recensĂ©es dans les mĂ©moires. Ils Ă©voquent en premier lieu les conditions difficiles de la progression dans ces zones montagneuses et leur solitude ; en second lieu, les hommes racontent leur expĂ©rience de la guerre contre les Bulgares, et les combats impressionnants qui les ont opposĂ©s Ă ces derniers ; enfin, tous ont le souvenir dâune pĂ©nible, amĂšre et angoissante retraite qui les a reconduits sur le sol grec. 40Julien ArĂšne arrive par chemin de fer et descend Ă la gare de Krivolak, sur la rive droite du Vardar ; sa division se trouvant sur la rive gauche, et le pont ayant Ă©tĂ© dĂ©truit dans les guerres balkaniques, il lui faut dâabord emprunter lâun des deux radeaux qui effectuent la traversĂ©e toute la journĂ©e et prennent Ă chaque passage 25 soldats. Le lendemain, son unitĂ©, Ă la nuit, part vers le village de Hodzali 26 ArĂšne, 1916, p. 79. Câest un pays propre Ă toutes les embuscades, un vĂ©ritable coupeâgorge, un paradis pour les brigands, les sentinelles ouvrent lâĆil parce quâon nâest pas encore habituĂ©s Ă cette guerreâlĂ 26. 27 Libermann, 1917. Il raconte la campagne du lieutenant Mazurier, Ă la 122e DI, 58e bataillon de chas ... 41Six jours plus tard, il part relever le rĂ©giment qui se bat depuis 10 jours, il restera au front du 6 novembre au 3 dĂ©cembre. Henri Libermann prĂ©cise que les hommes sont obligĂ©s de faire des petits tas de pierres et de broussailles pour baliser leurs itinĂ©raires et ne pas se perdre27. Ils sont couverts de vermine et nâont pu se laver pendant tout leur sĂ©jour au front, car seul, un peu dâeau boueuse dans les basâfonds est disponible. Puis le froid vient compliquer la situation, des tempĂ©ratures de 22 ° auâdessous de zĂ©ro, du vent, de la neige⊠28 Saison, 1918, p. 121 Ă 123. Il rapporte le rĂ©cit du docteur Ligouzat. Le vent rend le froid intolĂ©rable ; il fait tourbillonner la neige qui comble les tranchĂ©es et les boyaux, et pĂ©nĂštre jusque dans les abris ; en travaillant nuit et jour, on nâarrive pas Ă les dĂ©blayer [âŠ] La neige [âŠ] rend toute observation impossible. Les cils sont perlĂ©s de glaçons, la capote devient en quelques minutes une chape hĂ©rissĂ©e dâaiguilles de glace. Des hommes vigoureux pleurent dans la tranchĂ©e Ă la fois de douleur et de rage de se sentir Ă bout. Les jeunes gens arrivĂ©s avec les derniers renforts sont les plus atteints. Sous la tempĂȘte de neige, quelquesâuns erraient comme des fous. Un [âŠ] se plaint mes parents sont Ă Lille, quâestâce que je viens faire ici ? » Les anciens du rĂ©giment, des rĂ©servistes de trente Ă quarante ans, mariĂ©s pour la plupart, les rĂ©confortent et les aident paternellement Allons, gosse, donneâmoi ton fusil et va te rĂ©chauffer au brasero. Tu reviendras dans 20 minutes »28. 42La neige gĂȘne Ă©galement le ravitaillement, et les hommes restent quatre jours sans approvisionnement. Le 22 novembre, arrivent enfin des vĂȘtements chauds et de la nourriture. Les Français tiennent les positions jusquâĂ lâoffensive bulgare du 24 novembre ; de ce point Ă©levĂ©, ils suivent les opĂ©rations dans la vallĂ©e du Vardar et les tirs dâartillerie bulgare qui prennent pour cibles les trains alliĂ©s. Lorsque lâordre de repli est donnĂ©, les batteries de montagne sont ramenĂ©es vers le bas, et les munitions portĂ©es sur des traĂźneaux vers les radeaux qui ne peuvent plus fonctionner, car le Vardar charrie des blocs de glace⊠Ces conditions naturelles font comprendre facilement le dĂ©sarroi des soldats. 29 Villebonne, 1919, p. 111 ; ArĂšne, 1916, p. 73 Ă 75. 43Les combats sont pourtant impressionnants. Quand Julien ArĂšne parvient au village de Kara Hodzali, le point ultime de lâavancĂ©e des Français vers le nord, il constate que les tranchĂ©es sont entourĂ©es de monceaux dâossements », creusĂ©es dans les crĂąnes, les tibias aussi nombreux que les pierres ». Henri Amour de Villebonne rapporte que dans ces combats, le 242e de la 57e DI a perdu le tiers de ses effectifs, les isolĂ©s du rĂ©giment qui ont pu sâĂ©chapper, racontent que lâennemi a massacrĂ© tous les prisonniers faits dans lâaction29 ». 44Sur la rive gauche, les combats ne sont pas moins sauvages pour la conquĂȘte de Cicevoâleâhaut passage dâun torrent Ă pied dans lâeau glacĂ©e de novembre, charge Ă la baĂŻonnette ; finalement le 18 novembre, les Bulgares rompent la liaison entre les Français et les Serbes. Dans le secteur de Stroumitza, le rythme est comparable, lâavancĂ©e française se termine le 11 novembre, le 16 novembre, le repli commence dans une atmosphĂšre de panique ; les officiers donnent lâimpression Ă Ernest Stocanne de ne savoir que faire. Villebonne dĂ©crit ainsi le combat de la fosse de Cernitz, le 11 dĂ©cembre 30 Villebonne, 1919, p. 132-137. Au bas, dans le ravin sous les tirs croisĂ©s, des files entiĂšres de Bulgares culbutent, sâeffondrent la tĂȘte la premiĂšre. Un chaos terrible grouille parmi le sang et la fumĂ©e dans cette fosse bĂ©ante. Sans arrĂȘt pourtant, il en sort toujours de ces foules acharnĂ©es. On dirait que la montagne les enfante Ă mesure [âŠ] Ils sautent dans le ravin par dix et quinze Ă la fois [âŠ] Et, peu Ă peu, chose sinistre, un amoncellement de blessĂ©s, de morts, de rĂąlants, comble lâimmense tombeau auâdessus duquel foudroie lâimplacable tir de nos lignes. Et maintenant, on ne distingue plus rien le val est nivelĂ©30. 45Patrick Facon montre que les troupes engagĂ©es dans cette campagne ont Ă©tĂ© surprises par cette nouvelle forme de guerre. Il sâappuie sur le nombre relativement important dâabandons de poste, de dĂ©sertions en prĂ©sence de lâennemi ainsi que de dĂ©sertion Ă lâĂ©tranger ; le nombre de condamnations rendues pour ces trois dĂ©lits sâĂ©lĂšve Ă 44 pour les mois dâoctobre et de dĂ©cembre. 46La retraite qui suit lâĂ©chec de cette offensive impose aux hommes de marcher jour et nuit. Le relief, la prĂ©caritĂ© des routes, le dynamisme des poursuivants, les conditions mĂ©tĂ©orologiques et lâĂ©puisement des hommes la transforment en vĂ©ritable martyre. 31 Facon, 1977, p. 267. Nous ne sommes ni plus ni moins quâune ombre humaine. Beaucoup de camarades sont morts de fatigue pendant la retraite. Ceux qui nous ont envoyĂ©s en Orient doivent en avoir gros sur la conscience, car câest une belle gaffe. Lâon y est allĂ© un mois trop tard et encore. Nous avons supportĂ© 23 ° de froid auâdessous de zĂ©ro. Je vous assure que cette campagne de Serbie a Ă©tĂ© un enfer pour tous31. 32 Libermann, 1917, p. 215-219. Sur la route comme dans les champs, partout des dĂ©bris dâarmes, dâĂ©toffe, des bĂąts de mulets, des sacs de cartouches et de vivres [âŠ] La route est jonchĂ©e dâobjets abandonnĂ©s sacs, armes, bĂąts, affĂ»ts, la plupart brisĂ©s ou endommagĂ©s. Des chevaux morts, les yeux dĂ©jĂ vitreux, les pattes en lâair, le ventre Ă©norme bordent les fossĂ©s. Dâautres se traĂźnent les reins brisĂ©s, les pattes cassĂ©es et, au milieu dâeux, des soldats couchĂ©s sur le dos ou sur le ventre, les poings crispĂ©s dans une derniĂšre convulsion. Quelques agonisants rĂąlent sans fin ou lĂšvent des mains gĂ©missantes, suppliant quâon leur donne Ă boire [âŠ] et puis, un groupe de blessĂ©s, marchant tant bien que mal, la tĂȘte ou le bras enveloppĂ© dâun pansement sommaire, couverts de sang, trĂ©buchant de fatigue, hideux32. 33 Ibid., p. 222-223. Vers le pont, câest une bousculade formidable, une cohue Ă©pouvantable, tout Ă coup la rafale bulgare venant de Seskovo sâabat sur cette masse grouillante. Il y a un moment de paniqueâŠ, des cris affolĂ©s montent jusquâaux nues, et les batteries font rage, Ă©crasant les bivouacs, les rives, les groupes sous un dĂ©luge de projectiles. Le dĂ©sarroi devient inextricable. Des chevaux se cabrent, sâabattent, se redressent pour retomber encore ; des cavaliers galopent Ă toute bride, sabrent les camarades pour fuir plus vite ; des camions, des voitures de toute sorte sâentrechoquent, se brisent, roulent dans les fossĂ©s ; des piĂ©tons courent dans toutes les directions33. Figure 4 Chaque passage de pont est un moment difficile le pont du Sarantaporos Ă la frontiĂšre grĂ©coâalbanaise, un pont ottoman en dos dâĂąne amĂ©nagĂ© » pour les voitures. © Lâillustration, 3 fĂ©vrier 1917, no 3857, p. 103, APA 34 David, 1927, p. 126. David est le neveu du prĂ©sident Sadi Carnot, il Ă©tait attachĂ© aux services de ... 47Tous les tĂ©moignages concordent sur les conditions insupportables de la retraite. Le passage des gorges des Portes de fer est lâun des moments les plus impressionnants, la gorge, le fleuve qui gronde, deux ponts mĂ©talliques mal rĂ©parĂ©s aprĂšs les guerres balkaniques, des tunnels, un Ă©troit sentier le long des parois, des torrents Ă passer Ă la nage⊠Les conditions mĂ©tĂ©orologiques sont extrĂȘmement mauvaises au point que Robert David compare cette retraite Ă celle de la Grande ArmĂ©e perdue dans les neiges de Russie, Villebonne fait Ă©galement la mĂȘme comparaison34. Peu Ă peu, les soldats allĂšgent le paquetage en abandonnant du matĂ©riel sur le chemin, lâartillerie, faute de chevaux, doit, elle aussi, abandonner batteries et munitions. Les soldats reçoivent lâordre de ramasser, quand ils le peuvent, tous les troupeaux quâils rencontrent et de les guider jusquâĂ Demir Kapou pour ne rien laisser Ă lâennemi, et de brĂ»ler des villages. 48Les hommes qui franchissent la frontiĂšre aprĂšs Gevgueli sont une armĂ©e de dĂ©sespĂ©rĂ©s ; mais, malgrĂ© la fin du danger, les conditions de leur installation sur le sol grec sont si mauvaises quâelles ne font pas pour autant cesser leur calvaire. Ils se trouvent dans une zone de marĂ©cages oĂč, pendant plusieurs jours, il pleut sans arrĂȘt ; hommes et bĂȘtes sâenlisent, les provisions disparaissent dans la boue qui sâinfiltre dans les chaussures ; perdus dans les marĂ©cages, ils craignent aussi les rĂ©actions nĂ©gatives des Grecs de la rĂ©gion. 35 Villebonne, 1919, p. 146-147. Une dĂ©tresse infinie embrume lâĂąme de ces malheureux errants qui depuis trois semaines fuient Ă travers les cercles de lâenfer balkanique, pour Ă©chouer aprĂšs un dĂ©luge de feu et de mitraille dans lâordure de ce marais croupissant. VĂ©ritablement on sâinterroge anxieusement pour savoir si on pourra dĂ©marrer de ces vases35. 36 Olier & QuĂ©necâhdu, 2016. Le recensement des hĂŽpitaux militaires installĂ©s pour des blessĂ©s de lâar ... 37 Julia, 1936, p. 30 et 32. Julia Ă©tait mĂ©decin. 49Dans la mĂȘme pĂ©riode, les survivants de lâarmĂ©e serbe sont embarquĂ©s entre Valona et Durazzo, sur des bateaux français ; 160 000 dâentre eux sont convoyĂ©s, une petite partie vers Bizerte, 131 000 vers Corfou36. LâĂźle apparaĂźt aux soldats français comme une villĂ©giature, une citadelle dâagrĂ©ment », qui a lâaspect féérique de Monaco37 », mais il y a une tragĂ©die derriĂšre cette façade ». Les soldats serbes dont la retraite fut pire encore que celle des Français sont mourants, frappĂ©s par la sousâalimentation, la dysenterie, le typhus, le cholĂ©ra 38 Ibid., p. 33. On assiste Ă un dĂ©filĂ© de fantĂŽmes [âŠ] Couverts de loques sordides que perce leur carcasse, nâayant parfois sur le corps quâun caleçon de coton et une capote en lambeaux, les jambes emmaillotĂ©es de laniĂšres faites de dĂ©bris raboutĂ©s, les pieds protĂ©gĂ©s par des roseaux, des cuirs et des chiffons bourrĂ©s, ils offrent le spectacle du dĂ©nuement le plus ignominieux [âŠ] ils sont vidĂ©s par la famine, ce ne sont plus des sacs de sang, mais des paniers qui laissent passer lâeau, et leur peau ne les habille point, comme celle des vieillards ; rĂ©tractĂ©e en un parchemin, elle sâuse jusquâĂ la transparence38. 50Le rapport du lieutenantâcolonel François fait savoir que quand les hommes dĂ©barquent sur lâĂźle de Vido, on les rĂ©partit en trois groupes 39 SHD, 7 N 2191. Ceux qui Ă©taient condamnĂ©s et quâil nây avait aucun espoir de sauver Ă©taient envoyĂ©s au lazaret pour y mourir ; les malades que lâon pensait pouvoir guĂ©rir demeuraient Ă Vido dans lâattente dâun transport ultĂ©rieur sur Bizerte ; le reste Ă©tait envoyĂ© Ă Corfou39. 51La reconstitution de cette armĂ©e, Ă la fin du printemps, aboutit Ă Ă©quiper 115 000 hommes qui, en mai 1916, sont acheminĂ©s Ă Salonique. La contreâoffensive alliĂ©e dâOstrovo Ă Monastir, aoĂ»tânovembre 1916 52Cette opĂ©ration voit les alliĂ©s français, serbes, russes reconquĂ©rir les terrains envahis par les Bulgares au mois dâaoĂ»t 1916. Elle sâest trouvĂ©e arrĂȘtĂ©e Ă deux reprises, face Ă des retranchements bulgares fortement organisĂ©s, au niveau de deux villages du bassin de Monastir, Petorak, Ă lâEst de Florina, et KĂ©nali, Ă Ă©gale distance de Florina et de Monastir. Dans les deux cas, on nous dĂ©crit des opĂ©rations violentes oĂč lâarmĂ©e française, sans rĂ©elle protection, part lâarme au poing vers des villages bien dĂ©fendus et ainsi⊠le 6 octobre 1916, Ă KĂ©nali, 800 soldats de la 17e DIC furent tuĂ©s en 10 minutes Ă 12 h, le bilan de la journĂ©e est de 1500 morts français et 600 Russes⊠pour un Ă©chec La 17e DI a Ă©tĂ© massacrĂ©e dans des attaques aussi stĂ©riles que sanglantes, insuffisamment prĂ©parĂ©es par lâartillerie et donnĂ©es sur des points les plus forts des lignes de KĂ©nali. Elle y a laissĂ© 100 officiers et 6 400 hommes. Ce qui reste est Ă©puisĂ© [âŠ] rapporte le gĂ©nĂ©ral Cordonnier au gĂ©nĂ©ral Sarrail. 53Ces opĂ©rations concernaient la prise de Monastir et lâinstallation des Français. La premiĂšre entrĂ©e des Serbes dans la ville avait eu lieu le 19 novembre 1912. La citĂ© est ensuite occupĂ©e par les Bulgares du 4 dĂ©cembre 1915 au 19 novembre 1916. Quand les Français y pĂ©nĂštrent, ils trouvent une ville dont les ressources ont Ă©tĂ© Ă©puisĂ©es ou emportĂ©es par les Bulgares et ils nâont plus lâĂ©lan nĂ©cessaire pour poursuivre auâdelĂ de 5 kilomĂštres au nord, ce qui fait que Monastir reste, jusquâen septembre 1918, la cible des artilleurs bulgares. Quand les alliĂ©s reprennent la contreâoffensive, il leur faut 4 mois pour repousser les Bulgares de 26 kilomĂštres, et les Bulgares en partant pratiquent, eux aussi, la politique de la terre brĂ»lĂ©e⊠Les dĂ©buts de la grande offensive dĂ©cisive, 15â30 septembre 1918 40 SHD, 20 N 536. 54Cette offensive rassemble des Français et des Serbes. Les archives du contrĂŽle postal contribuent Ă remplacer les tĂ©moignages qui manquent. Un rapport du 17 dĂ©cembre 1918 a Ă©tĂ© fait par le gĂ©nĂ©ral Henrys sur lâĂ©tat matĂ©riel et moral des troupes. Il montre que les combattants qui ont tant souffert nâont pas pris conscience dans les quinze premiers jours de cette nouvelle offensive quâils dĂ©tenaient une des clĂ©s de la victoire. Sur 1 750 lettres lues le 27 septembre, 15 seulement sont enthousiastes, 193 sont optimistes, et 1 095 sont marquĂ©es par lâindiffĂ©rence40, lâarmĂ©e ne croit plus Ă un renversement de situation, il faudra attendre la miâoctobre pour que les rĂ©actions sâinversent. Il faut dire que les conditions matĂ©rielles ne changent pas, et que la marche sur ĂskĂŒb sâeffectue, de nouveau, dans des conditions dĂ©plorables ; ce sont une fois de plus des hommes malades, insuffisamment nourris ils tuent parfois des animaux malgrĂ© lâinterdiction, pour manger et avoir de la graisse, mal vĂȘtus, mal chaussĂ©s, on ne peut quâadmirer les quinze enthousiastes » 41 Ibid., un fantassin du 34e RI. Tu nâen croirais pas tes yeux si tu voyais ce pauvre rĂ©giment, une armĂ©e de guenilles, câest pitoyable, câest honteux ; les trois quarts des poilus nâont pas de pompes, dâautres, pas de falzar, souvent ni lâun ni lâautre. HĂ©las, je suis de ceuxâlĂ ; oui, mon petit, ni tatane, ni fourreau, ni mĂȘme un caleçon, et pour la croĂ»te, cela ne va guĂšre mieux [âŠ] pain moisi. On se dĂ©merde, on vole, on maraude41. 55Il ne sâagit ici que de quelquesâunes des opĂ©rations de la guerre de MacĂ©doine, mais, si lâon fait abstraction des dĂ©tails des combats, les grandes lignes du vĂ©cu des hommes restent identiques. Un manque de connaissances ou de prise en compte des conditions locales a fait que, comme en CrimĂ©e, les Ă©pidĂ©mies ont tuĂ© trois fois plus que le feu, et que le soldat a toujours lâimpression dâun sacrifice inutile.
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RĂ©sumĂ© et recueil de citations Ă©tablis par Bernard MARTIAL, professeur de lettres en CPGE. Entre ⊠changement de page dans lâĂ©dition du Livre de poche n°6524. 1Ăšre partie, p. 22 Ă 142 LE FEU Journal d'une escouade 1916. Ă LA MĂMOIRE DES CAMARADES TOMBĂS Ă CĂTĂ DE MOI Ă CROUĆž ET SUR LA CĂTE 119. H. B. I. LA VISION Des hommes sont installĂ©s Ă la terrasse du premier Ă©tage dâun sanatorium donnant sur la Dent du Midi, lâAiguille Verte et le Mont Blanc. Silence. Les hommes sont repliĂ©s sur eux-mĂȘmes, et pensent Ă leur vie et Ă leur mort ». Une servante, habillĂ©e de blanc, distribue les journaux. Câest chose faite, dit celui qui a dĂ©ployĂ© le premier son journal, la guerre est dĂ©clarĂ©e. [âŠ] 24 â Câest un crime que commet lâAutriche, dit lâAutrichien. â Il faut que la France soit victorieuse, dit lâAnglais. â JâespĂšre que lâAllemagne sera vaincue, dit lâAllemand. » Le silence est plein de la rĂ©vĂ©lation qui vient dâĂȘtre apportĂ©e La guerre ! » Sur ce paysage, ils croient voir apparaĂźtre la guerre. Des multitudes fourmillent par masses distinctes. Sur des champs, des assauts, vague par vague, se propagent, puis sâimmobilisent ; des maisons sont Ă©ventrĂ©es comme des hommes, et des villes comme des maisons, des villages apparaissent en blancheurs Ă©miettĂ©es, comme sâils Ă©taient tombĂ©s du ciel sur la terre, des chargements de morts et des blessĂ©s Ă©pouvantables changent la forme des plaines. 25 On voit chaque nation dont le bord est rongĂ© de massacres, qui sâarrache sans cesse du cĆur de nouveaux soldats pleins de force et pleins de sang ; on suit des yeux ces affluents vivants dâun fleuve de mort. Au Nord, au Sud, Ă lâOuest, ce sont des batailles, de tous cĂŽtĂ©s, dans la distance. On peut se tourner dans un sens ou lâautre de lâĂ©tendue il nây en a pas un seul au bout duquel la guerre ne soit pas. Un des voyants pĂąles, se soulevant sur son coude, Ă©numĂšre et dĂ©nombre les belligĂ©rants actuels et futurs trente millions de soldats. Un autre balbutie, les jeux pleins de tueries â Deux armĂ©es aux prises, câest une grande armĂ©e qui se suicide. â On nâaurait pas dĂ», dit la voix profonde et caverneuse du premier de la rangĂ©e. Mais un autre dit â Câest la RĂ©volution française qui recommence. â Gare aux trĂŽnes ! annonce le murmure dâun autre. Le troisiĂšme ajoute â Câest peut-ĂȘtre la guerre suprĂȘme. Il y a un silence, puis quelques fronts, encore blanchis par la fade tragĂ©die de la nuit oĂč transpire lâinsomnie, se secouent. â ArrĂȘter les guerres ! Est-ce possible ! ArrĂȘter les guerres ! La plaie du monde est inguĂ©rissable. » Quelquâun tousse. Le calme des paysages submerge ces visions et les parleurs rentrent en eux, prĂ©occupĂ©s par leurs poumons. Le soir, un orage Ă©clate sur le massif du Mont-Blanc et les hommes regardent les coups de tonnerre Ă©clater sur la montagne. 26 â ArrĂȘter la guerre ! disent-ils. ArrĂȘter les orages ! » Les visions de lâorage se confondent avec le spectacle de la guerre Mais les contemplateurs placĂ©s au seuil du monde, lavĂ©s des passions des partis, dĂ©livrĂ©s des notions acquises, des aveuglements, de lâemprise des traditions, Ă©prouvent vaguement la simplicitĂ© des choses et les possibilitĂ©s bĂ©antes⊠Celui qui est au bout de la rangĂ©e sâĂ©crie â On voit, en bas, des choses qui rampent. â Oui⊠câest comme des choses vivantes. â Des espĂšces de plantes⊠â Des espĂšces dâhommes. VoilĂ que dans les lueurs sinistres de lâorage, au-dessous des nuages noirs Ă©chevelĂ©s, Ă©tirĂ©s et dĂ©ployĂ©s sur la terre comme de mauvais anges, il leur semble voir sâĂ©tendre une grande plaine livide. Dans leur vision, des formes sortent de la plaine, qui est faite de boue et dâeau, et se cramponnent Ă la surface du sol, aveuglĂ©es et Ă©crasĂ©es de fange, comme des naufragĂ©s monstrueux. Et il leur semble que ce sont des soldats. La plaine, qui ruisselle, striĂ©e de longs canaux parallĂšles, creusĂ©e de trous dâeau, est immense, et ces naufragĂ©s qui cherchent Ă se dĂ©terrer dâelle sont une multitude⊠Mais les trente millions dâesclaves jetĂ©s les uns sur les autres par le crime et lâerreur, dans la guerre de la boue, lĂšvent leurs faces humaines oĂč germe enfin une volontĂ©. Lâavenir est dans les mains des esclaves 27, et on voit bien que le vieux monde sera changĂ© par lâalliance que bĂątiront un jour entre eux ceux dont le nombre et la misĂšre sont infinis. » II. DANS LA TERRE Sur le champ de bataille le ciel, la terre et lâeau. La tranchĂ©e 28 Des espĂšces dâours câest nous ! Je vois des ombres Ă©merger de ces puits latĂ©raux, et se mouvoir, masses Ă©normes et difformes des espĂšces dâours qui pataugent et grognent. Câest nous ». EnterrĂ©s au fond dâun champ de bataille depuis plus de quinze mois, depuis cinq cents jours. PrĂ©sentation des hommes de lâescouade Paradis 29, Volpatte et Firmin 30, Lamuse, Biquet, Tirette, le pĂšre Blaise 31, Barque⊠Blaire se fĂącha. Ses sourcils se froncĂšrent sous son front oĂč sâaccumulait la noirceur. â Quâest-câ que tu mâembĂȘtes, toi ? Et pis aprĂšs ? Câest la guerre. Et toi, face dâharicot, tu crois pâtâĂȘtre que ça nâte change pas la trompette et les maniĂšres, la guerre ? Ben, râgarde-toi, bec de singe, peau dâfesse ! Faut-il quâun homme soye bĂȘte pour sortir des choses comme vâlĂ toi ! » 32 ⊠Marthereau, Tirloir, PĂ©pin 33, Tulacque. Regroupement de lâescouade de Bertrand et de la moitiĂ© de la section Ă un coude de la tranchĂ©e 34. Notre compagnie occupe en rĂ©serve, une parallĂšle de 2e ligne. La nuit travaux de terrassement, le jour attente. DĂ©but de lâaube. Les divers accoutrements des hommes PĂ©pin, Barque, Lamuse, Eudore, Tulacque, les casques 35 Biquet, Cadilhac, les jambes ! Volpatte, Mesnil AndrĂ©, Tirette, Marthereau, PĂ©pin, Barque 36. Histoire des bottes du fantassin allemand prises par Caron Ă un mitrailleur bavarois abattu prĂšs de la route des PylĂŽnes et confiĂ©es Ă Poterloo au moment de son Ă©vacuation. Comment chacun sâoccupe Mesnil Joseph, blaire, Marthereau, Lamuse, Eudore, Volpatte, Mesnil AndrĂ© 37 Barque. Trois gĂ©nĂ©rations de soldats Nos Ăąges ? Nous avons tous les Ăąges. Notre rĂ©giment est un rĂ©giment de rĂ©serve que des renforts successifs ont renouvelĂ© en partie avec de lâactive, en partie avec de la territoriale. Dans la demi-section, il y a des des bleus et des demi-poils. Fouillade a quarante ans. Blaire pourrait ĂȘtre le pĂšre de Biquet, qui est un duvetier de la classe 13. Le caporal appelle Marthereau grand-pĂšre » ou vieux dĂ©tritus » selon quâil plaisante ou quâil parle sĂ©rieusement. Mesnil Joseph serait Ă la caserne sâil nây avait pas eu la guerre. Cela fait un drĂŽle dâeffet quand nous sommes conduits par notre sergent Vigile, un gentil petit garçon qui a un peu de moustache peinte sur la lĂšvre, et qui, lâautre jour, au cantonnement, sautait Ă la corde avec des gosses. Dans notre groupe disparate, dans cette famille sans famille, dans ce foyer sans foyer qui nous groupe, il y a, cĂŽte Ă cĂŽte, trois gĂ©nĂ©rations qui sont lĂ , Ă vivre, Ă attendre, Ă sâimmobiliser, comme des statues informes, comme des bornes ». Originaires de toutes les rĂ©gions Nos races ? Nous sommes toutes les races ». Poterloo, mineur de Calonne, Fouillade, batelier de Cette 38, Cocon de Lyon, Biquet le Breton, AndrĂ© Mesnil le Normand, Lamuse, paysan du Poitou, Barque, le Parisien,, Tirette de Clichy-la-Garenne, Paradis du Morvan. Nos mĂ©tiers ? Un peu tout dans le tas ». Laboureurs et ouvriers pour la plupart. Lamuse, valet de ferme, Paradis, charretier, Cadilhac a des terres, PĂšre Blaise, mĂ©tayer dans la Brie, barque, garçon livreur, le Caporal Bertrand, contremaĂźtre dans une manufacture de gainerie 39, Tirloir, peintre de voitures, Tirloir, bistrotier Ă la barriĂšre du TrĂŽne, Eudore tient un estaminet prĂšs du front, Mesnil AndrĂ©, pharmacien, son frĂšre Mesnil Joseph, vendeur de journaux dans une gare, Cocon, quincailler, Becuwe Adolphe et Poterloo, mineurs. Plus ceux dont on ne se rappelle pas le mĂ©tier ou que lâon confond PĂ©pin qui nâen a pas. Pas de profession libĂ©rale autour de moi. Des instituteurs sont sous-officiers Ă la compagnie ou infirmiers. Dans le rĂ©giment, un frĂšre mariste est sergent au service de santĂ© ; un tĂ©nor, cycliste du major ; un avocat, secrĂ©taire du colonel ; un rentier, caporal dâordinaire Ă la Compagnie Hors Rang. Ici, rien de tout cela. Nous sommes des soldats combattants, nous autres, et il nây a presque pas dâintellectuels, dâartistes ou de riches qui, pendant cette guerre 40, auront risquĂ© leurs figures aux crĂ©neaux, sinon en passant, ou sous des kĂ©pis galonnĂ©s ». On diffĂšre profondĂ©ment⊠mais pourtant on se ressemble diversitĂ©s dâĂąges, dâorigine, de situation, mĂȘmes silhouettes, mĂȘmes mĆurs, mĂȘmes habitudes, mĂȘme caractĂšre simplifiĂ© dâhommes revenus Ă lâĂ©tat primitif », mĂȘme parler, fait dâun mĂ©lange dâargots et de patois. Et puis, ici, attachĂ©s ensemble par un destin irrĂ©mĂ©diable, emportĂ©s malgrĂ© nous sur le mĂȘme rang, par lâimmense aventure, on est bien forcĂ©, avec les semaines et les nuits, dâaller se ressemblant. LâĂ©troitesse terrible de la vie commune nous serre, nous adapte, nous efface les uns dans les autres. Câest une espĂšce de contagion fatale. Si bien quâun soldat apparaĂźt pareil Ă un autre sans quâil soit nĂ©cessaire, pour voir cette similitude, de les regarder de loin, aux distances oĂč nous ne sommes que des grains de la poussiĂšre qui roule dans la plaine ». On attend et on se fatigue dâattendre On attend toujours, dans lâĂ©tat de guerre. On est devenus des machines Ă attendre ». On attend la soupe, puis les lettres 41 ; aprĂšs on attend autre chose. RĂ©criminations pour la soupe. 42-43 ArrivĂ©e du ravitaillement. 44-45 Satisfaction et plaisanteries obscĂšnes. 46 Du cafĂ© et du tabac. Conversations et altercations dispute entre PĂ©pin et Tulacque 47, Lamuse sâinterpose 48. Hier, câĂ©tait Plaisance qui voulait se battre avec Fumex, me dit Paradis. La journĂ©e sâavance. Brouillard et humiditĂ©. Cocon explique la situation des tranchĂ©es Il y a dans le secteur du rĂ©giment quinze lignes de tranchĂ©es françaises, les unes abandonnĂ©es, envahies par lâherbe et quasi nivelĂ©es, les autres entretenues Ă vif et hĂ©rissĂ©es dâhommes. Ces parallĂšles sont rĂ©unies par des boyaux innombrables qui tournent et font des crochets comme de vieilles rues. Le rĂ©seau est plus compact encore que nous le croyons, nous qui vivons dedans. Sur les vingt-cinq kilomĂštres de largeur qui forment le front de lâarmĂ©e, il faut compter mille kilomĂštres de lignes creuses tranchĂ©es, boyaux, sapes. Et lâarmĂ©e française a dix armĂ©es. Il y a donc, du cĂŽtĂ© français, environ dix mille kilomĂštres de 49 tranchĂ©es et autant du cĂŽtĂ© allemand⊠Et le front français nâest Ă peu prĂšs que la huitiĂšme partie du front de la guerre sur la surface du monde ». Conversation entre les hommes Câest vrai, quand on y pense, quâun soldat â ou mĂȘme plusieurs soldats â ce nâest rien, câest moins que rien dans la multitude, et alors on se trouve tout perdu, noyĂ©, comme quelques gouttes de sang quâon est, parmi ce dĂ©luge dâhommes et de choses » dit Barque 50. Il faut empĂȘcher les Boches de passer caporal Bertrand. Fouillade rouspĂšte. Moi, dit Barque, je ne rouspĂšte plus. Au commencement, je rouspĂ©tais contre tout le monde, contre ceux de lâarriĂšre, contre les civils, contre lâhabitant, contre les embusquĂ©s. Oui, jârouspĂ©tais, mais câĂ©tait au commencement de la guerre, jâĂ©tais jeune. Maintânant, jâprends mieux les choses ». Prendre les choses comme elles viennent, vivre au jour le jour, faire ce quâon nous dit de faire Faut vivre au jour le jour, heure par heure mĂȘme, si tu peux [âŠ] Les faces cuites, tannĂ©es, incrustĂ©es de poussiĂšre, opinent, se taisent. Ăvidemment, câest lĂ lâidĂ©e de ces 51 hommes qui ont, il y a un an et demi, quittĂ© tous les coins du pays pour se masser sur la frontiĂšre ». Renoncement Ă comprendre, et renoncement Ă ĂȘtre soi-mĂȘme ; espĂ©rance de ne pas mourir et lutte pour vivre le mieux possible. Faire ce quâon doit et se dĂ©merder Chacun pour soi, Ă la guerre ! » Souvenirs de Barque, Tirloir, Lamuse, Paradis, Blaire, PĂ©pin le bon temps » passĂ© Ă Soissons ville quasi Ă©vacuĂ©e pendant plusieurs mois 52. Une Ă©poque dâabondance du poulet, du lapin, de lâargent. Au milieu de tout ça, on courait aprĂšs le feu. le cantonnement de la Martin CĂ©sar, le cuistot qui trouvait toujours de quoi faire du feu un violon, des queues de billard 53, des fauteuils de salon, un vieux meuble. Les chapardages le lieutenant Virvin dĂ©fonçant la porte dâune cave Ă coups de hache, Saladin, lâofficier de ravitaillement volant deux bouteilles de blanc. Le cuistot est mort dâune crise cardiaque, on lâa enterrĂ© 54. Les soldats essaient de se dĂ©brouiller pour Ă©viter les corvĂ©es sauf quand les copains sont en danger ex. de Lamuse, virtuose du tirage au flanc qui a sauvĂ© la vie Ă des blessĂ©s en allant les chercher dans la fusillade. Presque tous les gars de lâescouade ont quelque haut fait militaire Ă leur actif et, successivement, les croix de guerre se sont alignĂ©es sur leurs poitrines ». Aux attaques de mai, Biquet a attrapĂ© quatre Allemands. il y a deux mois, Tulacque en a tuĂ© neuf. Tulacque 55, Tirloir, Eudore nâont rien contre les simples soldats allemands mais ils en veulent aux officiers. En tous cas, on nâest pas fixĂ© pour les hommes, reprend Tirloir, mais les officiers allemands, non, non, non pas des hommes, des monstres. Mon vieux, câest vraiment une sale vermine spĂ©ciale. Tu peux dire que câest les microbes de la guerre. Il faut les avoir vus de prĂšs, ces affreux grands raides, maigres comme des clous, et qui ont tout de mĂȘme des tĂȘtes de veaux ». Tirloir se souvient dâun colonel prussien aristocrate qui le mĂ©prisait. Il lui a donnĂ© un coup de pied au cul. Blaire 56 et PĂ©pin Ă©voquent les allemands quâils nâhĂ©siteront Ă tuer et tous leurs objets quâils pourront revendre couvercles dâargent, pistolets, jumelles, casques. PĂ©pin compte bien avoir les frusques dâun galonnĂ© de Guillaume. â Tâen fais pas jâsaurai bien goupiller ça avant que la guerre finisse. â Tu crois Ă la finition de la guerre, toi ? demande lâun. â Tâen fais pas, rĂ©pond lâautre ». ArrivĂ©e dâun groupe deux officiers dâĂ©tat-major avec des civils. Des touristes des tranchĂ©es 57. Le capitaine leur montre une banquette de tir. Deux hommes sâapprochent de nous Ah ! ah ! fait le premier monsieur, voilĂ des poilus⊠Ce sont de vrais poilus, en effet » 58. Les hommes nous regardent en train de boire notre cafĂ© comme des animaux au zoo. â Câest bon, mes amis ? [âŠ] â Câest trĂšs bien, câest trĂšs bien, mes amis. Vous ĂȘtes des braves ! ». Nous rĂ©alisons en entendant un officier que ces hommes Ă©taient des journalistes ; Barque se moque de la propagande et des mensonges des journalistes Le kronprinz est fou, aprĂšs avoir Ă©tĂ© tuĂ© au commencement de la campagne, et, en attendant, il a toutes les maladies quâon veut. Guillaume va mourir ce soir et remourir demain. Les Allemands nâont plus de munitions, becquĂštent du bois ; ils ne peuvent plus tenir, dâaprĂšs les calculs les plus autorisĂ©s, que 59 jusquâĂ la fin de la semaine. On les aura quand on voudra, lâarme Ă la bretelle. Si on attend quĂšqâjours encore, câest que nous nâavons pas envie dâquitter lâexistence des tranchĂ©es ; on y est si bien, avec lâeau, le gaz, les douches Ă tous les Ă©tages. Le seul inconvĂ©nient, câest quâil y fait un peu trop chaud lâhiver⊠Quant aux Autrichiens, y a longtemps quâeuss iâ s nâtiennent plus iâ font semblant⊠» VâlĂ quinze mois que câest comme ça et que lâdirecteur dit Ă ses scribes Eh ! les poteaux, jâtez-en un coup, tĂąchez moyen de mâdĂ©crotter ça en cinq sec et de lâdĂ©layer sur la longueur de ces quatre sacrĂ©es feuilles blanches quâon a Ă salir. » Le caporal fait remarquer aux hommes quâils sont les premiers Ă vouloir lire les journaux. Lâattention se disperse. Une partie de manille. Cocon et Tirette Ă©voquent leurs souvenirs de caserne sujet de conversation inĂ©puisable 60. Les anecdotes des ex-troupiers dĂ©fi Ă un gradĂ©. ArrivĂ©e du vaguemestre militaire chargĂ© du service postal. De mauvaise humeur. Il distribue le courrier 61 et transmet les ordres du gĂ©nĂ©ral commandant lâarmĂ©e dĂ©fense de porter des capuchons, ordre de tailler les barbes. Dâautres nouvelles aussi incertaines que fantaisistes la division serait relevĂ©e pour aller soit au repos soit au Maroc ou en Egypte 62. On veut savoir dâoĂč viennent ces informations. Le bon sens reprend le dessus et chasse le rĂȘve. Les lettres reçues et celles quâil faut Ă©crire Tirloir et Eudore. Barque est inspirĂ© 63, Lamuse beaucoup moins, Eudore est Ă©mu. Le moment des lettres est celui oĂč lâon est le plus et le mieux ce que lâon fut. Plusieurs hommes sâabandonnent au passĂ© [âŠ]. Sous lâĂ©corce des formes grossiĂšres et obscurcies, dâautres cĆurs laissent murmurer tout haut un souvenir » Le pĂšre Blaire fabrique une bague pour sa 64 femme. Dans ces trous dĂ©nudĂ©s de la terre, ces hommes [âŠ] ont lâair encore plus sauvages, plus primitifs, et plus humains, que sous tout autre aspect » Un adjudant passe avec une compagnie de territoriaux chargĂ©s dans le secteur des travaux de terrassement de seconde ligne et de lâentretien des boyaux dâarriĂšre. Des petits vieux mal fagotĂ©s ou de gros poussifs avec leurs outils 65. Tirette et Barque se moquent dâeux ; ils prennent Ă partie deux hommes ce qui fait rire les autres. Il nâen faut pas davantage pour exciter encore les 66 deux compĂšres que le dĂ©sir de placer un mot jugĂ© drĂŽle par un public peu difficile incite Ă tourner en dĂ©rision les ridicules de ces vieux frĂšres dâarmes qui peinent nuit et jour, au bord de la grande guerre, pour prĂ©parer et rĂ©parer les champs de bataille. Et mĂȘme les autres spectateurs sây mettent aussi. MisĂ©rables, ils raillent plus misĂ©rables quâeux. » Les soldats continuent leurs railleries. Le dĂ©filĂ© des vĂ©tĂ©rans se termine au milieu des sarcasmes. 67 CrĂ©puscule. DĂ©filĂ© dâune troupe de tabors soldats marocains avec un tirailleur sĂ©nĂ©galais. Ceux-lĂ , on ne sâen moque pas. Leur passage est lâindice dâune attaque prochaine. Ce sont des soldats courageux. 68 â Au fond, ce sont de vrais soldats. â Nous ne sommes pas des soldats, nous, nous sommes des hommes, dit le gros Lamuse. Lâheure sâest assombrie et pourtant cette parole juste et claire met comme une lueur sur ceux qui sont ici, Ă attendre, depuis ce matin, et depuis des mois. Ils sont des hommes, des bonshommes quelconques arrachĂ©s brusquement Ă la vie. Comme des hommes quelconques pris dans la masse, ils sont ignorants, peu emballĂ©s, Ă vue bornĂ©e, pleins dâun gros bon sens, qui, parfois, dĂ©raille ; enclins Ă se laisser conduire et Ă faire ce quâon leur dit de faire, rĂ©sistants Ă la peine, capables de souffrir longtemps. Ce sont de simples hommes quâon a simplifiĂ©s encore, et dont, par la force des choses, les seuls instincts primordiaux sâaccentuent instinct de la conservation, Ă©goĂŻsme, espoir tenace de survivre toujours, joie de manger, de boire et de dormir ». La nuit tombe. Ordre de rassemblement de la deuxiĂšme demi-section devant le dĂ©pĂŽt dâoutils 69. Chacun prend une pelle et une pioche. Coups de tonnerre dans le ciel. DESCENTE ArrivĂ©e du 6e Bataillon Ă la fin de la nuit dans un champ prĂšs du bois des Alleux 70. Nous attendons le reste du 5e Bataillon qui Ă©tait en premiĂšre ligne. La relĂšve qui a commencĂ© hier Ă six heures et a durĂ© toute la nuit est finie. La 18e Compagnie a eu dix-huit tuĂ©s et une cinquantaine de blessĂ©s Ă cause des bombardements. ArrivĂ©es de la 17e, de la 18e et de la 20e. Le capitaine de la 18e compagnie passe avec sa canne 71. Je vais au devant de la 18e. Des hommes qui reviennent de lâenfer. Vacarme Ă©pouvantable. La 2e section avec son sous-lieutenant. Des onze hommes de lâescouade du caporal Marchal, il nâen reste plus que trois. Marchal mâapprend la mort de Barbier 72 samedi Ă 23h, de Besse un obus lui a traversĂ© le ventre et lâestomac, de BarthĂ©lĂ©my et Baubex atteints Ă la tĂȘte et au cou, de Godefroy le milieu du corps emportĂ©, Gougnard jambes hachĂ©es, Mondain dimanche matin, poitrine dĂ©foncĂ©e par lâĂ©croulement de la guitoune, Franco colonne vertĂ©brale cassĂ©e par cet Ă©croulement, Vigile idem, tĂȘte aplatie 73. Marchal est accaparĂ© par ses camarades. Un rescapĂ© Vanderborn, le tambour. Les soldats sont gais, heureux de sâen ĂȘtre sortis. Ils sont soulagĂ©s pour six semaines. Les soldats de la guerre ont, pour les grandes et les petites choses, une philosophie dâenfant ils ne regardent jamais loin ni autour dâeux, ni devant eux. Ils pensent Ă peu prĂšs au jour le jour. Aujourdâhui, chacun de ceux-lĂ est sĂ»r de vivre encore un bout de temps. Câest pourquoi, malgrĂ© la fatigue qui les Ă©crase, et la boucherie toute fraĂźche dont ils sont Ă©claboussĂ©s encore, et leurs frĂšres arrachĂ©s tout autour de chacun dâeux, malgrĂ© tout, malgrĂ© eux, ils sont dans la fĂȘte de survivre, ils jouissent de la gloire infinie dâĂȘtre debout ». 74 IV. VOLPATTE ET FOUILLADE Le sergent et le capitaine sont en colĂšre. Volpatte et Fouillade ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©s et emmenĂ©s en premiĂšre ligne par le 5e Bataillon. Le caporal Bertrand me demande dâaller les chercher avec Farfadet. On fait le chemin Ă lâenvers en remontant la cĂŽte. Farfadet a du mal Ă suivre. En sortant du bois, on les retrouve 75. Volpatte nâentend rien, il a des bandages autour de la tĂȘte. Fouillade explique quâils reviennent du lieu oĂč le 5e Bataillon les a mis jeudi et⊠les a oubliĂ©s. Ils sont restĂ©s quatre jours et quatre nuits dans un trou dâobus puant et sous les balles 76. On leur avait dit de se tenir lĂ et de tirer. Le lendemain, ils ont eu la visite dâun type de liaison du 5e qui sâest enfui. Ils ont tenu avec une boule de son, un seau de vin et une caisse de cartouches. Farfadet donne Ă boire Ă Volpatte qui grelotte. Ils ont fait prisonniers deux allemands qui sont tombĂ©s dans leur trou et les ont attachĂ©s. OubliĂ©s par le type de liaison, par le 6e et par le 18e 77, ils ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s par ceux du 204 Ă qui ils ont remis les Boches. Au passage, ils ont mĂȘme sorti le sergent Sacerdote de son trou. Volpatte a Ă©tĂ© blessĂ© aux oreilles par lâexplosion dâun obus. Retour. Farfadet et moi, nous portons le barda de Volpatte. Il se rĂ©jouit car avec sa blessure, il va ĂȘtre Ă©vacuĂ© 78. Dix heures sonnent au village. Volpatte imagine dĂ©jĂ son Ă©vacuation comme ce qui est arrivĂ© Ă Jules Crapelet. Il montre la photo de sa femme et de ses deux garçons. Il dit que ses oreilles repousseront pendant sa convalescence et que dâici lĂ la guerre sera peut-ĂȘtre finie Jâirai en convalo, dit Volpatte, et pendant quâmes oreilles se recolleront, la femme et les pâtits me regarderont 79, et je les regarderai. Et pendant câtemps-lĂ quâelles râpoussâront comme des salades, mes amis, la guerre, elle sâavancera⊠Les Russes⊠On nâsait pas, quoi !⊠». Fouillade en est presque jaloux et Farfadet comprend maintenant ce que veut dire une bonne blessure » la seule chose quâun pauvre soldat puisse espĂ©rer qui ne soit pas fou ». On approche du village ; on contourne le bois. On voit une femme blonde. Fouillade nous apprend quâelle sâappelle Eudoxie, quâelle est rĂ©fugiĂ©e et quâelle est Ă Gamblin dans une famille 80. Lamuse sâintĂ©resse Ă elle. Il apparaĂźt. Il veut porter les affaires de Volpatte et de Fouillade. En fait 81, il cherche Eudoxie. Elle rĂ©apparaĂźt et je comprends que câest Ă Farfadet que la bohĂ©mienne sâintĂ©resse. Lamuse nâa rien vu mais le plus blessĂ© nâest peut-ĂȘtre pas celui quâon pense. On redescend au village 82 et les camarades se rassemblent sur la place de lâĂ©glise V. LâASILE Marche du rĂ©giment en quĂȘte dâun nouveau gĂźte sur la route qui monte au milieu du bois. Cohue endiguĂ©e par les talus et vacarme nocturne. On nây voit rien 83. Spectacle de lâaube aprĂšs plusieurs haltes. On sort de cette nuit de marche. Le nouveau cantonnement Gauchin-lâAbbĂ©. DâaprĂšs la rumeur, il y a tout ici Brigade, Conseil de Guerre 84, une espĂšce de terre promise. AprĂšs vingt-huit kilomĂštres dans la nuit, on arrive prĂšs des maisons au petit jour mais on ne sâarrĂȘte pas. Brouillard et froid. Le soleil perce enfin 85 et devient ardent. BientĂŽt il fait chaud dans ce pays de craie. Long nuage de calcaire et de poussiĂšre, les pieds semblent barboter dans des auges de maçons. On sâĂ©carte pour laisser passer un convoi de camions qui soulĂšve un nuage de poussiĂšre qui nous recouvre 86. On ressemble Ă des statues de plĂątre. On se remet en route. ArrivĂ©e au cantonnement sur le coup de midi. Le rĂ©giment envahit la seule rue de Gauchin-lâAbbĂ©. Les hommes sâengouffrent dans les bĂątiments. Nous allons jusquâau bout du village puis revenons Ă lâentrĂ©e 87. Fatigue et impatience au sein de lâescouade oĂč chacun est pressĂ© de trouver un coin Ă louer chez lâhabitant. Ce sera difficile trois compagnies arrivent aprĂšs la nĂŽtre, quatre sont arrivĂ©es avant et il y a beaucoup de gens plus puissants que les simples soldats. La grange dĂ©volue Ă lâescouade. On dĂ©chante mais il faut se dĂ©pĂȘcher de trouver la meilleure place 88. Lâescouade se scinde en deux patrouilles qui partent dans la rue. Jâai lâimpression dâune sorte de combat dĂ©sespĂ©rĂ© entre tous les soldats, dans les rues du village quâon vient dâoccuper. â Pour nous, dit Marthereau, la guerre, câest toujours la lutte et la bataille, toujours, toujours ! » Partout des refus de la part des habitants. Les trois rues du village noires de monde. La foule 89. Jâaperçois Eudoxie dans une ruelle. Je ne dis rien Ă Lamuse qui ne lâa pas vue. Pour le moment, il faut trouver un coin. Barque nous entraĂźne vers une porte jaune. Devant, on rencontre Blaire 90 qui attend la voiture-dentiste. NĂ©gociations avec les habitants pour sâinstaller. Un local trĂšs sombre en terre battue, encombrĂ© de linge sale 91. Une vieille porte sur deux tonneaux fera office de table. On sera une douzaine. La femme a peur quâon lui vole sa planche. 92 â Mais nous, on nâest pas des voleurs, insinue Lamuse, avec modĂ©ration pour ne pas irriter la crĂ©ature qui dispose de notre bien-ĂȘtre. â Jâdis pas, mais vous savez, les soldats, iâs abĂźment tout. Ah quelle misĂšre que câte guerre ! » Vingt sous par jour. On essaie de protester. La femme prĂ©vient quâelle peut trouver dâautres clients. On voudrait acheter du vin. La femme dit quâelle nâen vend pas. â Vous comprenez, lâautoritĂ© militaire force ceux qui tiennent du vin Ă le vendre quinze sous. Quinze sous ! Quelle misĂšre que câte maudite guerre ! On y perd, Ă quinze sous, monsieur. Alors, jânâen vends pas dâvin. Jâai bien du vin pour nous. Jâdis pas que quĂ©quâfois, pour obliger, jâen cĂšde pas Ă des gens quâon connaĂźt, des gens qui comprennent les choses, mais vous pensez bien, messieurs, pas pour quinze sous ». Elle accepte finalement de vendre un litre de vin Ă Lamuse pour vingt-deux sous 93. Elle nous conduit dans le cellier oĂč il y a trois gros tonneaux. Barque ronchonne. La mĂ©gĂšre devient agressive â Vous ne voudrez pas quâon se ruine Ă cette misĂšre de guerre ! Câest assez de tout lâargent quâon perd Ă ci et à ça. Barque sâaccroche avec elle. On sâinterpose. Le mari appelle sa femme Palmyre qui sâen va. ColĂšre de Barque et de Marthereau contre les hĂŽtes 94 et contre Lamuse. â Jâsais bien que câest partout et toujours la mĂȘme histoire, mais câest Ă©gal⊠â Iâsâ dĂ©merde lâhabitant, ah ! oui ! Iâ faut bien quâiâ y en ait qui fassent fortune. Tout le monde ne peut pas sâfaĂźre tuer. â Ah ! les braves populations de lâEst ! â Ben, et les braves populations du Nord ! â ⊠Qui nous accueillent les bras ouverts !⊠â La main ouverte, oui⊠â Jâte dis, rĂ©pĂšte Marthereau, que câest unâ honte et une dĂ©gueulasserie ». On annonce la nouvelle au cantonnement. Courses pour le dĂ©jeuner. Barque a rĂ©ussi Ă se faire donner les pommes de terre et la viande constituant la portion des quinze hommes de lâescouade. Il a aussi achetĂ© du saindoux et des petits pois en conserve. La boĂźte de veau Ă la gelĂ©e de Mesnil AndrĂ© servira de hors dâĆuvre. 95. La cuisine. Une marmite de plus sur la cuisiniĂšre de fonte. La femme se plaint. Les autres arrivent. CrĂ©puscule de cave. Farfadet se frotte contre le mur et se salit. Puis il fait tomber sa cuiller quâil retrouve charbonneuse 96. Repas abondant. Lueur par le soupirail. Biquet raconte ses tribulations avec une blanchisseuse, Tulacque parle de la queue devant lâĂ©picerie et du rapport qui prĂ©voit des sanctions sĂ©vĂšres en cas de dĂ©prĂ©dations chez lâhabitant. Volpatte va ĂȘtre Ă©vacuĂ© et PĂ©pĂšre va aller Ă lâarriĂšre avec les hommes de la classe 93. Leur hĂŽtesse a des soldats Ă sa table les infirmiers des mitrailleurs. PĂ©pin parle dâune vieille qui reçoit gratuitement les gars de la 9e parce que son vieux, qui est mort il y a cinquante ans, Ă©tait voltigeur 97. Palmyre apporte le cafĂ©. Pourquoi que vous appelez lâadjudant le juteux ? [âŠ] Toujours ça a Ă©tĂ© ». Dix sous le cafĂ©. Visite de Charlot, un garçon de la maison de la cĂŽtĂ©. Il raconte que ses parents ont aussi des soldats et quâils leur vendent tout ce quâils veulent. â Dis donc, petit, viens un peu ici, dit Cocon, en prenant le bambin entre ses genoux. Ăcoute bien. Ton papa iâ dit, nâest-ce pas Pourvu que la guerre continue ! » hĂ© ? â Pour sĂ»r, dit lâenfant en hochant la tĂȘte, parce quâon devient riche. Il a dit quâĂ la fin dâmai on aura gagnĂ© cinquante mille francs. â Cinquante mille francs ! Câest pas vrai ! â Si, si ! trĂ©pigne lâenfant. Il a dit ça avec maman. Papa voudrait quâça soit toujours comme ça. Maman, des fois, elle ne sait pas, parce que mon frĂšre Adolphe est au front. Mais on va le faire mettre Ă lâarriĂšre et, comme ça, la guerre pourra continuer ». Bruit de querelles le mari reproche Ă sa femme de ne pas savoir y faire 98. On sort de notre souterrain. Les mouches. Dans le bric-Ă -brac de la maison, un vieux monsieur. Il se prĂ©tend le beau-pĂšre de quelquâun qui est ici. Palmyre le laisse faire en passant le balai sans rien dire 99. Des commĂšres parlent de la façon de doser le Picon. Les bestioles se multiplient Ă cause de la chaleur. Je vais flĂąner avec Lamuse lâaprĂšs-midi. Corvisart voudrait bien venir avec nous mais il est de corvĂ©e de colombins. Des cris Barque en proie Ă une mĂ©nagerie de mĂ©nagĂšres. La scĂšne est observĂ©e par une fillette 100. Six hommes, conduits par un caporal-fourrier, portent des capotes neuves et des chaussures. Lamuse voudrait de nouvelles chaussures. Un aĂ©roplane ronfle. Lamuse ne croit pas au progrĂšs â Ces machines-lĂ , jamais ça ne deviendra pratique, jamais. â Comment peux-tu dire ça ! On a fait tellement de progrĂšs, si vite⊠â Oui, mais on sâarrĂȘtera lĂ . On ne fera jamais mieux, jamais ». Il prĂ©fĂšre me parler dâEudoxie. Elle est lĂ . Je fais semblant de ne pas mâen ĂȘtre aperçu 101. Mon vieux, veux-tu que je te dise ? Elle est venue pour moi ». Il veut Ă©pouser cette Eudoxie Dumail, cette paysanne plus belle quâune Parisienne. Il a du mal Ă exprimer ses sentiments 102. Câest parti pour le commerce local avec les soldats. CortĂšge dâun enterrement militaire. Nous avons dĂ©passĂ© les derniĂšres maisons. Au bout de la rue, le train rĂ©gimentaire et le train de combats se sont installĂ©s avec leur matĂ©riel, les chevaux, la forge. Au bord du camp, la fameuse voiture stomatologique que cherchait Blaire 103. Il est lĂ et interpelle Sambremeuse, lâinfirmier, qui revient de ses courses. Suite de la promenade dans un sentier. Puis, nous nous trouvons face-Ă -face avec Eudoxie 104. DĂ©claration dâamour de Lamuse Ă Eudoxie qui le repousse. Il veut lâembrasser. Elle suffoque. Je mâinterpose. Elle sâen va. JâentraĂźne le pauvre Lamuse 105. Les hommes du corps de garde Bigornot, Cornet, Canard, La Mollette parlent dâun marchand de vin, de PĂ©pĂšre, des femmes. Les autres regardent des avions ennemis. 106 On rentre. Carassus et Cheyssier annonce le dĂ©part de PĂ©pĂšre Ă lâarriĂšre. Des bandes de poilus en conversations dans le village. Cohue autour dâun marchand de journaux. Fouillade, Paradis. Biquet nous parle de sa tenue quâil va devoir nettoyer. Montreuil a une lettre pour lui câest sa mĂšre qui sâinquiĂšte pour lui. Au centre du village 107, lâaffluence augmente. On salue le commandant, et lâaumĂŽnier noir. On est interpellĂ©s par Pigeon, Guenon, le jeune Escutenaire, le chasseur Clodore. Bizouarne, Chanrion, Roquette parlent du dĂ©part de PĂ©pĂšre. Biquet de la lettre de sa mĂšre. Elle date de dix jours. On rejoint notre asile. On est bien maintenant ». Biquet Ă©crit Ă sa mĂšre 108. VI. HABITUDES Poule noire, deux poussins, un vieux coq dans la basse-cour. Commentaires de Paradis et de Volpatte. On est bien, dit Barque » 109. Les petits canards. Au-delĂ de cette cour de ferme, un verger, une prairie, des abeilles, un prĂ©, une pie. Les soldats sâĂ©tirent sur un banc de pierre. VoilĂ dix-sept jours quâon est lĂ . Des poilus se promĂšnent. Tellurure 110. On croyait aussi quâon sârait malheureux ici comme dans les autres cantonnements. Mais cette fois-ci, câest le vrai repos, et par le temps quâiâ dure, et par la chose quâil est ». Pas trop dâexercices, pas trop de corvĂ©es. Au bout du banc, le vieux bonhomme au trĂ©sor. Autrefois, il aimait les femmes ; maintenant, il ne pense plus quâĂ lâargent. Il repart chercher son trĂ©sor et entre dans la maison 111. Dans la chambre, une petite fille joue Ă la poupĂ©e trĂšs sĂ©rieusement. On regarde le temps qui passe. Nous nous sommes attachĂ©s Ă ce coin de pays oĂč le hasard nous a maintenus, au milieu de nos perpĂ©tuels errements, plus longtemps et plus en paix quâailleurs ». Le mois de septembre. On sâest habituĂ©s, ces lieux et nous, Ă ĂȘtre ensemble et on ne pense plus rĂ©ellement au dĂ©part. La 11e Division est restĂ©e un mois et demi au repos et la 375e neuf semaines. â On finirait bien la guerre ici⊠Barque sâattendrit et nâest pas loin de le croire â AprĂšs tout, elle finira bien un jour, quoi ! » 112 Farfadet est plus heureux que nous Ă cause de son idylle avec Eudoxie. Il va nous quitter il va ĂȘtre appelĂ© Ă lâarriĂšre, Ă lâEtat-major de la Brigade 113. VII. EMBARQUEMENT Une alerte nous a, dans la nuit, arrachĂ©s au sommeil et au village de Gauchin-lâAbbĂ© et on a marchĂ© jusquâĂ une gare. On est sentinelles sur le quai. Une locomotive empĂȘche Barque de parler 114. Des rames de quarante Ă soixante wagons. Les convois, les bĂątiments de la gare. Des voitures militaires, des camions, des files de chevaux dans des terrains vagues 115. On embarque des canons camouflĂ©s. Un cheval peint. Sur le soir, des soldats arrivent, de plus en plus nombreux. Les statistiques de Cocon Câest rien ça encore, dit Cocon, lâhomme-statistique. Rien quâĂ lâ Ătat-Major du Corps dâArmĂ©e, 116 il y a trente autos dâofficier, et tu sais pas, ajouta-t-il, combien iâ faudra de trains de cinquante wagons pour embarquer tout le Corps â bonhommes et camelote â sauf, bien entendu, les camions, qui rejoindront le nouveau secteur avec leurs pattes ? Nâcherche pas, bec dâamour. Il en faudra quatre-vingt-dix ». Il y en a trente-neuf. Gare surpeuplĂ©e. Le soir, les lumiĂšres sâallument 117. La gare prend un aspect fantastique. Cavaliers et fantassins sâavancent. On embarque des chevaux. Des voitures sur des wagons-tombereaux. La Section des projecteurs 118. â Il y a quatre Divisions, Ă cette heure, au Corps dâArmĂ©e, rĂ©pond Cocon. Ăa change quelquefois câest trois, des fois, câest cinq. Pour le moment, câest quatre. Et chacune de nos divisions, reprend lâhomme-chiffre que notre escouade a la gloire de possĂ©der, renferme trois â rĂ©giments dâinfanterie ; deux â bataillons de chasseurs Ă pied ; â un â rĂ©giment dâinfanterie territoriale â sans compter les rĂ©giments spĂ©ciaux, Artillerie, GĂ©nie, Train, etc., sans non plus compter lâ Ătat-Major de la et les services non embrigadĂ©s, rattachĂ©s directement Ă la Un rĂ©giment de ligne Ă trois bataillons occupe quatre trains un pour lâ la Compagnie de mitrailleuses et la compagnie hors rang, et un par bataillon. Toutes les troupes nâembarqueront pas ici les embarquements sâĂ©chelonneront sur la ligne selon le lieu des cantonnements et la date des relĂšves ». Tulacque est fatiguĂ© parce quâon ne leur donne pas assez Ă manger. â Je mâsuis renseignĂ©, reprend Cocon. Les troupes, les vraies troupes, ne sâembarqueront quâĂ partir du milieu de la nuit. Elles sont encore rassemblĂ©es çà et lĂ dans les villages Ă dix kilomĂštres Ă la ronde. Câest dâabord tous les services du Corps dâArmĂ©e qui partiront et les â Ă©lĂ©ments non endivisionnĂ©s, explique obligeamment Cocon, câest-Ă -dire rattachĂ©s directement au ». Parmi les tu ne verras pas le Ballon, ni lâEscadrille câest des trop gros meubles, qui naviguent par leurs seuls moyens avec leur personnel, leurs bureaux, leurs infirmeries. Le rĂ©giment de chasseurs est un autre de ces [âŠ] 119 Comme du Corps dâArmĂ©e, y a lâArtillerie de Corps, câest-Ă -dire lâartillerie centrale qui est en plus de celle des divisions. Elle comprend lâ â artillerie lourde, â lâ â artillerie de tranchĂ©es, â les â parcs dâartillerie, â les auto-canons, les batteries contre-avions, est-ce que je sais ! Il y a le GĂ©nie, la PrĂ©vĂŽtĂ©, Ă savoir le Service des cognes Ă pied et Ă cheval, le Service de SantĂ©, le Service vĂ©tĂ©rinaire, un escadron du Train des Ă©quipages, un rĂ©giment territorial pour la garde et les corvĂ©es du â Quartier GĂ©nĂ©ral, â le Service de lâIntendance avec le Convoi administratif, quâon Ă©crit pour ne pas lâĂ©crire comme le Corps dâArmĂ©e. Il y a aussi le Troupeau de BĂ©tail, le DĂ©pĂŽt de Remonte, etc. ; le Service Automobile â tu parles dâune ruche de filons dont jâpourrais tâparler pendant une heure si jâvoulais â le Payeur, qui dirige les TrĂ©sors et Postes, le Conseil de Guerre, les TĂ©lĂ©graphistes, tout le Groupe Ă©lectrogĂšne. Tout ça a des directeurs, des commandants, des branches et des sous-branches, et câest pourri de scribes, de plantons et dâordonnances, et tout lâbazar Ă la voile. Tu vois dâici au milieu dâquoi sâtrouve un gĂ©nĂ©ral commandant de Corps ! » Ă ce moment, nous fĂ»mes environnĂ©s par un groupe de soldats porteurs, en plus de leur harnachement, de caisses et de paquets ficelĂ©s dans du papier, quâils traĂźnaient cahin-caha et posĂšrent Ă terre en faisant ouf. â Câest les secrĂ©taires dâĂtat-Major. Ils font partie du â du Quartier GĂ©nĂ©ral â câest-Ă -dire de quelque chose comme la suite du GĂ©nĂ©ral. Ils trimbalent, quand ils dĂ©mĂ©nagent, leurs caisses dâarchives, leurs tables, leurs registres et toutes les petites saletĂ©s quâil leur faut pour leurs Ă©critures. Tiens, tu vois, ça, câest une machine Ă Ă©crire que ces deux-lĂ â ce vieux papa et câpetit boudin â emportent, la poignĂ©e enfilĂ©e dans un fusil. Ils sont en trois bureaux, et il y a aussi la Section du Courrier, la Chancellerie, la â Section Topographique du Corps dâArmĂ©e â qui distribue 120 les cartes aux divisions et fait des cartes et des plans, dâaprĂšs les aĂ©ros, les observateurs et les prisonniers. Câest les officiers de tous les bureaux qui, sous les ordres dâun sous-chef et dâun chef â deux colons â forment lâĂtat-Major du Mais le proprement dit, qui comprend aussi des ordonnances, des cuisiniers, des magasiniers, des ouvriers, des Ă©lectriciens, des gendarmes, et les cavaliers de lâEscorte, est commandĂ© par un commandant ». Des hommes essaient de faire monter une voiture sur un wagon. Lâun dâentre eux bouscule Barque. On gĂȘne partout 121. Les hommes commentent ces Ă©vĂ©nements. On se tait et alors on entend Cocon qui dit â Pour voir passer toute lâarmĂ©e française qui tient les lignes â je ne parle pas de câqui est installĂ© en arriĂšre, oĂč il y a deux fois plus dâhommes encore, et des services comme des ambulances quâont coĂ»tĂ© 9 millions et qui vous Ă©vacuent des 7000 malades par jour â pour la voir passer dans des trains de soixante wagons qui se suivraient sans arrĂȘt Ă un quart dâheure dâintervalle, il faudrait quarante jours et quarante nuits ». Les hommes se dĂ©sintĂ©ressent de ces chiffres et suivent dâun Ćil larmoyant le train blindĂ© qui passe 122. VIII. LA PERMISSION Eudore rentre de permission. Il rencontre un tringlot soldat du train puis quatre hommes qui reviennent de la corvĂ©e de vin 123. Ils lui demandent sâil a vu sa femme Mariette. Oui, mais une seule fois. Eudore raconte son histoire. Ils tiennent un estaminet dans une des quatre maisons de Villiers-lâAbbĂ©. En vue de sa permission, Mariette avait demandĂ© un laissez-passer, bien Ă lâavance, pour Mont-Saint-Eloi oĂč habitent les parents dâEudore. Mais la permission est arrivĂ©e plus tĂŽt que prĂ©vue si bien quâelle nâavait pas reçu le papier. Eudore a attendu chez ses parents et Ă la fin du sixiĂšme et dernier jour, il a reçu une lettre de Mariette, par lâintermĂ©diaire du fils de Florence, pour le prĂ©venir quâelle nâavait pas encore le laissez-passer. Il a finalement dĂ©cidĂ© dâaller Ă Villiers-lâAbbĂ© 124. AprĂšs une visite au maire, il sâest mis en route 125 dâabord en train puis Ă pied, sous la pluie qui tombait sans discontinuer depuis six jours. Il arrive Ă la station avec quatre autres permissionnaires. Ils passent devant la ferme des Alleux qui est la premiĂšre maison. DĂ©truite 126 comme la deuxiĂšme. Ils arrivent Ă celle dâEudore et Mariette, la troisiĂšme. Eudore retrouve sa femme et il dit Ă ses camarades de rentrer. Ils ne pourront aller de nuit jusquâĂ Vauvelles. Eudore propose alors de les accompagner jusquâĂ la derniĂšre maison, la ferme du Pendu 127. Mais un sous-officier de garde leur dit que la ferme est devenue un poste de police et quâils ont des prisonniers allemands. Ils doivent repartir. Eudore revient donc chez lui avec les permissionnaires. Ils voudraient bien dormir dans la cave mais elle est inondĂ©e et il nây a pas de grenier. Ils sâapprĂȘtent Ă partir 128. Il est neuf heures du soir. Eudore et Mariette les empĂȘchent de sâen aller. Ils sont restĂ©s comme ça toute la nuit. Au matin 129, les premiers clients arrivent Ă lâestaminet pour boire un cafĂ©. Mariette sâaffaire Ă le prĂ©parer. Les permissionnaires dont un gros MacĂ©donien viennent remercier Mariette et sâexcuser du dĂ©rangement 130. Ils veulent payer le cafĂ© mais Mariette leur offre. Ils sâen vont mais dĂ©jĂ un autre client arrive. Mariette a prĂ©parĂ© un paquet pour Eudore un jambonneau, un litre de vin et du pain. â Pauvâ Mariette, soupire Eudore. Y avait quinze mois que je ne lâavais vue. Et quand est-ce que je la reverrai ! Et est-ce que je la reverrai ? » Eudore va partager ce colis avec ses camarades de lâescouade 131. IX. LA GRANDE COLĂRE Volpatte rentre de deux mois de convalescence, renfrognĂ©. Ses camarades lui demandent de parler. Il ne veut rien dire. AprĂšs une mĂątinĂ©e de terrassement, on se retrouve pour 132 le repas dans un boyau dâarriĂšre. Pluie torrentielle. On mange debout. Barque et Blaire interrogent Volpatte qui finit par dire ce quâil a sur le cĆur il y a trop dâembusquĂ©s Ă lâarriĂšre 133. Barque lui conseille de ne pas se soucier dâeux. Volpatte gronde â Jâsuis pas maboul tout Ă fait, et jâsais bien quâdes mecs de lâarriĂšre, lâen faut. Quâon aye besoin dâtraĂźne-pattes, jâveux bien⊠Mais y en a trop, et ces trop-lĂ , câest toujours les mĂȘmes, et pas les bons, voilĂ ! » Volpatte commence Ă expliquer. Tous les planquĂ©s bien au chaud quâil a vus dans le premier patelin oĂč on lâa envoyĂ© et qui diront ensuite quâils ont Ă©tĂ© Ă la guerre Ah ! mon vieux, ruminait notre camarade, tous ces mecs qui baguenaudent et qui papelardent lĂ -dedans, astiquĂ©s, avec des kĂ©brocs et des paletots dâofficiers, des bottines â qui marquent mal, quoi â et qui mangent du fin, sâmettent, quand ça veut, un cintiĂšme de casse-pattes dans lâcornet, sâlavent plutĂŽt deux fois quâune, vont Ă la messe, nâdĂ©fument pas et lâsoir sâempaillent dans la plume en lisant sur le journal. Et ça dira, aprĂšs Jâsuis tâĂ©tĂ© Ă la guerre. » Une chose a frappĂ© Volpatte ces planquĂ©s-lĂ sâinstallent Ă leur aise chez les gens au lieu de manger sur le pouce comme les soldats 134. Tant mieux pour eux », dit le voisin de Volpatte qui nâest pas content de cette remarque. Le voisin lui dit quâil voudrait bien ĂȘtre Ă leur place. â Pour sĂ»r, mais quâest-ce que ça prouve, face de fesse ? Dâabord, nous, on a Ă©tĂ© au danger et ce sârait bien notâ tour. Câest toujours les mĂȘmes, que jâte dis, et pis, paâce quây a lĂ -dâdans des jeunes quâest fort comme un bĆuf, et balancĂ© comme un lutteur, et pis paâcâquây en a trop. Tu vois, câest toujours trop » que jâdis, parce que câest ça ». Le voisin cherche Ă provoquer Volpatte il faut bien que quelquâun fasse marcher les affaires 135. Le temps se calme. Volpatte parle dâun gars quâil a rencontrĂ© dans un hĂŽpital dâĂ©vacuation et qui lâa guidĂ© dans le dĂ©pĂŽt pour lui montrer tout ce qui se passait. Mais lui nâest pas retournĂ© aux tranchĂ©es comme Volpatte. Lâlendemain, iâ sâĂ©tait fait coller ordonnance, pour couper Ă un dĂ©part, vu quâcâĂ©tait son tour de partir depuis lâcommencement dâla guerre ». Sur le pas de sa porte oĂč il dormait dans un lit, il passait son temps Ă cirer les chaussures de son chef. Jamais, mon vieux, iâ nâavait Ă©tĂ© envoyĂ© sur le front, quoique de la classe 3 et un costaud bougre, tu sais. Lâdanger, la fatigue, la mocherie de la guerre, câĂ©tait pas pour lui, pour les autres, oui. Iâ savait que si iâ mettait lâpied sur la ligne de feu, la ligne prendrait toute la bĂȘte, aussi iâ coulait de toutes les pattes pour rester sur place. On 136 avait essayĂ© de tous les moyens pour le possĂ©der, mais câĂ©tait pas vrai, il avait glissĂ© des pinces de tous les capitaines, de tous les colonels, de tous les majors, qui sâĂ©taient pourtant bougrement foutus en colĂšre contre lui. Iâ mâracontait ça. Comment quâiâ fâsait ? Iâ sâlaissait tomber assis. Iâ prenait un air con. Iâ faisait lâsaucisson. Iâ dâvenait comme un paquet de linge sale. Jâai comme une espĂšce de fatigue gĂ©nĂ©rale », quâiâ chialait. On savait pas comment lâprendre et, au bout dâun temps, on le laissait tomber, iâ sâfaisait vomir par tout un chacun. VâlĂ . Iâ changeait sa maniĂšre aussi suivant les circonstances, tu saisis ? QuĂ©âquâfois, lâpied y faisait mal, dont iâ savait salement bien sâservir. Et pis, iâ sâarrangeait, lâĂ©tait au courant des binaises, savait toutes les occases. Tu parles dâun mecton qui connaissait les heures des trains ! Tu lâvoyais sârentrer en sâglissant en douce dans un groupe du dĂ©pĂŽt oĂč câĂ©tait lâfilon, et y rester, toujours en douce poil-poil, et mĂȘme, iâ sâdonnait beaucoup dâmal pour que les copains ayent besoin de lui. Iâ sâlevait Ă des trois heures du matin pour faire le jus, allait chercher de lâeau pendant que les autres bouffaient ; enfin quoi, partout oĂč iâ sâĂ©tait faufilĂ©, il arrivait Ă ĂȘtre dâla famille, câpauvâ type, câte charogne ! Il en mettait pour ne pas en mettre. Iâ mâfaisait lâeffet dâun mec quâaurait gagnĂ© honnĂȘtement cent balles avec le travail et lâemmerdement quâil apporte Ă fabriquer un faux billet de cinquante. Mais voilĂ Iâ raboulera sa peau, çui-lĂ . Au front, iâ sârait emportĂ© dans lâmouvement, mais pas si bĂȘte ! Iâ sâfout dâceux qui prennent la bourre sur la terre, et iâ sâfoutra dâeux plus encore quand iâs seront dâssous. Quand iâs auront fini tous de sâbattre, iâ râviendra chez lui. Iâ dira Ă ses amis et connaissances Me vâlĂ sain tâet sauf », et ses copains sâront contents, parce que câest un bon type, avec des magnes gentilles, tout saligaud quâil est, et â câest bĂȘte comme tout â mais câtâenfant dâvermine-lĂ , tu lâgobes ». Il y en a beaucoup comme lui dans chaque dĂ©pĂŽt, ajoute Volpatte 137. Câest pas nouveau, ajoute Barque. Mais Volpatte nâen revient pas dâavoir vu autant de gens dans les bureaux. â Y a les bureaux ! ajouta Volpatte, lancĂ© dans son rĂ©cit de voyage. Y en a des maisons entiĂšres, des rues, des quartiers. Jâai vu que mon tout petit coin de lâarriĂšre, un point, et jâen ai plein la vue. Non, jânâaurais pas cru quâpendant la guerre y avait tant dâhommes sur des chaises ⊠» La pluie sâarrĂȘte. On se met en marche. On entend encore le bruit de Volpatte dans le bruit des pas. Il en veut maintenant aux gendarmes. Plus on sâĂ©loigne du front, plus on en voit. Tulacque lui aussi a une rancune contre eux. Ils embĂȘtent les gars qui essaient de se dĂ©brouiller. Un gars essaie de les dĂ©fendre 138 mais Tulacque et Volpatte insistent. Volpatte prĂ©cise que certains gendarmes pestent contre les rĂšglements qui changent sans arrĂȘt Tânez, le service prĂ©vĂŽtal ; eh bien, vous apprenez câqui fait le principal chapitre de la chose, aprĂšs cânâest plus ça. Ah ! quand cette guerre sâra-t-elle finie ? » quâiâ disait. â Iâs font ce quâon leur dit de faire, ces gens, hasarda Eudore. â Bien sĂ»r. Câest pas dâleur faute, en somme. NâempĂȘche que ces soldats de profession, pensionnĂ©s, mĂ©daillĂ©s â alors que nous, on est quâdes civils â auront eu une drĂŽle de façon de faire la guerre ». Volpatte Ă©voque un forestier qui se plaignait du traitement que leur rĂ©servaient les civils alors quâils avaient fait quatre ans de service Dans les on nous fait nettoyer, et enlever les ordures. Les civils voient câtraitement quâon nous inflige et nous dĂ©daignent. Et si tu as lâair de rouspĂ©ter, câest tout juste si on nâparle pas de tâenvoyer aux tranchĂ©es, comme les fantassins ! Quâest-ce que devient notre prestige ! Quand nous serons de retour dans les communes, comme gardes, aprĂšs la guerre â si on en revient, de la guerre â les gens, dans les communes et les forĂȘts, diront Ah ! câest vous que vous dĂ©crottiez les rues Ă X⊠? » 139 Lamuse a vu un gendarme qui Ă©tait juste mais qui a reconnu que certains abusaient de leur pouvoir. Un jour, Paradis a pris un gendarme pour un sous-lieutenant. Un peu plus tard, alors quâils sont assis le long dâun mur, Volpatte continue son dĂ©ballage. Il Ă©tait dans le bureau de la comptabilitĂ© au DĂ©pĂŽt. Il avait fait une demande pour ĂȘtre reversĂ© dans son rĂ©giment. Il tombe sur un sergent 140 en train dâengueuler un scribe pour des histoires de procĂ©dure. Il attend la fin de lâengueulade et le sergent lui dit quâil nâa pas de temps. Il est dans tous ses Ă©tats Ă cause de sa machine Ă Ă©crire. Puis il sâen prend Ă quelquâun dâautre pour une histoire de bordereau de cartes. A cotĂ©, un autre sâoccupe des circulaires. Dâautres causent. Au bout de la grande table un homme 141 chargĂ© des permissions se retrouve sans rien Ă faire depuis que la grande attaque a commencĂ© et que les permissions ont Ă©tĂ© suspendues. Il y a encore beaucoup dâautres tables dans dâautres salles. Tulacque Ă©voque le cas dâun chauffeur bien habillĂ© et galonnĂ© appuyĂ© sur une voiture. Tout le monde a son couplet sur les filoneurs ». Les exemples ⊠planton au Service Routier, pis Ă la Manute, pis cycliste au ravitaillement du XIe Groupe, porteur de pli au Service de lâIntendance, au Canevas du Tir, Ă lâĂquipage des Ponts, et le soir Ă lâ et Ă lâ ordonnance que les femmes 142 prenaient pour des soldats, un autre qui a fait une tournĂ©e dâconfĂ©rences en AmĂ©rique avec mission du ministre.
DEVOIR: Dans cette ballade sanglante et mélancolique à la fois, Léopold Sédar Senghor nous propose une vibrante célébration des trajectoires de ses compatriotes sénégalais, tout en revendiquant le devoir de mémoire, la nécessité du ressouvenir. Senghor fait entendre sa voix pour mieux trouer à rebrousse-poil le silence de l'oubli, ajoutant un chapitre sur la France,
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